Sarkozy appelle l’UE politique à moins s’appuyer sur les valeurs commerciales [FR]

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Dans un discours historique devant le Parlement européen, le président français Nicolas Sarkozy a averti que les Européens traversaient une profonde crise identitaire provoquée par la marchandisation excessive et a appelé l’UE à s’ouvrir à davantage de débats politiques. 

« Quand les peuples disent « non », il ne faut pas se dire que les peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit « non » » a déclaré Sarkozy mardi 13 novembre au Parlement, en référence au référendum au cours duquel les Français ont rejeté le projet de constitution européenne en 2005. 

S’adressant aux députés européens à Strasbourg, Sarkozy a imputé ce refus à un sentiment général des citoyens, selon lequel l’Europe « était devenue indifférente aux difficultés de leur vie » et avait cessé d’être une promesse pour devenir une menace. 

« L’Europe, ce ne peut pas être qu’une machine, une machine administrative, une machine juridique, une machine à édicter des normes, des règlements, des directives, une machine à fabriquer des contraintes, des règles, des procédures ».

Le président français a répété ses appels précédents pour que l’Europe offre davantage de protection aux citoyens et aux entreprises contre les pressions de la mondialisation et a critiqué « un monde menacé d’uniformisation » où les valeurs mercantiles tendent à dominer toutes les autres. 

« Les peuples européens traversent une crise identitaire extrêmement profonde, (…) liée à la globalisation et à la marchandisation du monde », a-t-il insisté. 

Mais il a également dit que l’Europe pouvait relever ces défis en décidant d’ouvrir le débat et de devenir plus politique. D’après lui, « dans la démocratie européenne que nous voulons construire, le mot protection ne doit pas être banni ». 

Sarkozy a affirmé : « Nous devons avoir le courage de débattre de ce que pourrait être une véritable préférence communautaire », ajoutant que « dans une démocratie, on doit être capable de débattre de tout : de la politique budgétaire, commerciale, industrielle, fiscale et de toutes autres politiques, quelles qu’elles soient ».

Une Europe plus protectrice est un thème récurrent dans le débat politique français depuis l’échec du référendum de 2005. Sarkozy a déclaré que ce serait le principe directeur de la présidence française de l’UE dans la seconde moitié de 2008.

Comme c’est souvent le cas, les propos de Sarkozy ont suscité de vives réactions de la part des députés européens. Gilles Savary, un eurodéputé socialiste français, a qualifié ce discours de « bluff politique » et doute qu’il mène à quoi que ce soit de concret. Pour lui, « on ne peut qu’être déçu de sa confondante imprécision sur les priorités de la Présidence française et sur l’absence de toute référence à l’Europe sociale et aux services publics dans les propos du Chef de l’Etat ». 

Selon Graham Watson, leader des libéraux démocrates (ALDE) au Parlement, le discours de Sarkozy, comme celui de Blair avant lui, impressionne le public, mais en définitive, ses actions en diront plus longs que ses mots. 

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