Pas moins de 578 personnes, dont des responsables politiques de l’opposition voire des fidèles du gouvernement, ont été surveillées via le logiciel espion Pegasus sous le précédent gouvernement conservateur Droit et Justice (PiS), a déclaré mardi (16 avril) le ministre polonais de la Justice et procureur générale Adam Bodnar.
Le rapport du Procureur général, présenté au parlement et publié sur le site du Sénat, couvre la période allant de 2017 à 2022, lorsque le gouvernement conservateur PiS était au pouvoir.
De plus anciens rapports faisaient déjà état de piratages visant des responsables de l’opposition, mais aussi le Premier ministre de l’époque, Mateusz Morawiecki, voire le président Andrzej Duda. L’ONG spécialisée Citizen Lab n’a jamais pu confirmer ces allégations.
Selon le nouveau rapport, trois organismes publics de services spéciaux polonais ont utilisé le logiciel espion contre six personnes en 2017, 100 en 2018, 140 en 2019, 161 en 2020, 162 en 2021 et neuf en 2022.
En outre, l’usage de Pegasus — dont l’existence avait été révélée au grand jour en juillet 2021 — ne se serait pas borné aux figures politiques, mais ce serait étendu au monde des arts et, plus largement, à la société civile polonaise.
Selon le rapport du procureur général, c’est Zbigniew Ziobro, ancien ministre de la Justice et cacique du PiS qui pourrait être à la manœuvre, afin de déstabiliser ses rivaux au sein de son propre parti.
Le président Andrzej Duda s’est montré réticent à commenter le nouveau rapport, notant que « beaucoup de rumeurs, de demi-vérités et de contre-vérités » avaient émergé au sujet de l’utilisation de Pegasus par le gouvernement précédent.
Il a exprimé des réserves claires concernant l’utilisation du logiciel espion pour autre chose que la lutte contre la criminalité, tout en ajoutant que si des abus étaient avérés, les responsables devraient en assumer les conséquences.
« La question de Pegasus est celle que les membres du PiS ont eu le plus de mal à expliquer à leurs opposants politiques et au public », a déclaré à Euractiv Pologne le sociologue et analyste politique Jarosław Flis, professeur à l’université Jagiellonian de Cracovie.


