L’accès à la formation, au marché de l’emploi, aux soins de santé, au logement : la crise sanitaire a renforcé les inégalités sociales et régionales au sein du bloc. Comment briser ce cercle vicieux ? Un article d’Euractiv Allemagne.
À l’occasion de l’évènement « Call-to-Europe » (27 mai), organisé annuellement par la Foundation for European Progressive Studies (FEPS), plusieurs acteurs du navire européen ont fait part de leurs inquiétudes concernant les retombées de la pandémie de Covid-19 sur le plan régional et social.
En effet, les inégalités sociales se sont creusées à travers le bloc au fil des derniers mois, a confirmé David Rinaldi, directeur du département communication à la FEPS. Les études de la Fondation révèlent d’ailleurs que les disparités sociales s’imbriquent aux inégalités régionales.
L’urbanisation, la pollution atmosphérique, le coût trop élevé de la vie d’un côté, l’exode rural, le manque de perspectives, les lacunes sur le plan sanitaire et éducatif de l’autre : les inégalités sociales et régionales forment une véritable spirale infernale selon la FEPS.
Comment briser ce cercle ? Les réponses varient de part et d’autre de l’Europe. La conférence « Ring Ring Europe ! Mind the Regional Gap », tenue dans le cadre de l’évènement Call-to-Europe, a permis de lever le voile sur certaines d’entre elles.
Méfiance et boucs émissaires
Dans les États à l’est de l’Europe, la méfiance envers la politique et un taux élevé d’émigration contribuent grandement à ce cercle vicieux des inégalités : beaucoup de Croates quittent la région, car ils considèrent le système politique inéquitable, et ce malgré les aides européennes et le Fonds de cohésion, a fait savoir la députée européenne croate Biljana Borzan (S&D).
Il en va de même pour la Pologne : « Les citoyens veulent certes un État providence, mais ils ne pensent pas que le sérail politique du pays soit en mesure de garantir des services sociaux de haute qualité », a fait savoir Bartosz Machalica, cofondateur du groupe de réflexion polonais Centrum im. Ignacego Daszyńskiego.
Autre obstacle sur la voie de l’équité sociale et régionale : le manque de sens des responsabilités des politiques. « Les gouvernements populistes de nos régions sont des spécialistes lorsqu’il s’agit de faire de l’UE le bouc émissaire de tous leurs problèmes », estime le politologue. « De leur côté, les gouvernements locaux suivent le mouvement. Ils rejettent la faute sur les autorités nationales quand les choses tournent mal. »
Selon M. Machalica, la première échappatoire consisterait à renforcer l’harmonie entre les politiques à l’échelle européenne, nationale et locale – sans quoi nous ne pourrons pas garantir une plus grande cohésion régionale, et donc une plus grande justice sociale.
« Le fossé sociétal se creuse »
Dans les États à l’ouest de l’Europe, la crise sanitaire a également engendré des répercussions manifestes sur la justice sociale : « Le fossé sociétal se creuse », affirme Andreas Schieder, eurodéputé autrichien (S&D) et coprésident du Global Progressive Forum.
Par conséquent, l’UE doit investir non seulement dans les infrastructures et les transports, mais également dans la formation, internet et le tourisme. Il est primordial de montrer que les mesures prises pour apaiser les retombées de la crise ne profitent pas qu’à l’économie. L’accent doit surtout être mis sur le bienêtre des citoyens européens. Telles sont les conclusions du représentant autrichien.
Des propos qui font écho à ceux de Tom Jungen, maire de la municipalité de Roeser au Luxembourg. Celui-ci souhaite que le bloc soit plus ambitieux en matière d’investissements dans les services publics et qu’il garantisse des conditions de logement décentes et durables pour tous les citoyens européens.
Il est particulièrement important que la politique sociale et de cohésion se repose davantage sur les instances régionales et municipales, selon M. Jungen. Les gouvernements locaux et régionaux joueraient un rôle clé dans la lutte contre les inégalités.
Plus d’équilibre entre les régions oubliées et celles débordées
La transition verte, la numérisation, des services de santé de haute qualité : tels sont les points sur lesquels s’appuie l’économiste finlandaise Anni Marttinen pour endiguer les inégalités. La politique régionale des années 1990 a creusé les disparités entre les régions rurales et urbaines de la Finlande, d’après elle.
Le plan de relance pour l’Europe serait désormais « décisif » afin de contrer ce phénomène exacerbé par la pandémie de Covid-19. L’UE est en mesure de tracer la voie vers une transition écologique et équitable, de même qu’elle est capable de sensibiliser la population à ce propos, a fait savoir Mme Marttinen.
En outre, l’UE occupe aussi une place prépondérante dans la protection des régions économiquement faibles contre l’influence de la globalisation, a soutenu Rocío Martínez-Sampere, directrice de l’Institut Felipe González.
La réaction rapide de l’UE face à la pandémie a certes permis d’éviter que les inégalités ne prennent une ampleur semblable à celles entrainées par la crise économique de 2008, mais l’UE doit être plus ambitieuse pour « compenser les perdants de la globalisation ».
Ces problèmes et ces solutions s’inscrivent sous un dénominateur commun dans le cadre de la politique de cohésion de l’UE. « La crise a agi comme accélérateur à de nombreux égards, mais nous devons éviter qu’elle ne vienne creuser de plus gros écarts », a expliqué la commissaire européenne à la cohésion et aux réformes, Elisa Ferreira, lors la conférence « Europe Replies ».
L’objectif de la politique de cohésion consiste à identifier les inégalités régionales et sociales dans toute l’Europe et de trouver « un équilibre entre les régions oubliées et celles débordées ». La cohésion n’est pas seulement obligation morale, c’est aussi une condition pour une transition fructueuse et plus d’équité à travers le navire européen, d’après Mme Ferreira.





