L’UE devrait faire meilleur usage du principe de « coalition des volontaires », d’après Lisbonne

D’après M. Gomes Cravinho, au cours des derniers mois, « plusieurs choses ont changé » dans la perception de la défense de l’UE. [gov.pt]

Il est clair que la situation de la défense européenne connaît des changements. De plus en plus de voix indiquent que l’importance de l’Europe sur le plan géopolitique s’accompagne d’une dimension militaire, a fait savoir le ministre portugais de la Défense dans un entretien avec EURACTIV.

D’après M. Gomes Cravinho, au cours des derniers mois, « plusieurs choses ont changé » dans la perception de la défense de l’UE.

« La conscience collective veut que nous soyons en mesure d’élaborer des dispositifs si nous souhaitons asseoir notre importance sur le plan géopolitique. Nous ne pouvons pas faire le poids en matière géopolitique sans nous munir d’une dimension militaire », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de la concrétisation de « la boussole stratégique », les ministres européens de la Défense se sont rencontrés la semaine dernière afin de s’entendre sur la création d’une force de réponse rapide de 5 000 militaires en cas de crise internationale.

« Nous avons observé des avancées telles, que nous devrions nous attarder davantage sur l’article 44 du traité de l’UE », a fait savoir le ministre.

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Conformément à l’article : « Le Conseil peut confier la mise en œuvre d’une mission à un groupe d’États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires pour une telle mission (coalition des volontaires, ndlr). Ces États membres, en association avec le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, conviennent entre eux de la gestion de la mission. »

« Je pense que nous devrions faire meilleur usage de cet article avec les 27 autour de la table », a renchéri le représentant portugais.

Interrogé sur les difficultés du bloc relatives au maintien de ses missions militaires existantes, il a répondu que « les ambitions politiques [de l’UE] étaient plus fortes que sa capacité à envoyer des troupes sur le terrain ; un problème qui doit être abordé ».

« Il a un consensus sur le fait que nous ne devrions pas créer de nouvelles missions sans savoir d’où proviennent les ressources », a poursuivi le ministre, faisant référence à l’opération IRNI pour faire respecter l’embargo sur les armes imposé en Libye.

D’après lui, une solution consisterait à développer des dispositifs d’incitations pour les pays afin qu’ils s’engagent à déployer des forces militaires dans différentes missions perçues comme étant politiquement importantes.

Parallèlement, l’UE dispose de groupements tactiques (GTUE) placés en alerte à tour de rôle depuis 2007. Toutefois ceux-ci n’ont jamais été sollicités jusqu’à présent.

Le dispositif d’incitation envisagé ne serait-il pas voué au même destin  ? D’après le représentant portugais, le GTUE pourrait nous permettre de tirer des leçons du passé.

« L’article 44, la facilité européenne pour la paix et les apprentissages des GTUE façonnent un nouveau contexte dans lequel nous pouvons agir », estime-t-il.

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La boussole stratégique

Présentée par les ministres de la Défense en juin 2020, la boussole stratégique couvre trois phases : une analyse commune des menaces, un dialogue stratégique structuré pour établir des objectifs visant à renforcer la place de l’UE en tant qu’acteur de sécurité et de défense, et la concrétisation de lignes directrices politiques pour la planification des activités militaires. Elle devrait être approuvée en 2022, au cours de la présidence française de l’UE.

« La boussole stratégique nous permettra de comprendre l’urgence à laquelle nous sommes confrontés et l’engagement que nous devons prendre pour garantir une Europe géopolitique », a fait savoir M. Gomes Cravinho, arguant qu’il percevait une « évolution positive » de la façon dont les États membres considèrent les risques de danger à travers le bloc, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

« Nous devons rédiger un texte dont la nature dérangeante sensibilisera chacun afin de pouvoir nous faire avancer », a-t-il soutenu.

Région indo-pacifique

Questionné sur la stratégie de l’UE pour la coopération dans la région indo-pacifique et l’éventualité d’une « véritable » présence navale dans les océans Indien et Pacifique, le représentant portugais a fait valoir que la coopération non militaire serait plus importante.

« Pour l’UE, les instruments stratégiques pertinents dont nous disposons dans la région indo-pacifique ne sont pas militaires. Ils reposent sur notre capacité à nous associer avec les pays comme l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et d’autres. »

Concernant la Chine, le ministre portugais de la Défense a déclaré que l’UE devrait « éviter toute confusion » dans sa façon de gérer la concurrence géopolitique accrue.

« Nous devons comprendre clairement quels sont les domaines dans lesquels nous devrions établir des partenariats avec la Chine ; quels domaines nous devrions éviter ; et quels domaines favorisent une concurrence géostratégique », a-t-il appuyé.

Interrogé la semaine dernière sur une présence militaire chinoise éventuelle dans l’océan Atlantique, M. Gomes Cravinho a indiqué que telle hypothèse était inutile et susciterait de « grandes préoccupations ».

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