Tension entre Berlin et Varsovie qui accuse l’Allemagne de soutenir l’opposition

Witold Waszczykowski, le ministre polonais à la Défense. [Radek Pietruszka/ EPA]

Lors d’une visite en Ukraine, le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a exprimé son indignation face à la politique de Berlin vis-à-vis de la Pologne. Le ministre assure en effet que l’Allemagne soutient l’opposition. Un article d’Euractiv Pologne.

Les liens unissant Varsovie à Berlin ont été malmenés par des remarques de la ministre allemande à la Défense, Ursula von der Leyen, qui a récemment parlé de la nécessité de soutenir « la résistance démocratique saine de la jeune génération en Pologne » lors d’une émission télévisée.

« Nous devons maintenir le dialogue, argumenter avec la Pologne et la Hongrie », avait-elle également indiqué.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, en déplacement en Ukraine, n’a pas tardé à réagir. « Nous sommes outrés que des personnages politiques allemands, qui avaient ces dernières années décidé de ne pas commenter la situation polonaise, se mettent à interférer dans les affaires intérieures. Pour la première fois, ils admettent qu’ils ont en réalité une politique pour le renforcement de l’opposition en Pologne », a-t-il estimé.

« Il s’agit d’une intervention dans les affaires intérieures du pays. Nous demanderons des explications », a-t-il ajouté.

La presse polonaise fait cependant état d’une déclaration de l’ambassade allemande, qui assure que « la citation de la ministre de la Défense qui a circulé sur les réseaux sociaux a été modifiée et prise hors de son contexte ». « La ministre a clairement exprimé son appréciation de l’Histoire polonaise et a souligné les grandes réussites du pays, et notamment le rôle clé du mouvement Solidarność », poursuit l’ambassade.

Soulignant que les commentaires de la ministre avaient été prononcés dans le cadre d’une émission de télévision, et que « la politique du gouvernement fédéral allemand n’est pas déterminée durant des émissions télévisées », l’ambassade ajoute que « Mme [Ursula] von der Leyen a mentionné le fait que l’UE repose sur un processus inclusif de protection et de renforcement des valeurs européennes communes et de prise en compte de toutes les positions ».

Lors de cette fameuse émission, la ministre avait indiqué que ses enfants étudiaient en Pologne via le programme Erasmus au moment du changement de gouvernement. C’est à ce moment qu’elle a exprimé son soutien à la résistance des jeunes générations.

Interrogée sur l’évolution de l’intégration, elle a déclaré que « nous ne devrions pas avancer par petits groupes, mais tenter de manière continue d’impliquer toute l’Europe dans le processus », d’où la nécessité de maintenir le dialogue avec Varsovie et Budapest et son souhait de « défendre les pays de l’Europe de l’est ».

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« Il faut se rendre compte des efforts que les pays baltes ont dû consentir pour vivre dans la liberté, pour devenir membres de l’Union européenne, pour remplir les conditions liées à la zone euro », a-t-il insisté. « Se rendre compte de ce que la Pologne a accompli, là où le mouvement de solidarité a joué un rôle précurseur. Je ne veux pas abandonner [les pays de l’Europe centrale et de l’est] trop vite. »

Selon la chaine tvn24.pl, le communiqué de l’ambassade allemande a été publié après que le ministre polonais de la Défense, Antoni Macierewicz, a exigé un entretien avec l’attaché allemand à la Défense, en réaction aux déclarations d’Ursula von der Leyden.

Dans un communiqué, le ministère polonais de la Défense indique en effet « recommander au directeur du département des Affaires étrangères militaires, Colonel  Tomasz Kowalik, d’appeler l’attaché allemand à la Défense […] afin d’obtenir des clarifications ».

Le ministre aux Affaires étrangères a également annoncé que son ministère demanderait des explications et demanderait « pourquoi ces déclarations inacceptables sont exprimées en public ».

Witold Waszczykowski a indiqué espérer qu’il s’agisse tout simplement de l’un de ces malentendus qui arrivent quand on est un représentant politique. « Nous voulons offrir une chance de retrait de ces propos sans créer d’incidents diplomatiques », a-t-il expliqué.

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