Pour le Luxembourg, un pacte non contraignant sur l’asile est voué à l’échec

Le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn. [EPA-EFE/MAXIM SHIPENKOV]

Le nouveau pacte européen sur l’asile doit disposer d’un « instrument » qui rende l’accueil des migrants « obligatoire », sans quoi il ne fonctionnera pas, estime le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn. Un article d’Euroefe.

« Nous devons éviter de nouveaux « Moria » et que de pareils événements se produisent à nouveau dans les pays (de l’UE) ayant des frontières extérieures », a souligné Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères et européennes, en faisant référence au tristement célèbre camp de réfugiés de l’île grecque de Lesbos, ravagé par un incendie en septembre dernier.

Lors d’une interview accordée à Euroefe, le ministre, qui est en visite à Madrid pour rencontrer son homologue espagnole, Arancha González Laya, a déclaré qu’il était « d’accord pour que l’on recherche des alternatives » afin que les pays qui refusent d’accueillir des demandeurs d’asile puissent contribuer d’une autre manière, « par le biais de financements, en prenant en charge des retours, ou en collaborant plus intensément » au contrôle des frontières.

Après l’incendie de Moria, l’UE propose seulement un camp de réfugiés plus moderne

Après l’incendie qui a détruit le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, la seule proposition de l’UE semble être de reconstruire un camp plus moderne, ce qui met en évidence la faiblesse des politiques d’immigration des États européens. Un article d’Euractiv Italie.

Il s’agit précisément de quelques-unes des alternatives qui figurent dans le nouveau pacte migratoire présenté par la Commission européenne. Ce dernier exclut l’accueil obligatoire et met l’accent sur la protection des frontières et l’accélération du retour de ceux qui ne peuvent pas rester dans l’Union.

Cependant, ce nouveau pacte « ne fonctionnera pas si, en fin de compte et si tout le reste échoue, il n’y a pas réellement d’obligation d’accepter les demandeurs d’asile », a prévenu Jean Asselborn.

Il a souligné que cette obligation, de même que l’acceptation de la « redistribution de la charge » migratoire, constituaient des exigences des pays du sud de l’Europe comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Le Luxembourg « est déterminé à donner l’exemple » et figure parmi les rares pays de l’UE qui proposent actuellement d’accueillir des migrants « qui se retrouvent à Malte ou en Italie lors de sauvetages en haute mer », mais cela ne suffit pas et « il faut une solution au niveau européen », a insisté le ministre des Affaires étrangères.

Les pays de l'UE circonspects face à la proposition de pacte sur l’asile

Les États membres ont accueilli avec une grande prudence le nouveau pacte sur la migration et l’asile proposé par la Commission européenne, bien que tous admettent l’urgence de régler une question dans l’impasse depuis plus de cinq ans. Un article d’Euroefe.

« Pessimiste » au sujet de l’État de droit en Pologne et en Hongrie

Jean Asselborn a par ailleurs évoqué les négociations en cours entre le Conseil européen – qui représente les États membres – et le Parlement sur le mécanisme qui devra permettre de lier le respect de l’État de droit à la distribution des fonds de l’UE.

« Je suis très pessimiste à propos du concept de l’État de droit qui prévaut actuellement dans certains pays », a-t-il déclaré en citant explicitement la Pologne et la Hongrie.

Selon lui, il apparaît « clairement » que les deux pays « ne manifestent pas la volonté politique de respecter les règles du jeu » et les critères qu’ils ont acceptés pour entrer dans l’UE, auxquels « ils ne veulent pas se conformer pour l’heure ».

Les traités « ne vont pas garantir » la paix et la prospérité de l’Europe, mais « la manière dont la démocratie est vécue et celle dont les règles de l’État de droit et les droits de l’homme sont respectés », a-t-il fait valoir.

« J’ai un peu peur que nous commencions à distribuer avec joie des milliards sans conditionnalité », a-t-il ajouté à propos du mécanisme en discussion, qui s’avérera essentiel pour donner le feu vert au budget de l’UE pour la période 2021-2027, ainsi qu’au fonds de relance post pandémie de 750 milliards d’euros.

Jean Asselborn a également confié être « très nerveux » quant à l’état des négociations sur les relations post Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni.

Selon lui, bien qu’il soit difficile de savoir « quels sont les atouts dans la manche » du Premier ministre britannique Boris Johnson, la « logique » finira par prévaloir et il y aura un accord si les politiciens des deux parties responsables des négociations « sont capables de demeurer sereins ».

Accord post-Brexit: appels aux compromis, l'UE attend la réponse de Johnson

La chancelière allemande Angela Merkel a appelé jeudi soir (15 octobre) à Bruxelles à des compromis de part et d’autre pour débloquer les négociations commerciales post-Brexit entre Londres et l’Union européenne. Une prise de position du Premier ministre britannique Boris Johnson est attendue ce vendredi.

« Le Royaume-Uni a besoin d’un accord, nous aussi. Cela dit, ils en ont besoin s’ils ne veulent pas être soumis aux lois de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) », a relevé le ministre.

Jean Asselborn s’est rendu au Portugal et en Espagne pour rencontrer ses homologues des deux pays et discuter avec eux de sujets d’intérêt commun tels que la migration, la crise biélorusse ou les tensions avec la Turquie en Méditerranée orientale.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer