Pourquoi les États-Unis sont sortis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire

Donald J. Trump [EPA-EFE/KEVIN DIETSCH / POOL]

Les États-Unis souhaitaient semble-t-il retrouver des marges de manœuvre face à la montée en puissance de la Chine. Une décision qui va obliger Pékin à revoir sa stratégie dans le Pacifique. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Pourquoi les États-Unis sont vraiment sortis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (de 500 à 5 500 km). La mort du Traité FNI signé en 1987 entre l’URSS (devenue ensuite la Russie) et les États-Unis et mis en vigueur en 1988, permet aux États-Unis de retrouver indéniablement des marges de manœuvres stratégiques, face à la montée en puissance dans le domaine militaire de la Chine, qui elle n’était pas contrainte par ce Traité. Ainsi, près de 80 % de l’arsenal conventionnel et nucléaire chinois reposent sur des vecteurs de type FNI. On trouve d’ailleurs en Asie le plus grand nombre d’États détenteurs de l’arme atomique (Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord). Les garanties de sécurité nucléaire américaines en Asie du Nord-est amplifient donc l’importance des États-Unis dans les équilibres stratégiques régionaux.

« La sortie américaine du traité FNI offre de nouvelles options stratégiques à Washington dans la perspective de la compétition qui se joue avec Pékin », avait estimé en mai Emmanuel Puig, conseiller Asie à la direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense (DGRIS) lors d’une demi-journée d’étude organisée par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

La violation du Traité FNI par la Russie a semble-t-il arrangé les États-Unis d’en sortir même si la politique étrangère américaine de Donald Trump est chaotique. Les États-Unis multiplient les crises sans pour autant les régler : le conflit ouvert avec l’Allemagne n’est pas réglé, le chantage balistique de la Corée du Nord n’est pas fini, le Venezuela n’a pas été mis au pas, le régime iranien tient toujours, etc… Il n’en demeure pas moins qu’un mois après être sorti du Traité FNI, l’essai d’un missile balistique américain de moyenne portée, qui a atteint sa cible après plus de 500 km de vol, a fait réagir la Chine. Ce tir « prouve que le véritable objectif du retrait américain était (…) d’avancer sans retenue vers le développement de missiles et de lutter pour la supériorité militaire unilatérale », a estimé le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

« Pour la Chine (et sans doute la Corée du Nord), le retrait du traité FNI valide le récit selon lequel l’Amérique recherche une supériorité militaire dans la région et n’accepte pas la montée en puissance du pays. Il reste à voir comment ces pays réagiront à une éventuelle multiplication des systèmes offensifs dans leur environnement immédiat », avait analysé début février Bruno Tertrais, directeur adjoint de la FRS.

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Pourquoi les États-Unis craignent la Chine

En Asie, la Chine disposera en 2030 d’un nombre suffisant de missiles balistiques dérivés de l’actuel DF 21 (Dong Feng) pour faire peser une menace significative sur les espaces maritimes jusqu’à 1.500/2 000 km de ses côtes. Et menacer notamment la base américaine du Pacifique basée à Guam. Certains de ces vecteurs devraient emporter des planeurs hypersoniques (DF-ZF, porteur de charges nucléaires ou conventionnelles et dont le dernier essai reconnu par les États-Unis a été effectué en avril 2016) probablement impossibles à intercepter à cette distance.

Le système DF-ZF, qui aurait une portée de 2 000 km et une vitesse comprise entre Mach 5 et Mach 10,  aurait été testé avec succès à sept reprises depuis 2014, selon le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Dans ces conditions, la stratégie de déni d’accès (A2/AD) déployée par Pékin dans la zone sur la plupart des lignes de communication maritimes en Asie se trouverait substantiellement renforcée. À condition que la Chine soutienne un effort financier soutenu, ce qui semble à sa portée. Le déploiement de tels systèmes imposerait aux États-Unis un effort de modernisation des défenses antimissiles de ses infrastructures fixes (Guam) et de ses moyens navals situés à portée des vecteurs hypersoniques chinois.

Et l’Europe ?

Les États-Unis pourraient également trouver un intérêt de sa sortie du Traité FNI en Europe. Elle redonne la liberté à la Russie de développer toute une gamme de missiles dont la cible potentielle compte tenu du rayon d’action est le continent européen. « Aux Américains, la fin du FNI et la menace de nouveaux missiles russes, apporte un argument pour inciter les Européens à cotiser davantage dans la défense antimissile, au risque d’effet d’éviction pour le financement de programmes jugés au moins aussi prioritaires, notamment par la France (SCAF, dissuasion, spatial…) », a estimé lors d’une audition à l’Assemblée nationale l’ancien SGDSN, Louis Gautier. Résultat, les États-Unis pourraient inciter, voire exiger, les Européens à sortir leurs chéquiers en faveur des industriels américains. Pris à la gorge budgétairement, les États européens pourraient alors arbitrer leurs dépenses en faveur de Washington, qui verrait d’un très bon œil la fin du programme SCAF, notamment.

Le Traité FNI était un élément central de l’architecture de sécurité européenne et de la stabilité stratégique en Europe. La fin de ce traité accroît les risques d’instabilité en Europe et érode le système international de maîtrise des armements », avait expliqué début août le ministère des Affaires étrangères.

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