Les fonds destinés au plus grand lagon salé d’Europe seraient mal utilisés

Playa Honda, sur le Mar Menor. [I HQ/ Flickr]

Des équipes de nettoyage s’activent pour éliminer les algues mortes et d’autres déchets des rives du plus grand lagon d’eau salée européen dans la région de Murcie, en Espagne. Les habitants jugent toutefois ces efforts insuffisants.

Depuis le début de l’année, près de 3 000 mètres cubes de déchets ont été enlevés des rivages de la Mar Menor, le plus grand lagon d’eau salée d’Europe, situé au sud-est de l’Espagne. Les équipes de nettoyage, cofinancées par le Feder, le Fonds européen de développement rural, y travaillent sans relâche. Ce mois-ci, elles se sont concentrées sur la zone entre Estrella de Mar, Los Urrutias et Los Nietos.

« C’est la troisième année consécutive que nous fournissons ce service de nettoyage et d’entretien de la qualité écologique des espaces naturels de la Mar Menor et de son voisinage », se félicite Antonio Luengo Zapata, directeur général pour l’environnement et la Mar Menor à la région de Murcie.

Ces équipes, qui ont commencé leur travail à l’été 2016, prouvent leur « efficacité », assure-t-il, ajoutant que des améliorations ont été enregistrées. Le service est actif toute l’année et la mise en service d’une machinerie légère a récemment permis de tripler l’efficacité du travail.

Le 16 mai, Antonio Luengo Zapata était à la plage de Los Urrutias pour tester une de ces machines. Le modèle en question ne pèse que 1,2 kg et est très versatile : il peut être utilisé pour retirer des algues des rives, ainsi que pour nettoyer les plages.

L’idée derrière ce projet est de limiter l’impact des déchets, déversements de pétrole, plantes en décomposition et autres éléments qui ont une influence négative sur la qualité environnementale du lagon et d’autres habitats importants.

L’initiative est aussi liée au tourisme. La Mar Menor, qui couvre une surface de 180 km2, n’est séparé de la Méditerranée que par un banc de sable de 22 km de long et entre 100 et 800 m de large, appelé La Manga del Mar Menor, la manche de la Mar Menor.

Sur la terre ferme, le nettoyage est effectué à la main grâce à un genre de tracteur, le « tombereau » qui accélère la récolte d’algues sur les rives et permet de « réduire progressivement les dépôts organiques dans la Mar Menor », explique le directeur régional.

Supervision scientifique

Le travail est supervisé de manière quotidienne par un biologiste, qui conseille la région sur la conservation des espèces et des habitats, ainsi que sur les techniques les plus appropriées pour le nettoyage du lagon.

Des spécialistes vérifient également si certains oiseaux protégés nidifient dans les zones à nettoyer, comme les échasses, ou si les activités pourraient déranger des poissons, comme l’aphanius d’Espagne, menacé d’extinction. Le travail est organisé de manière à ne pas déranger ces espèces.

Outre le nettoyage sur la terre ferme, un bateau récolte les détritus flottant sur le lagon. Il peut s’agir de morceaux de plastique, de carton, des matelas, du bois ou des débris de bateau.

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Insuffisant, selon les habitants

Si ces efforts sont bienvenus, ils sont aussi jugés insuffisants face à la « grave détérioration » du lagon, selon la plateforme Pacto por el Mar Menor (Pacte pour la Mar Menor). La plateforme est composée de résidents ainsi que d’organisations sociales, professionnelles, culturelles et syndicales.

Le 18 mai, le Pacte pour la Mar Menor et une série d’associations locales de pêcheurs, de consommateurs, etc. ont averti l’UE que les mesures prises par l’administration régionale n’étaient « ni suffisantes ni efficaces » et que l’initiative était « juste de la publicité, vide de contenu ».

Selon les membres de la plateforme, des millions d’euros, principalement donnés par l’UE, sont dépensés dans des initiatives qui n’ont rien à voir avec la protection de l’environnement, comme la construction de jetées et d’infrastructures, ainsi que la promotion du tourisme.

De plus, certaines mesures prises dans le cadre de l’initiative auraient carrément été nuisibles, comme l’utilisation d’un « dragueur » qui détruit « certaines des rares prairies de [l’algue] cymodocea nodosa ». Ils appellent donc à une plus grande surveillance de l’utilisation des fonds.

Un tribunal local est d’ailleurs en train de se pencher sur une plainte du parquet de Murcie visant des personnalités politiques, fonctionnaires et entrepreneurs agricoles qui seraient « responsables du désastre » de la Mar menor, conclut la plateforme.

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