Plans de relance, COVID-19, Biélorussie, Turquie, Liban… Une rentrée plus que chargée pour la France et l’Allemagne

La France et l’Allemagne devront continuer à garder le cap, après avoir donné une forte impulsion et réussi, avec les États membres, le pari d’une dette mutualisée pour une partie des fonds alloués au plan de relance européen de 750 milliards d’euros. [EPA-EFE/JOHN THYS / POOL]

À période inédite, rentrée inédite. Les crises se sont succédé ces derniers mois et l’Union européenne est attendue sur tous les fronts : économique, diplomatique, sanitaire et climatique.

Reprise du COVID-19, crises biélorusse, libanaise, malienne, vives tensions en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie… Les sujets brûlants ne vont pas manquer pour les dirigeants européens en cette rentrée 2020. La crise économique perdure également, à l’heure où les différents plans de relance doivent se concrétiser et que le PIB des pays de l’OCDE a affiché « une baisse sans précédent » au deuxième trimestre, – 11,7 % pour l’Union européenne par rapport au premier trimestre de l’année, selon les estimations provisoires de l’organisation. Sans oublier l’urgence climatique, alors que cet été a de nouveau enregistré des records de températures.

Paris-Berlin : une impulsion à pérenniser

La France et l’Allemagne devront continuer à garder le cap, après avoir donné une forte impulsion et réussi, avec les États membres, le pari d’une dette mutualisée pour une partie des fonds alloués au plan de relance européen de 750 milliards d’euros. L’Allemagne a de plus pris la présidence du Conseil de l’UE depuis le 1er juillet, pour six mois, et se trouve donc à mi-parcours de son action.

Alors que les chiffres du COVID-19 reprennent à la hausse de manière inquiétante dans plusieurs pays de l’Union, la rentrée scolaire sera masquée. Les écoliers allemands ont déjà repris les cours depuis mi-août pour certains, et en France, la rentrée s’effectuera mardi 1er septembre, avec pour les élèves de plus de 11 ans, l’obligation de porter un masque dans les lieux clos. Le 27 août, les chefs des Länder et la Chancelière Angela Merkel trouvaient un accord pour harmoniser les restrictions du pays relatives au virus, tandis qu’en France le Premier ministre Jean Castex indiquait que « des plans de reconfinement, territoriaux ou plus globaux » étaient prêts lors d’un point de situation à Matignon.

Les députés français seront aussi de retour sur les bancs de l’assemblée, le 10 septembre. Bercy, qui présentera son plan de relance de 100 Mds€  ce jeudi, souhaite le voir voté par les parlementaires d’ici la fin de l’année, pour une mise en application en 2021. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire en a déjà dévoilé les principaux contours dans la presse : environ 40 mds€ viendront des 390 milliards d’euros de subventions du plan de relance européen, 3 milliards seront dédiés au soutien des PME, et une enveloppe de 30 mds€ pour la transition écologique a été annoncée par la ministre Barbara Pompili.

L’Allemagne, qui avait de son côté déjà dévoilé son plan de relance national de 1100 mds€ en mars, abondé de 130 mds€ en juin, sera au rendez-vous du Conseil « Affaires économiques et financières » (Ecofin) informel, qui se tiendra les 11 et 12 septembre à Berlin, avant la session officielle qui aura lieu le 6 octobre à Luxembourg. Il devrait y être question de la mise en œuvre du plan de relance européen et de la révision du système fiscal, deux priorités majeures de la présidence allemande. Le Bundestag réouvrira quant à lui son hémicycle le 7 septembre.

Mais la France et l’Allemagne devront aussi veiller au passage du plan de relance et du cadre financier pluriannuel de près de 1075 mds€ pour la période 2021-2027 devant les eurodéputés, qui s’y étaient opposés le 23 juillet. Les chefs des quatre principaux groupes politiques du Parlement ont également averti le 26 août qu’ils ne signeraient pas ce dernier sans accord officiel visant à conditionner l’octroi de fonds européens afin « d’accélérer la lutte contre l’érosion de la démocratie, de l’État de droit et des droits fondamentaux au sein de l’UE ».

Le Parlement se retrouvera en séance plénière à Strasbourg le 14 septembre. En préambule, la commission budget se réunira ce lundi 31 août et le 1er septembre, avec à l’ordre du jour des discussions sur les modalités budgétaires des propositions du Conseil européen, dont la prochaine réunion aura quant à elle lieu les 15 et 16 octobre.

