En Roumanie, la gauche fait chuter son deuxième gouvernement en un an

MihaiTudose [Robert Ghement/EPA/EFE]

En moins de sept mois, la gauche roumaine a déjà fait chuter deux Premiers ministres : Mihai Tudose a été acculé à son tour à la démission lundi après un conflit avec l’homme fort de son parti, Liviu Dragnea.

« Je pars la tête haute », a déclaré Mihai Tudose, 50 ans, à l’issue d’une réunion d’urgence à Bucarest des responsables du PSD, où ceux-ci lui ont retiré leur soutien. Il a précisé qu’il n’assurerait pas l’intérim.

Cette démission intervient à la veille d’une visite historique en Roumanie du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui devait être accueilli mardi par Mihai Tudose, dans le cadre d’une tournée en Europe de l’Est du chef de gouvernement nippon.

Vainqueur des élections législatives de décembre 2016, Liviu Dragnea n’a pas pu briguer le poste de Premier ministre en raison d’une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. Il conserve néanmoins le contrôle du Parti social-démocrate (PSD), au prix de frictions à répétition avec les chefs de gouvernement.

Ancien titulaire du portefeuille de l’Économie dans deux précédents gouvernements, Mihai Tudose avait été proposé au poste de Premier ministre par le chef du PSD en juin. Récemment, lors d’une interview télévisée, il avait implicitement accusé Liviu Dragnea de prendre des décisions sans consulter les autres responsables du parti.

Tendues depuis plusieurs mois, les relations entre les deux hommes se sont encore dégradées ces derniers jours autour du cas de la ministre de l’Intérieur, Carmen Dan, une proche de Liviu Dragnea dont Mihai Tudose avait demandé la démission après un cas de pédophilie qui a éclaboussé la police.

Forte du soutien de l’homme fort de son parti, Carmen Dan avait ignoré cet appel à quitter ses fonctions, un camouflet pour le chef du gouvernement, qui avait clairement indiqué qu’il ne pouvait plus travailler avec elle, l’accusant de lui avoir menti.

« La conclusion de la réunion a été que l’on ne peut plus continuer comme ça, car il y a une situation conflictuelle entre le parti et le gouvernement ainsi qu’au sein du gouvernement même », a souligné Liviu Dragnea le 15 janvier.

Il y a trois mois, le Premier ministre avait déjà provoqué le courroux du patron du PSD en imposant de son propre chef un remaniement ministériel.

« Le scénario se répète »

Liviu Dragnea avait déjà fait tomber en juin le gouvernement du social-démocrate Sorin Grindeanu, devenu « trop indépendant » à ses yeux.

« Malgré des différences, le scénario se répète », estime le rédacteur en chef du site d’informations HotNews.ro, Cristian Pantazi, évoquant « le conflit entre Liviu Dragnea, qui veut contrôler le gouvernement, et un Premier ministre [Grindeanu ou Tudose], qui refuse d’obéir à tous ses ordres ».

Interrogé par les journalistes, Liviu Dragnea a estimé avoir « fait deux mauvais choix » de Premiers ministres, assurant qu’il ne referait pas la même « erreur ». Les sociaux-démocrates devaient se réunir mardi matin pour proposer un troisième chef de gouvernement.

Le départ du Premier ministre actuel doit cependant encore être formellement entériné par le président de centre droit, Klaus Iohannis.

Suite aux crises politiques répétées au sein de la majorité, le chef de l’État avait exprimé en octobre des doutes quant à la « capacité du PSD de gouverner », laissant entendre qu’il pourrait refuser de charger un nouveau membre de ce parti de former le gouvernement.

Le PSD, héritier de l’ancien parti communiste, avait provoqué une vague de contestation sans précédent en Roumanie l’hiver dernier quand il avait tenté d’assouplir la législation anticorruption. Confronté à des manifestations géantes, le gouvernement avait fait machine arrière.

La majorité a toutefois fait passer en décembre une réforme controversée de la justice faisant craindre, selon ses détracteurs, une réduction de l’indépendance des magistrats et une restriction des prérogatives du Parquet anticorruption (DNA).

Actuellement jugé pour abus de pouvoir dans une affaire d’emplois fictifs, Liviu Dragnea est par ailleurs soupçonné de détournement de fonds européens. Ses avoirs ont été placés sous séquestre.

 

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