Le départ de Matteo Renzi place l’Italie dans l’incertitude

Affiches de la campagne pour le « non » à Fossato di Vico, en Ombrie. [Georgi Gotev]. [Georgi Gotev]

La démission du Premier ministre italien, Matteo Renzi, suite au rejet massif de la réforme constitutionnelle lors du référendum plonge le pays dans une crise politique et l’UE dans une nouvelle période d’incertitude.

Environ 60 % des Italiens ont rejeté les changements à la Constitution et au système parlementaire proposés par le gouvernement Renzi lors d’un vote marqué par un taux de participation élevé (69 %).

Menée par le mouvement populiste 5 Étoiles, le plus grand rival du parti démocratique de Matteo Renzi, la campagne pour le « non » a tiré profit de la popularité en berne du Premier ministre, d’une économie chancelante et des problèmes liés à l’arrivée de dizaines de milliers de migrants.

« L’expérience de mon gouvernement s’arrête ici… J’ai fait tout ce que j’ai pu pour la victoire [de cette réforme] », a déclaré le président du Conseil, visiblement ému, lors d’un discours à la télévision suite aux premiers résultats qui montraient qu’il avait perdu d’au moins 20 %. « Si vous vous battez pour une idée, vous ne pouvez pas perdre », a-t-il ajouté.

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Sa réforme, conçue en même temps qu’une nouvelle loi électorale, cherchait à remettre en question le « bicamérisme parfait » en changeant la structure et le rôle du Sénat italien. L’objectif était aussi de changer la répartition des compétences entre l’État et les régions.

Selon Matteo Renzi, ces réformes permettaient de mettre fin à la bureaucratie italienne et de rendre le pays plus compétitif. Nombreux sont ceux qui craignaient que ce nouveau système fasse l’impasse sur les validations parlementaires et n’amène aucun changement positif sur le fonctionnement de l’administration publique italienne et sur son économie.

Arrivé au pouvoir en 2014 après un coup d’État interne à son parti pour évincer Enrico Letta, Matteo Renzi a assuré qu’il convoquerait son cabinet une dernière fois lundi après-midi (5 novembre) avant de rendre sa démission au président, Sergio Mattarella.

Ce dernier sera chargé de nommer un nouveau gouvernement, ou s’il n’y parvient pas, d’organiser des élections anticipées, certainement au début de l’année.

La plupart des analystes estiment que l’issue la plus probable est que l’administration de Matteo Renzi soit remplacée par un gouvernement intérimaire du Parti démocratique jusqu’aux prochaines élections, qui auront lieu au printemps 2018.

Plusieurs gagnants

Le résultat du référendum est une victoire majeure pour le Mouvement 5 Étoiles, qui a mené la campagne pour le « non », et pour la Ligue du Nord, parti xénophobe. Les deux partis se sont serrés les coudes pour faire partir Matteo Renzi.

Le leader de l’opposition, Matteo Salvini, du parti anti-immigration la Ligue du Nord, a déclaré que si les sondages étaient confirmés, le référendum serait « une victoire du peuple contre les grands pouvoirs des trois quarts du monde ». D’autres voient le référendum comme la preuve de l’essor du sentiment anti-establishment et populiste en Europe et ailleurs.

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Par ailleurs, un autre vainqueur du référendum pourrait bel et bien être Silvio Berlusconi. L’ancien Premier ministre italien a été destitué en 2011 au faîte de la crise de la zone euro, et a vu sa fortune dégringoler après une série de scandales.

Pourtant, si des nouvelles élections sont organisées, certains observateurs en Italie le considèrent comme un éventuel faiseur de rois qui conduirait une nouvelle coalition gouvernementale. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, a inspiré environ 12 % des votes, selon les derniers résultats.

Risques pour la zone euro

La délégation des socialistes français au Parlement européen a mis en garde contre une période d’incertitude économique et politique suite à la démission de Matteo Renzi.

Selon eux, la question de la sûreté du système bancaire italien va être rouverte. « Cette incertitude prolongée pourrait, encore une fois, mettre en péril la stabilité de la zone euro. Étant donné le poids de son économie et de sa dette, l’instabilité de l’Italie est plus inquiétante que celle de la Grèce », ont commenté les socialistes français. Ils craignent aussi que la victoire du « non » ouvre la voie à ceux qui croient que l’Italie se porterait mieux en dehors de l’Union européenne. Cependant, étant en première ligne de la crise des réfugiés, l’Italie a besoin de l’Europe, ont-ils souligné.

Des turbulences sur les marchés semblent inévitables alors que l’euro est tombé à  un plus bas depuis 20 mois face au dollar, suite à la démission de Matteo Renzi. La monnaie unique a décroché de 1,4 %, touchant 1,0505 $ avant de remonter légèrement à 1,0555 $. L’euro n’avait pas été aussi bas depuis juin, ce qui fait craindre un retour en mars 2015 où la monnaie s’était retrouvée à 1,0457 $.

Certains observateurs s’inquiètent qu’une crise plus profonde de la confiance des investisseurs ne fasse dérailler le programme de sauvetage des banques les plus endettées d’Italie et ne déclenche une grave crise financière à travers la zone euro. Le vote ne concernait aucun sujet financier ou économique, mais le timing et le risque potentiel pour la stabilité politique font que le « non » pourrait avoir des conséquences sur la stabilité financière.

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La banque italienne la plus vieille et la plus en crise, Monte dei Paschi di Siena, devrait bientôt considérablement augmenter son capital. Les banques italiennes portent toujours le fardeau de nombreuses créances douteuses. En septembre 2016, la Banque d’Italie a rapporté que le total de créances douteuses dans le système s’élevait à 198,9 milliards d’euros, contre 200 milliards en août.

Les marchés se tournent désormais vers une réunion de la Banque centrale européenne à la fin de la semaine et aux commentaires de Mario Draghi sur le référendum italien.

Pier Carlo Padoan, ministre italien de l’Économie et des Finances a quant à lui annulé sa participation à une réunion de l’Eurogroupe le 5 décembre suite aux résultats du référendum et à la démission du Premier ministre.

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