Radicalisations : un processus aux idéologies multiples

Une cellule du Quartier d'Evaluation de la Radicalisation (QER) de la prison du Val d'Oise à Osny, lors de la visite du ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, le 16 novembre 2020. [EPA-EFE/THOMAS SAMSON / POOL MAXPPP OUT]

Si la jeunesse est la principale victime des extrémismes, elle en est aussi le principal véhicule. Dans un rapport publié mercredi (25 novembre), une task force composée de jeunes décode le processus de radicalisation et insite sur le caractère pluriel de celle-ci.

Association européenne et générationnelle sur les questions d’engagement, de défense et de sécurité, les Jeunes de l’Institut des Hautes Études de la Défense nationale (IHEDN) ont créé en avril la task force « Radicalisation[s] ».

Pour rédiger cette étude, 24 étudiants et jeunes professionnels ont mené pendant huit mois 65 auditions d’experts – magistrats, chercheurs, sociologues, représentants gouvernementaux, psychologues, etc. – ainsi que des visites et des rencontres articulées autour de trois sphères de l’action publique : les milieux scolaire et sportif, le milieu carcéral et l’espace numérique. Trois champs dans lesquels les radicalisations trouvent un terreau fertile.

Le pluriel est ici de mise. Parmi la soixantaine de propositions élaborées par la task force, la dépolitisation du discours de lutte contre les radicalisations, via notamment l’élargissement du spectre de la prévention afin d’y inclure les radicalités émergentes.

« La radicalisation n’est pas une idéologie »

Devant le manque d’études sur la radicalisation au sens propre, la task force a pris les devants.

« Notre cerveau rattache naturellement la radicalisation à une idéologie religieuse comme l’islamisme, explique à EURACTIV France Fadila Leturcq, qui a copiloté le groupe de travail. Or la radicalisation est un processus avant d’être une idéologie et il concerne aussi d’autres radicalités politiques, comme on l’a vu en Nouvelle-Zélande par exemple. Même si elles sont marginales, le processus de radicalisation est le même ».

En 2019, le drame de Christchurch avait en effet montré à la face du monde un profil terroriste différent. Un militant d’extrême-droite avait perpétré une attaque dans deux mosquées, faisant 51 morts et 50 blessés. Plus récemment, fin octobre, l’attaque d’Avignon, d’abord présentée comme un attentat islamiste survenu quelques heures après celui de la basilique de Nice, s’était révélé être du fait d’un militant d’extrême-droite.

En Allemagne, en mars dernier, une fusillade à caractère raciste dans un bar à chicha à Hauna, avait fait sept victimes. « Toutes les 24 minutes, l’Allemagne enregistre un nouveau délit lié à l’extrême droite », selon  la déléguée allemande à l’Intégration Annette Widmann-Mauz.

Extrémismes en écho

« Nous sommes conscients que les différentes radicalités s’alimentent les unes les autres, précise  Coline Hrabina, également co-responsable de la task force. Il était important pour nous d’explorer les plus visibles comme celles qui émergent, ces dernières représentant des menaces futures à anticiper ».

Pour la task force, dépolitiser la prévention et la lutte contre les radicalisations est nécessaire, « tout simplement car elles constituent l’affaire de tous ». « Les querelles partisanes autour d’un sujet si déterminant pour notre jeunesse et notre sécurité n’ont pas leur place : il est temps de trouver des solutions communes », poursuit Mme. Hrabina.

Allemagne : plus d'un milliard d’euros pour lutter contre le racisme

Le comité interministériel sur l’extrémisme de droite et le racisme a approuvé les 89 mesures du paquet « antiracisme » présenté mercredi (25 novembre). Un article d’Euractiv Allemagne. 

Le 25 novembre, le Conseil d’État confirmait la dissolution de l’ONG BarakaCity ainsi que la fermeture temporaire de la Grande mosquée de Pantin, dans le viseur du gouvernement suite à l’assassinat de Samuel Paty pour leurs liens troubles avec l’islamisme radical. Les deux organisations avaient déposé un recours.

Le juge des référés a en effet statué que l’imam principal de cette mosquée avait été formé dans un institut fondamentaliste du Yémen et qu’il était impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Ile-de-France.

Quant à BarakaCity, le juge a estimé que certains des messages de son président, très présent sur les réseaux sociaux, notamment ceux appelant à des « châtiments » sur les victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo ou exposant à la vindicte publique des personnes nommément désignées, constituaient des discours incitant à la discrimination, à la haine ou à la violence.

Également dans le viseur du ministère de l’Intérieur, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui lui aussi conteste les arguments de la place Beauvau et qui pourrait à son tour déposer un recours auprès du Conseil d’État.

Mais la personne en cause dans l’attentat d’Avignon s’était revendiqué de l’organisation d’extrême droite Génération identitaire, connue pour ses propos haineux.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait ainsi affirmé début novembre que la question d’une dissolution du groupuscule d’extrême-droite se posait. « Dès lors que l’on a des preuves qu’il y a un appel à la violence, à la haine, il faut prendre les décisions qui s’imposent. On ne peut rien exclure », avait-il alors expliqué à France Inter, France Info et Le Monde. Or depuis, aucune dissolution n’a été annoncée.

Un deux poids deux mesures qui crispe

« Faire de la radicalisation et de l’islamisme des synoymes alors que l’un représente un processus et l’autre une idéologie peut créer le lit de la radicalisation religieuse. Les radicaux eux-mêmes en profitent, alimentant la fracture de la société française », déplore Mme. Leturcq.

« L’extrême religieux ne va pas alimenter d’autres extrémismes religieux mais plutôt des extrémismes identitaire et politique. Il y a vraiment un écho entre eux. C’est pourquoi il est important d’identifier ce jeu d’échos à travers le processus. Nous pensons que s’y attacher permet de comprendre les mécanismes pour ensuite les enrayer et les contenir. »

Et il y a de quoi faire. En 2021 et en 2022, respectivement 64 et 50 détenus pour terrorisme islamiste sortiront de prison. L’administration pénitentiaire comptabilise à l’heure actuelle 503 détenus de ce type mais aussi 758 détenus de droit commun susceptibles d’être radicalisés, 32 dits d’ultra-droite, 7 dits d’ultra-gauche, 2 du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et 14 des milieux indépendantistes corses.

La task force préconise ainsi de construire des programmes de désengagement de la violence pendant et après la peine, qui prennent également en compte les différents types de radicalisations.

En Allemagne, le programme “EXIT-Germany” apporte un soutien individuel pour les individus désireux de quitter l’extrême droite. Depuis 2000, le projet a pris en charge environ 500 personnes, avec un taux de récidive d’environ 3 %. C’est d’ailleurs sur ce modèle que le pays a mis en place le projet « HAYAT-Germany » dédié, lui, à la radicalisation islamiste.

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