La diplomatie du bloc éprouvée

Rentrée dense sur le plan diplomatique également. Les 27 et 28 août le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell a présidé à Berlin la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (Gymnich). Si le bloc avait parlé d’une seule voix le 14 août pour « sanctionner les responsables des violences, de la répression et de la falsification des résultats électoraux » en Biélorussie, les manifestations pacifistes et massives contre le président Alexandre Loukachenko se poursuivent et les États membres ne se sont pas accordés sur lesdites sanctions.

Certains souhaitaient coordonner la réponse diplomatique européenne à la situation à Minsk à celle d’Ankara, suite aux vives tensions avec la Grèce au sujet d’un forage gazier découvert en Méditerranée orientale. Mais le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’y est opposé. Les autorités chypriotes ont, elles, laissé entendre qu’elles pourraient bloquer les sanctions envers la Biélorussie à moins que les pressions européennes ne s’intensifient à l’égard de la Turquie. « Nous ne voulons pas que l’UE ait deux poids, deux mesures, ou que des ambiguïtés persistent », a annoncé le ministre des Affaires étrangères Nikos Christodoulides. Chypre a effectué un exercice militaire conjoint avec la France, l’Italie, et la Grèce le 26 août. Aucune décision relative à la mise en œuvre de mesures punitives contre la Turquie n’est attendue avant que les leaders européens n’organisent un sommet extraordinaire ou que les ministres des Affaires étrangères se rencontrent fin septembre.

Concernant la crise ravivée au Liban suite à l’explosion sans précédent dans le port de Beyrouth, le Secrétaire d’État français chargé des affaires européennes Clément Beaune s’était félicité le 14 août de la mobilisation totale de la France et de l’UE. « Sur les plus de 250 millions d’euros promis lors de la conférence de soutien et d’appui initiée par Emmanuel Macron, plus de la moitié vient de l’Europe ». Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en a appelé sur RTL le 27 août à la responsabilité des autorités libanaises pour « mettre en œuvre un gouvernement de mission, qui puisse assurer les réformes indispensables, (…) autrement la communauté internationale ne sera pas au rendez-vous, on ne va pas signer de chèque en blanc (…) ». Les États membres s’étaient réjoui du cessez-le feu et de l’annonce le 21 août de la tenue prochaine d’élections au Liban. Mais la situation reste toutefois très instable. Le président de la République Emmanuel Macron retournera à Beyrouth le 1er septembre, a confirmé l’Élysée.

Le coup d’État au Mali survenu dans la nuit du 18 au 19 août inquiète également. Condamné par la France, ainsi que par les 26 autres États membres, l’Union européenne a décidé de geler ses formations militaires au Mali. Celles-ci étaient destinées à soutenir les efforts de stabilisation du pays et la démocratisation de l’armée.

L’Allemagne et la France auront en outre un rendez-vous important le 1er septembre à Vienne, où se tiendra une réunion de la Commission mixte sur l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), présidée par l’UE, alors que le président américain Donald Trump persiste à vouloir rétablir contre Téhéran les sanctions préexistantes à l’accord conclu en 2015 par son prédécesseur. Une situation qui semble s’être débloquée d’un cran, l’Iran ayant autorisé le 26 août l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à accéder à deux sites nucléaires, après avoir refusé pendant de nombreux mois. « C’est un pas dans la bonne direction », a salué la diplomatie française, qui avait, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, présenté une résolution à l’AIEA en ce sens en juin dernier.

Climat : l’année de tous les records

Enfin, autre dossier brûlant et pas des moindres : le climat. Encore un été caniculaire, où plusieurs records de températures ont été observées en France et ailleurs dans le monde, Arctique inclus. Si le jour du dépassement était cette année le 22 août, près d’un mois plus tard qu’en 2019, les mesures de confinement et le fort ralentissement de l’économie mondiale en sont la seule cause. Personne n’est dupe. Le sujet reste donc central, alors que la Commission européenne présentera des propositions en septembre pour relever l’objectif climatique de l’UE pour 2030, dans le cadre de son Green deal. Les fonds dédiés à l’urgence climatique dans le cadre de la relance économique, qu’ils soient nationaux ou européens, seront très observés. D’ailleurs, plusieurs membres du mouvement « Fridays for Future » (FFF), dont la militante suédoise Greta Thunberg, ont eux aussi fait leur rentrée, en rencontrant Angela Merkel le 20 août.

 

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