L’Allemagne s’inquiète de la flambée des délits à caractère politique

La place du marché de Halle, en Allemagne, après l'attentat antisémite du 9 octobre 2019. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le nombre de crimes à caractère politique a considérablement augmenté en Allemagne au cours de l’année dernière. Pour la première fois, les délits commis en ligne ont été inclus dans les statistiques. Un article d’Euractiv Allemagne.

En 2019, le nombre de crimes à caractère politique recensés en Allemagne a augmenté d’environ 14 % par rapport à l’année précédente. Leur nombre avoisine les 41 000.

Ce sont les conclusions d’un rapport présenté mercredi 27 mai par Horst Seehofer (CSU), le ministre allemand de l’Intérieur, et Holger Münch, le président de l’Office fédéral de la police criminelle.

Le taux 2019 de criminalité à caractère politique figure au deuxième rang du classement établi depuis la création de ces statistiques en 2001.

Les villes européennes luttent contre la recrudescence des violences discriminatoires

Propos haineux, actes racistes, violence antisémite, agressions de personnes LGBTI : depuis quelques années, les violences discriminatoires montent en flèche. Et les faits sont glaçants. Les acteurs locaux redoublent d’imagination pour y faire face.

Les délits issus de la droite de la sphère politique (22 000 environ), représentent plus de la moitié (54,3 %) des infractions enregistrées. Par rapport à l’année précédente, celles-ci ont augmenté de près de 10 %.

« La plus grande menace provient toujours de l’extrême droite. Nous avons toutes les raisons de faire preuve de la plus grande vigilance à ce sujet », a indiqué Horst Seehofer aux journalistes.

Les crimes politiques de gauche ont cependant augmenté de manière encore plus significative. Pour 2019, le nombre d’infractions s’élève à près de 10 000, ce qui traduit une hausse d’environ 24 % par rapport à l’année précédente.

On observe en revanche une nette baisse des crimes à motivation religieuse. Parmi ceux-ci, les crimes ayant un fond islamiste continuent à focaliser l’attention.

Une forte augmentation de l’antisémitisme

Une augmentation importante des crimes de haine a été constatée, y compris des infractions xénophobes et antisémites. Avec plus de 2 000 délits recensés en 2019, le nombre de crimes antisémites a augmenté de 13 % par rapport à l’an dernier, atteignant ainsi un niveau record.

Selon les statistiques, plus de 90 % de ces crimes sont issus de l’extrême droite.

« L’antisémitisme est devenu monnaie courante pour les juifs d’Allemagne », relève Josef Schuster, le président du Conseil central des juifs d’Allemagne. Il demande qu’une « attention particulière » soit accordée à la montée de l’extrémisme de droite.

« L’antisémitisme revient en force en Europe »

Les discours antisémites sont de plus en plus violents depuis quelques années, estiment Sigmount Königsberg et Sawsan Chebli, qui ont accepté de répondre aux questions du Taggesspiegel.

Josef Schuster note qu’Internet offre une plate-forme propice aux déclarations antisémites et craint que la crise du COVID-19 ne renforce encore cette tendance. Un point de vue partagé par de nombreux experts, qui soulignent qu’il est aisé de lier les théories du complot aux schémas de pensée antisémites.

Selon le rapport, environ 1 500 messages en ligne ont été recensés comme constituant des crimes de haine. Les trois quarts d’entre eux affichent des motivations politiques liées à l’extrémisme de droite. C’est la première fois que cette statistique figure dans le document.

Une nouvelle loi pour remédier à la situation

L’assassinat de Walter Lübcke, le président du district de Kassel, ainsi que les attentats de Hanau et de Halle – qui ont mis en exergue la violence de l’extrême droite en Allemagne l’an dernier – ont généré un nouveau débat sur la manière de lutter contre les crimes liés à l’extrême droite.

« Le développement de la criminalité à caractère politique nous montre avant tout que la menace qui pèse sur notre démocratie atteint une nouvelle dimension », estime Georg Maier le ministre de l’Intérieur de Thuringe. L’État de droit doit y faire face par tous les moyens possibles, a-t-il ajouté.

Christine Lambrecht (SPD), la ministre allemande de la Justice, prévoit donc d’instaurer une loi contre l’extrémisme de droite et les crimes de haine. Les chiffres actuels sur la criminalité montrent clairement à quel point une telle loi est nécessaire, a-t-elle souligné après la publication du rapport.

En février, le cabinet avait déjà adopté un projet de loi prévoyant non seulement d’élargir le nombre d’infractions, mais aussi d’instaurer des poursuites plus efficaces.

En outre, les fournisseurs de grands réseaux sociaux seront également contraints de prendre des mesures contre les posts haineux publiés en ligne et de signaler certains contenus à caractère criminel à l’Office fédéral de police criminelle. Le projet de loi devrait être adopté par le Bundestag avant l’été.

L’Allemagne met les GAFA sous pression face aux discours de haine

Un nouveau projet de loi allemand prévoit de condamner à une amende pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros les médias sociaux qui ne suppriment pas les discours haineux. La Commission européenne réfléchit à une proposition similaire.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER