« Relance, puissance, appartenance » : la France présente ses priorités pour la PFUE

Le président de la République a dévoilé jeudi (9 décembre) les priorités pour la présidence française de l'UE (PFUE), qui sera placée sous le triptyque « Relance, puissance, appartenance ». [LUDOVIC MARIN/EPA]

Réforme de Schengen, Europe de la Défense, nouveau modèle européen… Emmanuel Macron a présenté les ambitions que la France compte porter au cours de sa présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2022.

Le président de la République a dévoilé jeudi (9 décembre) les priorités pour la présidence française de l’UE (PFUE), qui sera placée sous le triptyque « Relance, puissance, appartenance ».

En préambule, Emmanuel Macron a indiqué que cet exercice institutionnel interviendra à un « moment particulier, en référence à la crise sanitaire et climatique », aux « inégalités mondiales croissantes » mais aussi face à la « montée des tensions » à la frontière orientale de l’UE.

Moment d’autant plus particulier qu’il coïncide avec la campagne puis l’élection présidentielle française auxquelles Emmanuel Macron devrait, vraisemblablement, participer en tant que candidat à sa réélection.

Interrogé sur le risque de profiter de la PFUE pour promouvoir sa campagne nationale, le président s’est défendu en indiquant que Paris « n’avait pas choisi le calendrier » et que cette correspondance était « le fruit de la mise en œuvre du Brexit ». « Il nous faut tenir notre rôle avec l’esprit de responsabilité », a-t-il ajouté.

Souveraineté européenne

Le premier objectif de cette présidence sera de « passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de notre frontière à une Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix, maître de son destin ».

Le chef de l’État a d’abord indiqué vouloir mieux « maîtriser » les frontières européennes, une « condition indispensable » pour relever le défi migratoire, faire face aux guerres « hybrides » et éviter les « drames humains ».

Il a ainsi appelé à une réforme de l’espace Schengen, sur le modèle de la zone euro, avec la mise en place d’un pilotage politique et l’instauration de réunions régulières entre les ministres.

La France défendra également la création d’un « mécanisme d’urgence de soutien aux frontières », en coopération avec l’agence Frontex et qui permettrait de très vite déployer des forces de l’ordre et du matériel aux frontières en cas de besoin. « Les réactions sont trop tardives. Les mécanismes se mettent en place de manière trop spécifique » a souligné M. Macron.

Le président s’est par ailleurs dit soucieux de « faire avancer le paquet migratoire européen », en continuant de travailler avec les pays d’origine et de transit mais aussi en harmonisant les règles d’accompagnements pour les migrants et celles encadrant les flux secondaires.

Les ambitions en matière de politique étrangère d’Emmanuel Macron concernent également l’Europe de la défense. Le chef de l’État a rappelé les « avancées considérables » dans ce domaine, citant notamment le lancement d’un fonds européen de la défense en 2017. Il souhaite désormais « entrer dans une phase plus opérationnelle », et faire de la PFUE un « moment de définition de la Boussole stratégique ».

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Afrique et Balkans occidentaux

La France devrait en outre porter des « initiatives structurantes » en direction de l’Afrique et des Balkans occidentaux.

« Le lien entre [l’Afrique et l’Europe] est le grand projet politique et géopolitique des décennies à venir », a déclaré le président français, affichant sa volonté de lancer un nouveau New Deal économique et financier avec l’Afrique.

Sur les Balkans occidentaux, Emmanuel Macron a insisté sur « la responsabilité toute particulière » à l’égard de ces pays, en matière de protection des minorités et de lutte contre les interférences. Il a également indiqué vouloir « clarifier leurs perspectives européennes ».

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Un nouveau modèle européen

Plus largement, Emmanuel Macron a appelé à « imaginer un nouveau modèle européen » – ambition qui devrait d’être au cœur d’un sommet organisé par la PFUE en mars prochain.

L’UE doit avoir comme « obsession » de « créer des emplois » et de « lutter contre le chômage de masse », selon lui. Mais, a-t-il ensuite précisé, il s’agit aussi de créer « les bons emplois ». Emmanuel Macron a ainsi indiqué que la directive sur le salaire minimum sera au cœur de la PFUE, ainsi que celle sur la transparence des salaires dont l’ambition finale est de mettre fin à l’écart salarial entre les femmes et les hommes.

Il a défendu une relance industrielle qui passerait notamment par des secteurs clés : hydrogène, batterie, semi-conducteurs, cloud, défense, santé ou culture.

« Nous devons garantir le positionnement de l’Europe » et sa force pour définir les standards de demain », a déclaré Emmanuel Macron, soulignant que « l’action au niveau d’un État n’est pas la bonne échelle ».

Il a par ailleurs indiqué que la France cherchera à « favoriser l’achat européen ».

Emmanuel Macron a annoncé que plusieurs plans d’investissements européens et d’alliances industrielles nouvelles verraient le jour d’ici au mois de mars.

Ce nouveau modèle supposera également, selon le président, des règles budgétaires et financières adaptées. Il a ainsi appelé à parachever un cadre crédible, simplifié et transparent, et particulièrement une Europe bancaire et des capitaux.

Agenda climatique

Si la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas nommément un axe prioritaire de la PFUE, le nouveau modèle européen de croissance que portera le président Macron intègre pleinement des ambitions écologiques.

Pour atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne – réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et neutralité carbone en 2050 -, Emmanuel Macron a assuré que la PFUE fera avancer les textes, avec comme principe de « ne pas perdre une minute ».

Il a annoncé que les prochains mois verront la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières – « pour préserver notre compétitivité » -, les clauses miroir – afin d’avoir une « cohérence » entre la politique commerciale et la politique climatique et de préservation de la biodiversité -, et la création d’un instrument européen de lutte contre la déforestation importée.

Numérique

Le numérique devrait également occuper une place importante au cours de la PFUE.

Paris espère d’abord faire aboutir les deux prochaines grandes régulations en la matière, le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA).

« Quand nous savons nous organiser, nous créons des standards à l’échelle internationale », a déclaré Emmanuel Macron, en référence au Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui a inspiré d’autres pays dans la création de leur cadre légale pour les données.

Le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de faire émerger des acteurs de plus en plus fort, tout en soutenant l’innovation et la croissance – une stratégie « qui a montré son efficacité » selon lui.

Il a appelé à « agir en Européen » afin de pouvoir rattraper le retard de l’UE qui a « déjà des dépendances technologiques ». Le président a indiqué souhaiter mettre en place « un marché intégré du numérique », pour attirer les financements et pour aider les entreprises technologiques afin qu’elles n’aient pas à aller chercher de l’argent ailleurs, dans un souci de souveraineté. Une attention particulière devra être portée aux talents également, selon lui.

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« Une Europe humaine »

Enfin, Emmanuel Macron a déclaré vouloir profiter de la PFUE pour renouer avec la « vocation humaniste de l’Europe », en la rendant « plus efficace », « plus proche de nos concitoyens ».

La clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE), attendue au mois de mai, devrait marquer le « début de cet élan refondateur », selon lui.

Le chef de l’État a également affiché sa volonté de trouver « de nouveaux instruments pour aider à faire vivre notre liberté démocratique », montrant sa fermeté sur la question de l’État de droit.

Il a enfin appelé à un grand travail sur l’histoire de l’Europe, dans un « cadre historiographique indépendant » face au « révisionnisme » qui s’installe dans certaines parties de l’Europe.

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