La gauche accuse Merkel de creuser les clivages en Europe

« Nous ne pouvons pas accepter une division de l’Europe entre ce qu’elle voit comme les saints du nord et les pécheurs du sud », a affirmé Gianni Pittella. [GUE/NGL / Flickr]

L’Europe a besoin de changer ses politiques d’austérité, et pas pour une politique à plusieurs vitesses comme le suggère Angela Merkel, ont affirmé des responsables démocrates, écologistes et de gauche.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré la semaine dernière à Malte que les dirigeants européens pourraient s’engager dans une union à « plusieurs vitesses » lorsqu’ils feront une déclaration majeure sur l’avenir de l’UE lors d’un sommet à Rome le mois prochain.

Son commentaire a déclenché de vives réactions chez les politiques de centre gauche, qui ont accusé Angela Merkel de tenter de diviser l’Europe entre un sud pauvre et un nord aisé.

Les socialistes sont allés encore plus loin, en soutenant qu’une telle proposition était aussi dangereuse que l’avenir représenté par les nationalistes et les forces anti-européennes.

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Gianni Pittella : Merkel réinvente la roue

Interrogé sur la proposition d’Angela Merkel et son impact sur l’Europe, Gianni Pittella, le responsable des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, a déclaré que la chancelière allemande semblait avoir « réinventé la roue ».

Le politique italien a expliqué que l’Europe était déjà à plusieurs vitesses, et que la zone euro et l’espace Schengen en étaient de parfaits exemples.

« Le fait que maintenant, durant la campagne électorale allemande, Angela Merkel présente des idées pas vraiment nouvelles laisse perplexe. Surtout car, comme l’a bien souligné  Romano Prodi [ancien président de la Commission européenne], la relance de l’idée de l’Europe à deux vitesses n’arrive pas à la fin d’un débat profond et vaste sur l’Europe », a commenté Gianni Pittella.

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Selon lui, les socialistes européens refuseront d’établir une sorte de « club de luxe » des pays du nord de l’Europe les plus performants, dans lequel l’approche de l’austérité et les vautours comme le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, règnent sur les pays les moins riches du sud de l’Europe ». « Nous ne pouvons pas accepter une division de l’Europe entre ce qu’elle voit comme les saints du nord et les pécheurs du sud. »

Procédure d’infraction contre l’Allemagne

Pour les politiques socialistes, il ne s’agit pas de savoir si le groupe des pays les plus performants devrait oui ou non s’ouvrir aux pays qui souhaitent les rejoindre, mais plutôt quelle politique devrait être adoptée.

« L’important est de savoir quel genre de politiques vous voulez pour plus d’intégration et comment vous procédez. Une fois que le contenu et les procédures sont clarifiés, nous pourrons enfin évaluer notre position », a déclaré le chef de file S&D.

Il a réitéré son opposition au pacte « stupide » de stabilité et de croissance et a souligné la nécessité d’appliquer ces règles de manière politique, plutôt qu’à la lettre.

« Cela signifie que nous avons besoin d’une gouvernance politique capable d’évaluer la situation économique, budgétaire et politique. La grosse erreur faite avec la Grèce ne peut pas se répéter à cause de la stupidité d’une personne […]. Si nous venons à appliquer les règles de manière stupide, alors l’UE devrait ouvrir une procédure d’infraction contre l’Allemagne pour excédent commercial. C’est ce que disent les règles, mais nous ne voulons pas cela, nous voulons changer les règles », a-t-il assuré.

Chantage de Merkel & Co

Gabriele Zimmer, présidente du groupe de gauche GUE/NGL au Parlement européen, s’en est pris à la chancelière allemande et à Wolfgang Schäuble, en les priant de cesser de pratiquer le chantage face aux pays d’Europe méridionale comme la Grèce et d’abuser des partenaires européens pour leur propre gain durant la campagne électorale allemande.

« C’est tout simplement hypocrite de demander une Europe à plusieurs vitesses alors que c’est la politique de Merkel et compagnie qui a provoqué une hausse des inégalités sociales et économiques entre le centre et la périphérie de l’EU », a déclaré la responsable allemande.

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Elle a ajouté que les politiques agressives d’exportation des pays comme l’Allemagne avaient contribué de manière considérable à agrandir le fossé entre les États membres.

« Au lieu de différentes vitesses, nous devons revenir sur les politiques actuelles et encourager une nouvelle politique d’égalité, en limitant les excédents et en défendant une union sociale pour permettre plus de convergence à un niveau élevé », a conclu Gabriele Zimmer.

Non à une Europe à la carte  

Dans une réponse commune, les coprésidents des écologistes, Monica Frassoni et Reinhard Bütikofer ont indiqué que leur parti s’opposait à une Europe à la carte dans laquelle « chacun choisit que faire et dans laquelle le Parlement et la Commission seraient clairement mis sur la touche. Nous ne voulons pas d’une Europe basée sur un euro fort et des politiques d’austérité. »

Les Verts sont favorables à l’organisation d’un débat ouvert et vaste, dans lequel les intentions politiques seront présentées.

« Un débat permettra de clarifier qui veut une union politique basée sur l’État de droit, la volonté d’innover, qui veut une économie européenne durable et qui veut des institutions communes plus efficaces, plus transparentes et démocratiques », ont souligné les Verts. « Nous pouvons bien entendu commencer par une coopération améliorée sur des sujets comme la relocalisation des réfugiés, les taxes, etc., mais au bout du compte nous devrons gérer nos différences ou exploser. »

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