Johnson nomme un gouvernement pro Brexit

Boris Johnson [EPA-EFE/Stefan Rousseau / POOL]

Ayant promis de mettre en œuvre le Brexit le 31 octobre, la première décision de Boris Johnson  en tant que Premier ministre a été de nommer un cabinet dont les membres sont tous disposés à sortir le Royaume-Uni de l’UE, même sans accord.

Quelques heures après avoir été choisi comme nouveau Premier ministre par les membres du parti conservateur, Boris Johnson a licencié sans pitié la plupart des ministres du cabinet de Theresa May qui n’avaient pas encore démissionné. Au total, 17 des ministres de l’ancienne Première ministre ont été renvoyés ou ont démissionné le 24 juillet.

Parmi eux, Jeremy Hunt, le rival de Boris Johnson dans la course à la présidence du parti. Il a été renvoyé après avoir refusé un transfert du ministère des Affaires étrangères vers celui de la Défense.

Malgré ses promesses d’unir le Royaume-Uni, c’est un cabinet de la mort ou de la gloire, qui réunit la plupart des icônes de la campagne pro-Brexit, Vote Leave, mais éloigne les Tories modérés.

Un pari dangereux

Dominic Raab, fervent partisan du Vote Leave, qui a servi pendant quelques mois en tant que simple secrétaire d’État du Brexit en 2018, obtient le ministère des Affaires étrangères, ainsi que le statut de bras-droit de Boris Johnson. Priti Patel devient nouvelle ministre de l’Intérieur, Theresa Villiers ministre de l’Environnement et Andrea Leadsom dirigera le ministère du Commerce. Michael Gove, qui a refusé les plans de Boris Johnson pour remplacer David Cameron comme Premier ministre après le référendum de 2016, mais est également un fervent pro-Brexit, décroche un poste clé.

L’un des seuls postes qui restent est celui de Stephen Barclay en tant que secrétaire d’État en charge du Brexit, une décision surprenante puisque de nombreux observateurs pensaient que Boris Johnson supprimerait le département en charge de la sortie de l’UE ou le renommerait pour qu’il se concentre sur les préparatifs pour un Brexit sans accord.

Avec Boris Johnson, le Royaume-Uni fait un pas supplémentaire vers le "hard Brexit"

Boris Johnson remplacera la Première ministre britannique Theresa May le 24 juillet après avoir confortablement remporté l’élection au sein du parti des conservateurs.

Dominic Cummings, le stratège controversé qui se trouvait derrière la campagne Vote Leave en 2016 et qui a ensuite été accusé d’outrage au parlement, sera l’un des conseillers en chef de Boris Johnson au 10 Downing Street.

Les pro-Brexit sont ravis. C’est le gouvernement de « Brexiteers » qu’ils voulaient. C’est aussi le gouvernement le plus de droite et socialement conservateur de l’histoire récente du Royaume-Uni. Priti Patel par exemple, a par le passé soutenu publiquement le retour de la peine de mort.

La plupart des observateurs autour de Westminster sont toutefois choqués d’un tel remaniement ministériel, du manque d’expérience des ministres choisis et du fait que la campagne pour les prochaines élections générales semble déjà avoir commencé.

La présence de plusieurs milliers de manifestants anti-Brexit rassemblés devant le 10 Downing Street a souligné à quel point le Royaume-Uni était divisé et à quel point Boris Johnson était une personnalité clivante en tant que Premier ministre.

Des sources proches de Westminster ne s’attendent pas à des élections avant la fin de l’année. Les conservateurs n’ont qu’une majorité de quatre – grâce au soutien de 10 députés du Parti unioniste démocrate – et celle-ci pourrait tomber à deux s’ils perdent une élection partielle contre les libéraux démocrates la semaine prochaine.

L’élection de Boris Johnson inquiète l'Écosse

La Première ministre d’Écosse, Nicola Sturgeon, a fait part de sa profonde inquiétude concernant l’élection de Boris Johnson au poste de Premier ministre du Royaume-Uni.

Avec au moins 30 députés conservateurs ayant voté contre un scénario sans accord et tous les autres députés mécontents ou licenciés lors du remaniement, il est peu probable qu’un gouvernement Johnson survive longtemps avant de perdre un vote de confiance.

Boris Johnson disposera effectivement de six semaines pendant les vacances d’été pour persuader l’UE de rouvrir les pourparlers et de conclure un accord, avant que la Chambre des communes ne revienne pour une période de deux semaines début septembre.

Dominic Grieve, l’ancien procureur général anti-Brexit, qui a mené la bataille contre un Brexit sans accord, a déclaré à Sky News que Johnson était « un charlatan ». « Je ne partage pas son optimisme », a-t-il ajouté.

Dans sa première allocution en tant que Premier ministre, Boris Johnson a dressé une liste d’objectifs en matière de politique sociale, notamment l’embauche de 20 000 policiers, la modernisation de 20 hôpitaux et l’augmentation des dépenses scolaires par élève, avant de doubler ses promesses aux membres du Parti conservateur sur le Brexit.

Le Royaume-Uni quittera l’UE le 31 octobre « pas de si ni de mais », a-t-il déclaré, ajoutant que « nous conclurons un nouvel accord, un meilleur accord qui maximisera les opportunités d’un Brexit tout en nous permettant de développer un nouveau et passionnant partenariat avec le reste de l’Europe basé sur le libre-échange et un soutien mutuel ».

No deal

Le nouvel accord sur le Brexit ne contiendra « pas ce filet de sécurité antidémocratique », a rappelé Boris Johnson.

Il a cependant reconnu que le Royaume-Uni devrait « se préparer à la possibilité lointaine que Bruxelles refuse de poursuivre les négociations et que nous soyons contraints de ne pas conclure d’accord ».

Le problème pour Boris Johnson est qu’un Brexit sans accord n’est pas, comme il le prétend, une « possibilité lointaine », mais une quasi-certitude si l’UE maintient sa position.

Dans une déclaration faite à l’issue d’une réunion avec Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, le comité de pilotage du Brexit du Parlement européen a répété que l’accord de retrait conclu avec Theresa May ne serait pas rouvert.

Il était toutefois « ouvert à envisager des modifications de la déclaration politique, en particulier si ces modifications prévoyaient un partenariat UE-Royaume-Uni beaucoup plus détaillé et plus ambitieux, de sorte qu’il ne serait pas nécessaire de déployer le filet de sécurité irlandais ».

Entre-temps, Boris Johnson a esquissé la perspective d’élections anticipées cet automne pour confirmer sa décision de sortie le Royaume-Uni de l’UE sans accord.

Il a insinué que l’UE serait fautive en cas d’un Brexit dur et si le Royaume-Uni sort sans accord, il ne payerait pas la facture de divorce de 39 milliards de livres.

Après trois ans à tourner autour de Theresa May, Johnson et son parti ont clairement un gouvernement pro-Brexit. La bataille ultime sur ses projets de Brexit est sur le point de commencer.

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