Rencontre OTAN-Russie sur fond de bras de fer autour de l’Ukraine

La réunion de ce mercredi 12 janvier constitue le premier entretien du Conseil OTAN-Russie depuis 2019. [FRANCISCO SECO/epa]

Des responsables de l’OTAN et de la Russie doivent se réunir pour des entretiens à Bruxelles, ce mercredi (12 janvier), afin de discuter du renforcement militaire de Moscou le long de la frontière ukrainienne et de la sécurité européenne.

Cette réunion constitue le premier entretien du Conseil OTAN-Russie depuis 2019.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, présidera les discussions avec les 30 ambassadeurs de l’alliance occidentale et la délégation russe dirigée par le vice-ministre des Affaires étrangères Alexander Grushko, qui a décrit la réunion comme «  un moment de vérité  » dans les relations Russie-OTAN.

L’idée de ces entretiens est d’élargir la discussion bilatérale entamée par la secrétaire d’État adjointe américaine, Wendy Sherman, et son homologue russe, Sergueï Ryabkov, lundi 10 janvier à Genève.

Les diplomates de l’OTAN ont également confirmé que Mme Sherman se joindra aux pourparlers de ce mercredi 12 janvier à Bruxelles afin que les Russes «  restent honnêtes  » et pour faire toute la lumière sur ce qui a été discuté à Genève.

Les diplomates de l’OTAN affirment que l’alliance militaire est prête à négocier avec Moscou sur une plus grande ouverture autour des exercices militaires et pour éviter les affrontements accidentels qui pourraient déclencher un conflit, ainsi que sur le contrôle des armes concernant les missiles en Europe.

Toutefois, ils soulignent que bon nombre des exigences de la Russie, énoncées dans deux projets de traités de sécurité européens en décembre, restent inacceptables.

Les États-Unis et leurs alliés ont fermement rejeté les principales demandes de la Russie concernant l’élargissement de l’OTAN et le retrait des troupes des pays d’Europe orientale qui ont adhéré au traité après 1997, les qualifiant de «  voués à l’échec  ».

S’adressant aux journalistes à la veille des discussions OTAN-Russie, l’ambassadrice américaine auprès de l’OTAN, Julianne Smith, s’est montrée ferme, déclarant que la Russie recevrait la même réponse de tous les membres de l’alliance.

«  Lors de nos consultations et réunions préalables avec les alliés (…), il est apparu clairement que pas un seul allié au sein de l’alliance de l’OTAN n’est prêt à bouger ou à négocier quoi que ce soit en ce qui concerne la politique de la porte ouverte de l’OTAN  », a déclaré Mme Smith.

«  Je ne peux imaginer aucun scénario dans lequel cela ferait l’objet de discussions  », a-t-elle ajouté : «  Nous ne permettrons à personne d’entraver la politique de porte ouverte de l’OTAN  ».

L’OTAN estime que la Russie a massé environ 100 000 soldats près de sa frontière avec l’Ukraine, un renforcement qui a alimenté les craintes d’une invasion.

«  Soyons clairs : les actions de la Russie ont précipité cette crise. Nous sommes déterminés à utiliser la diplomatie pour désamorcer la situation  », a déclaré M. Smith aux journalistes mardi soir. «  Nous voulons voir […] la Russie retirer ses forces  », a-t-elle déclaré à propos des troupes russes stationnées près de l’Ukraine.

Interrogée par les journalistes sur la réduction des activités militaires de l’OTAN en Europe de l’Est, Mme Smith a déclaré que l’alliance ne reviendrait pas à la taille qu’elle avait il y a vingt ans.

«  Je ne pense pas que quiconque au sein de l’OTAN soit intéressé à revenir en arrière pour retourner à une époque où l’OTAN avait un aspect très différent de celui d’aujourd’hui — nous opérons dans le monde d’aujourd’hui  », a déclaré Mme Smith.

Les pourparlers pourraient toutefois inclure une «  discussion sur les restrictions réciproques des exercices  », a-t-elle précisé.

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Le président finlandais a qualifié l’OTAN de facteur de stabilisation en Europe et a mentionné sa « politique de la porte ouverte » pour les nouveaux membres potentiels, dont la Finlande pourrait faire partie.

Les grands thèmes des discussions de ce mercredi seraient «  la réduction des risques, la transparence, la maîtrise des armements et les divers moyens par lesquels nous communiquons les uns avec les autres — c’est-à-dire l’OTAN et la Russie  ».

Les alliés de l’OTAN devraient également faire part de leurs préoccupations concernant ce qu’ils considèrent comme des attaques hybrides et des cyberattaques, ainsi que des interférences électorales, contre l’UE et les États-Unis.

Le négociateur en chef de la Russie a minimisé les chances d’une quelconque avancée au moment où les troupes russes effectuent un exercice à balles réelles près de l’Ukraine avant les discussions avec l’OTAN.

«  Jusqu’à présent, disons que nous ne voyons aucune raison significative d’être optimiste  », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, aux journalistes, ajoutant que la Russie cherchait des résultats rapides et évaluerait les résultats d’ici la fin de la semaine.

«  Il n’y a pas d’échéance claire ici, personne ne la fixe. Il y a juste la position russe selon laquelle nous ne nous satisferons pas d’une prolongation sans fin de ce processus  », a déclaré M. Peskov, cité par les agences de presse russes.

La réunion de mercredi est le deuxième de trois rendez-vous clés avec la Russie. Jeudi (13 janvier), les parties se rendront à Vienne pour une réunion du conseil permanent de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Alors que des désaccords majeurs subsistent après plus de sept heures de discussions à Genève et que la Russie continue d’exiger des garanties quant à l’abandon par l’OTAN de sa politique de la porte ouverte, les responsables américains déclarent qu’ils ne savent pas encore si Moscou sera prêt à désamorcer la situation à la frontière ukrainienne et dessinent la perspective d’un calendrier à long terme pour les futures discussions.

Kadri Liik, chargé de mission senior au Conseil européen des relations étrangères, a déclaré à EURACTIV que les approches suivies par les États-Unis et la Russie étaient fondamentalement incompatibles, les États-Unis cherchant à réduire les discussions à des questions techniques de contrôle des armements tandis que la Russie voulait les utiliser pour redéfinir l’ensemble de l’ordre de sécurité de l’Europe.

«  Du point de vue de Moscou, les accords de contrôle des armements devraient suivre la logique du nouvel ordre convenu, et non s’y substituer  », a déclaré M. Liik. Mais quelle que soit l’issue de la diplomatie de cette semaine, M. Liik a déclaré qu’elle «  façonnerait probablement le paysage stratégique de l’Europe pour de nombreuses années à venir  ».

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