Pologne: les eurodéputés alertent sur l’Etat de droit et le sort des LGBTI

Des manifestants participent à la manifestation "Gdansk dit stop au fascisme" à Gdansk, en Pologne, le 12 septembre 2020. L'événement contre le racisme et pour soutenir le mouvement LGBT a été organisé par "Tout pour Gdansk" et "L'action des femmes des trois villes de Poméranie". [EPA-EFE/ADAM WARZAWA POLAND OUT]

Les députés européens se sont alarmés lundi 14 septembre d’une « détérioration » de la situation de l’Etat de droit en Pologne, notamment des atteintes à l’indépendance des juges ainsi que des discriminations à l’égard des personnes LGBTI.

Lors d’un débat au Parlement européen, l’eurodéputé espagnol Juan Fernando Lopez Aguilar (Socialistes et démocrates), auteur d’un rapport sur le sujet, a souligné que ces atteintes aux valeurs de l’UE portaient « préjudice à la crédibilité du projet européen », évoquant un « effondrement constitutionnel » en Pologne.

Malgré les condamnations de Varsovie par la Cour de justice de l’UE, l’indépendance du pouvoir judiciaire est « bâillonnée », a-t-il souligné, dénonçant le rétrécissement des droits et libertés touchant la liberté d’association, de réunion, d’expression, de manifestation et la liberté des médias.

Quant aux zones « anti-LGTBI » décrétées en Pologne, elles sont « incompatibles » avec le droit européen, a-t-il jugé. En juillet, l’UE avait refusé des subventions européennes à six villes polonaises anti-LGBTI.

« Nous le disons à ces militants LGBTI malmenés par la police polonaise, à celles et ceux qui se battent mais aussi à celles et ceux qui se cachent, n’ayez pas peur d’être qui vous êtes », a lancé le député européen Pierre Karleskind (Renew Europe), appelant aussi la Commission européenne à ne pas avoir « peur de lancer des procédures d’infraction, d’imposer des amendes, de couper les subventions ».

« Nous ne pouvons pas tolérer les attaques persistantes contre la communauté LGBTI en Pologne », a abondé l’eurodéputée allemande Terry Reintke (Verts), dénonçant une « campagne présidentielle honteuse » basée sur « l’homo et la transphobie ».

Des manifestations se sont multipliées en Pologne en signe de solidarité avec la communauté LGBTI après l’arrestation en août d’une militante à Varsovie. Des dizaines de participants à cette mobilisation avaient été arrêtés lors d’affrontements avec la police.

Avant le scrutin présidentiel de juillet, les conservateurs au pouvoir dans ce pays profondément catholique ont volontiers usé d’une rhétorique anti-LGBT. Le président Andrzej Duda, qui a été réélu, avait comparé « l’idéologie LGBT » au « néo-bolchévisme ».

La Pologne est sous le coup d’une procédure déclenchée par la Commission européenne en décembre 2017 pour risque de « violation grave » des valeurs de l’UE, qui peut en théorie mener à des sanctions.

La vice-présidente de la Commission européenne, la Tchèque Vera Jourova, a toutefois reconnu l’inefficacité de cette procédure, qui a également été déclenchée contre la Hongrie de Viktor Orban, cette fois par le Parlement européen. Pour elle, il faut conditionner le versement des fonds européens au respect de l’Etat de droit dans le cadre du budget pluriannuel actuellement en discussions.

Elle a aussi souligné l’utilité du premier rapport annuel qui sera prochainement présenté par la Commission sur le respect de l’Etat de droit (indépendance du pouvoir judiciaire, pluralisme des médias, lutte anticorruption) dans chaque pays de l’UE.

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