Producteur de musique tabassé par trois policiers à Paris : ce que l’on sait de cette affaire

Trois policiers accusés d’avoir tabassé un producteur de musique samedi 21 novembre à Paris et un quatrième suspecté d'avoir lancé une grenade lacrymogène dans l'appartement ont été suspendus ce jeudi 26 novembre suite à la diffusion d’une enquête du média Loopsider. [pixinoo/shutterstock]

Trois policiers accusés d’avoir tabassé un producteur de musique samedi 21 novembre à Paris et un quatrième suspecté d’avoir lancé une grenade lacrymogène dans l’appartement ont été suspendus ce jeudi 26 novembre suite à la diffusion d’une enquête du média Loopsider. Voilà ce qu’on sait de l’affaire. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Samedi 21 novembre, un homme noir, producteur de musique, s’apprête à pénétrer dans son studio d’enregistrement situé dans le XVIIe arrondissement de Paris. Il n’a pas son masque et voit passer une patrouille de police.

Cet homme, Loopsider qui révèle l’affaire, l’appelle Michel. Il explique alors au média qui l’a interviewé qu’il se dépêche de rentrer dans les locaux pour éviter une amende.

D’après son récit, les policiers arrivent ensuite derrière lui sans rien dire : « ils ne m’ont rien signifié. Ils sont arrivés derrière moi. Je pense en effet qu’ils m’ont suivi. Ils étaient proches de moi quand j’ai ouvert ma porte. Ils m’ont fait peur. Je me suis retourné. J’ai vu un mec en civil. Ensuite j’ai vu un policier », ajoute t-il à l’AFP.

Passage à tabac et insultes racistes

La situation dégénère très rapidement. La scène est entièrement filmée par les caméras de surveillance des lieux. Les policiers eux ne savent pas qu’ils sont filmés.

Michel reçoit de nombreux coups de pieds, de poings, de matraque et de genoux par les trois policiers. D’après le producteur, des insultes racistes sont également proférées.

En appelant à l’aide, l’homme finit par alerter des jeunes artistes qui se trouvaient au sous-sol du bâtiment de son studio d’enregistrement.

À leur arrivée, ils parviennent à faire sortir les forces de l’ordre des locaux qui essayent ensuite de rentrer à nouveau en forçant la porte et donnant des coups de matraques dans la vitre. Une grenade lacrymogène est ensuite envoyé à l’intérieur du local. Michel est mis en joue par les policiers.

Les déclarations des policiers mises à mal par la vidéo

Il est arrêté, comme les neuf autres jeunes qui se trouvaient sur place, et est mis en garde à vue pendant 48 h. Une enquête est ouverte contre lui pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion ».

Dans le procès-verbal qu’ont dressé les policiers, ils affirment qu’ils ont voulu l’interpeller pour défaut de port du masque. Les agents écrivent ensuite : « alors que nous tentons de l’intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment ».

Les images de vidéo-surveillance montrent que c’est en réalité eux qui pénètrent dans les lieux en agrippant Michel avant de commencer à le frapper. Les policiers écrivent également que le producteur a essayé de les frapper à plusieurs reprises et de leur subtiliser leurs armes.

Selon ces mêmes images, Michel résiste en refusant de se laisser embarquer, puis tente de se protéger le visage et le corps. Il ne semble pas porter de coups. La scène de lutte dure cinq minutes et est visiblement intégralement sur le site de Loopsider .

Les quatre policiers suspendus

Mardi 24 novembre, le Parquet de Paris classe l’enquête ouverte contre Michel et en ouvre une autre contre les trois policiers pour « violences par personnes dépositaires de l’autorité publique » et « faux en écriture publique ». Elle est confiée à l’IGPN, la « police des polices ».

Ce jeudi matin, vers 9 h, Loopsider diffuse sur son site et ses réseaux sociaux l’enquête réalisée. Très vite, les réseaux sociaux dénoncent ces images et réclament des sanctions.

Peu avant 11 h, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin demande sur Twitter « au préfet de police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés ». Vers 16 h 30, le directeur de la police nationale annonce que les trois policiers ont été suspendus. Dans la soirée, un quatrième policier a été suspendu. Arrivé en renfort, il est accusé d’avoir lancé une grenade lacrymogène dans le studio de musique où a eu lieu la violente interpellation.

Ils ont « sali l’uniforme de la République »

Le procureur de la République de Paris a « demandé à l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) de tout mettre en œuvre pour que la lumière soit faite le plus rapidement possible dans cette enquête ouverte mardi ».

Ce jeudi soir, sur France 2, Gérald Darmanin a annoncé qu’il demanderait « la révocation » des policiers mis en cause si les faits étaient avérés. Le ministre de l’Intérieur est revenu sur ces images qu’il juge « inqualifiables et choquantes » estimant que les « faits laissent peu de place au doute ». Gérald Darmanin a affirmé que ces policiers « avaient sali l’uniforme de la République ».

Sur LCI, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti s’est dit « scandalisé par ces images ». Le garde des Sceaux ne remet pourtant pas en cause l’article 24 de la loi « sécurité globale » : « Les journalistes doivent faire leur métier, mais on ne peut pas diffuser les images des policiers dans l’intention de leur nuire. (…) Ils sont policiers républicains et parfois il y a des dérapages et quand il y en a il faut les sanctionner ».

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