Nouveau président indépendantiste pour la Catalogne

Carles Puigdemont passe la main. [Alexandros Michailidis/Shutterstock]

Le parlement catalan devait élire lundi à la présidence de la Catalogne le candidat indépendantiste choisi par Carles Puigdemont, permettant à la région un retour à l’autonomie.

Une fois élu, Joaquim « Quim » Torra, un éditeur de 55 ans, pourra former son gouvernement, ce qui entraînera automatiquement la levée de la tutelle imposée par Madrid sur cette région de 7,5 millions d’habitants quand elle a proclamé son indépendance le 27 octobre dernier.

Quim Torra, membre de l’aile dure des indépendantistes, devrait être élu à la majorité simple de 66 députés régionaux contre 65.

Le petit parti d’extrême gauche Candidature d’unité populaire (CUP) a en effet annoncé dimanche, après avoir consulté ses militants, que ses quatre députés au Parlement régional s’abstiendraient pour « ne pas bloquer la formation d’un nouveau gouvernement ».

Les 66 voix des deux grands partis indépendantistes – le PDECAT conservateur et la Gauche républicaine catalane (ERC) – n’avaient pas suffi au premier tour samedi, où la majorité absolue de 68 sur 135 était requise.

Dans son discours devant le parlement, Quim Torra a promis de « travailler sans relâche » pour l’indépendance de la Catalogne et de faciliter au plus tôt le retour au pouvoir de Carles Puigdemont, « le président légitime ».

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« Ventriloque de Puigdemont »

L’ex-président, qui a quitté l’Espagne avant d’être inculpé pour rébellion, est en liberté provisoire en Allemagne, où un tribunal doit se prononcer sur son extradition.

À dix jours de l’expiration du délai pour former un gouvernement, le 22 mai, Carles Puigdemont a accepté de céder la place pour éviter un nouveau retour aux urnes, non sans avoir souligné le caractère « provisoire » de la présence à son poste de son successeur.

Dans son discours le 10 mai, il lui a demandé de respecter le mandat donné par le référendum d’autodétermination illégal du 1er octobre, au cours duquel quelque deux millions d’électeurs sur un total de 5,5 ont voté pour l’indépendance, et de continuer à bâtir une république.

Dans un entretien télévisé vendredi, Quim Torra a promis de rétablir les orientations politiques et les organismes supprimés par le gouvernement espagnol au moment de la mise sous tutelle et d’entamer la rédaction de la Constitution de la future république catalane.

« La seule possibilité que j’envisage est d’obéir au parlement catalan », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé s’il désobéirait à Madrid.

Tandis que Joaquim Torra sera chargé de la « gouvernance intérieure », Carles Puigdemont sera le « président en exil » à la tête d’un « conseil de la République ».

Le premier avertissement de Madrid n’a pas tardé. Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a rappelé que l’article 155 de la Constitution, auquel il a été recouru en décembre pour prendre le contrôle de la Catalogne « pourrait resservir au besoin » si le prochain exécutif catalan ne respectait pas la loi. « J’espère que ne sera plus jamais nécessaire », a-t-il dit.

Quim Torra s’est engagé à rétablir des lois catalanes suspendues ou annulées par la justice, de rouvrir les « ambassades » de Catalogne, et de lancer la rédaction de la Constitution de la future république catalane.

Son discours a provoqué la colère de l’opposition catalane, qui l’a traité de « marionnette » tandis que le journal conservateur El Mundo le présentait comme « le ventriloque de Puigdemont ».

« Vous avez accepté d’être un président temporaire et par délégation » de Carles Puigdemont, lui a reproché le chef du parti socialiste catalan Miquel Iceta.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a rappelé qu’il pourrait à tout moment reprendre le contrôle de la région si Quim Torra violait la constitution.

« Il n’y aura pas d’impunité pour les séparatistes qui voudront poursuivre dans la voie de l’illégalité », a affirmé dimanche Andrea Levy, une des dirigeantes du Parti Populaire de Mariano Rajoy.

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Président provisoire

Carles Puigdemont a souligné samedi dans une interview au journal italien La Stampa que son successeur désigné « prend le pouvoir dans des conditions provisoires et il en est conscient. A partir du 27 octobre, il pourra convoquer de nouvelles élections ».

Le premier procès des 25 dirigeants indépendantistes poursuivis pour rébellion et autres délits pourrait s’ouvrir en octobre, un bon moment pour mobiliser les indépendantistes catalans contre « la répression » dans une campagne électorale, relèvent les commentateurs espagnols.

Neuf de ces dirigeants sont en détention préventive et sept autres, dont Carles Puigdemont, ont fui à l’étranger.

La plupart appartenaient au PDECAT et à ERC, qui prônent depuis une politique plus modérée.

Mais fort de son succès aux élections de décembre, où sa liste Junts per Cat a recueilli le plus de voix indépendantistes, Carles Puigdemont leur a forcé la main et imposé son candidat, le chargeant de poursuivre la confrontation avec Madrid.

Un gouvernement « qui ne réponde qu’à Puigdemont » peut créer des tensions dans la coalition, a commenté Oriol Bartomeus, professeur de Sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. « Il peut y avoir des problèmes, il peut y avoir des bagarres ».

De plus, la CUP a prévenu qu’elle mènerait une opposition active, parce que le programme de gouvernement ne contient « pas de mesures républicaines et sociales qui répondent aux droits et aux besoins de la classe travailleuse ».

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