Podemos réussit sa percée en Andalousie

Les Andalous ont renouvelé leur parlement régional [(Crédits : Marcelo del Pozo)]

Le parti issu des Indignés est parvenu en troisième position lors des élections régionales andalouses de ce dimanche 22 mars. Les Socialistes limitent la casse, mais le Parti populaire de Mariano Rajoy s’effondre.

Podemos, le mouvement issu des Indignés, confirme sa percée dans le paysage politique espagnol. Ce dimanche 22 mars, les résultats définitifs sur l’ensemble des bulletins dépouillés ont indiqué que ce parti a obtenu 15 sièges sur 109 dans le futur parlement de la plus peuplée des communautés autonomes espagnoles. C’est un peu moins que les estimations sorties des urnes qui lui donnaient entre 19 et 22 sièges, mais le parti de Pablo Iglesias, qui, rappelons-le, n’existait pas lors du dernier scrutin régional de 2012, devient la troisième force politique de l’Andalousie avec 14,8 % des voix. Dans certaines villes de la région, comme à Cadix, Podemos est la première force politique. Cette percée, dans une place forte de la gauche espagnole est un succès notable qui confirme, à six mois des élections générales du 20 novembre qu’il faudra compter avec Podemos dans l’avenir.

Les Socialistes limitent la casse

Parallèlement, le parti socialiste PSOE a très clairement limité la casse. Il perd quelques quatre points par rapport à 2012 avec 35,5 % des voix contre 39,5 %, mais, avec 47 sièges, il maintient son nombre de députés régionaux (dans une assemblée où il y a 10 élus de plus qu’en 2012) et n’est qu’à 5 points de la majorité absolue. Pour les Socialistes, ce résultat est très encourageant avec les élections générales, il montre qu’il est encore capable de canaliser une partie de la colère contre le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. En tout cas, Suzana Diaz, la présidente PSOE de la région devrait conserver son siège, si elle trouve des alliés…

Déroute du PP conservateur

Le parti du chef du gouvernement le Parti Populaire (PP) est, lui, le grand perdant de cette élection. Avec 26,7 % des voix et 33 sièges, il perd 14 points et 17 sièges. C’est une déroute assez claire qui montre que les Andalous qui, en 2012, un an après l’élection de Mariano Rajoy, avaient accordé une forte poussée au PP, ont, cette fois, voulu très nettement sanctionner la politique du président du gouvernement. On peut donc mesurer que la population andalouse reste peu sensible sur le plan politique aux « succès » de la politique économique du gouvernement. L’Andalousie affiche un taux de chômage de quelque 35 % de la population active…

Ciudadanos réussit son émergence

Les partis traditionnels sont donc très nettement sanctionnés. Avec 63 % des voix en cumulés, les deux grands partis, PSOE et PP, perdent ensemble plus de 17 points. Même le parti de gauche issu de l’alliance entre le parti communiste et les verts, Gauche unie (Izquierda Unida, IU), traditionnellement troisième force de la région et du pays, a subi une nette défaite, passant de 11,3 % à 6,9 % et de 12 à 5 sièges. Le jeu politique espagnol se complexifie d’autant plus qu’un cinquième larron, le parti centriste Ciudadanos (« citoyens »), très centré sur la lutte contre la corruption et très critique contre l’austérité de Mariano Rajoy, a réussi son émergence politique dans la région avec 9,3 % des voix et 9 sièges. C’est un vrai succès pour ce parti qui fait jeu égal dans les sondages nationaux avec le PP (autour de 18 %), mais pour qui ces élections andalouses étaient un vrai test pour prouver la réalité de son implantation en dehors de sa région originelle, la Catalogne. Preuve est donc faite qu’une partie (mais une partie seulement) de l’électorat déçu par Mariano Rajoy trouve un débouché politique dans Ciudadanos.

Une formation de coalition à suivre de près

Désormais, la constitution d’une coalition gouvernementale sera à suivre de près. Le PSOE devrait conserver le contrôle de l’Andalousie, mais il devra trouver un allié. L’actuelle coalition PSOE-IU est minoritaire avec seulement 52 sièges, contre 55 nécessaires. Le PSOE va donc devoir trouver d’autres alliés. Il pourra tenter de se tourner vers Ciudadanos ou vers Podemos. Quelles seront alors les réactions de ces deux formations ? Accepteront-elles de se compromettre dans un gouvernement régional avec un représentant du « vieux système » à six mois des élections générales ? La question semble surtout se poser pour Ciudadanos que beaucoup voient comme un allié logique au PSOE. Mais sinon, l’Andalousie ira-t-elle vers une « grande coalition » entre le PP et le PSOE ? Les leaders locaux n’avaient pas exclu ce choix pendant la campagne. Ce serait alors un pain béni pour les deux « nouvelles » formations qui pourraient jouer avant le 20 novembre sur la « collusion » entre les partis du « système ». Ce dilemme du PSOE risque de se reproduire après les élections régionales de mai, mais aussi – et ce sera tout son intérêt – après les élections du 20 novembre.

Cet article a initialement été publié sur le site de la Tribune

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.