Schulz démarre la course à la chancellerie en attaquant Trump

Martin Schulz [DG EMPL/Flickr]

Lors d’un discours de campagne, l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz s’est attaqué à Donald Trump, qui veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique et rétablir la torture.

« Je suis sûr que lorsque les politiques européens se rendront à Washington, ils expliqueront au gouvernement américain que le droit international et les droits de l’Homme s’appliquent aussi à Donald Trump », a déclaré Martin Schulz.

Ses commentaires visaient directement la Première ministre britannique, Theresa May, qui a fait l’objet de vives critiques pour son refus de condamner fermement le décret de Donald Trump empêchant les musulmans de sept grands pays arabes, dont l’Iran et la Syrie, d’entrer aux États-Unis pendant au moins 90 jours.

Theresa May s’est rendu à Washington jeudi et vendredi dernier pour jeter les bases d’un accord commercial entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Elle a toutefois affirmé via son porte-parole dimanche matin qu’elle s’opposait au décret signé par Donald Trump la veille.

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L’interdiction du président américain est immédiatement entrée en vigueur le 28 janvier et a déjà semé la pagaille dans les aéroports, alors que la police et le personnel d’aéroport arrêtaient les citoyens des pays affectés par la nouvelle loi. Le décret présidentiel implique les Syriens, les Iraniens, les Irakiens, les Soudanais, les Libyens, les Yemenis et les Somaliens.

Le porte-parole d’Angela Merkel a condamné le décret de Trump juste avant que Martin Schulz prenne la parole à Berlin. La chancelière affrontera Martin Schulz lors des élections allemandes qui auront lieu le 24 septembre.

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Martin Schulz, qui s’est retiré de la présidence du Parlement européen au début du mois pour briguer un siège au Bundestag, a en effet été choisi par le Parti social-démocrate (SPD) pour être leur candidat à la chancellerie.

Il remplacera aussi Sigmar Gabriel en tant que président du SPD en attendant un vote lors du congrès national du parti le 19 mars. La cote de popularité de l’eurodéputé âgé de 61 ans a éclipsé celle de Sigmar Gabriel depuis l’automne dernier. Ce dernier envisageait de se lancer dans la course à la chancellerie, mais a décidé d’abandonner au profit d’une nouvelle nomination en tant que ministre allemand des Affaires étrangères vendredi dernier.

Sigmar Gabriel a décrit Martin Schulz comme un « Européen allemand et un grand Allemand européen » juste avant que ce dernier ne s’exprime.

Durant son discours d’une heure, Martin Schulz a présenté son programme, qui promet notamment de se concentrer sur la lutte contre les partis d’extrême droite, sur la responsabilité des autres pays européens à accepter leur quota de réfugiés, et sur des conditions de travail équitables pour les Allemands.

La candidat n’a pas mentionné une seule fois Angela Merkel, mais a fait référence à « l’humiliation quotidienne » des luttes intestines divisant le Parti chrétien-démocrate de centre droit. Angela Merkel a annoncé en novembre qu’elle briguerait un quatrième mandat en tant que chancelière. Sa cote de popularité est toujours élevée malgré les critiques de son parti sur sa politique vis-à-vis des réfugiés.

Martin Schulz a également connu un rebond de soutien. Lui et Angela Merkel étaient au coude à coude dans les sondages après que le SPD a annoncé sa candidature, avec 41 % de popularité pour chacun.

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Le candidat du SPD s’en est toutefois pris au ministre des Finances conservateur d’Angela Merkel, Wolfgang Schäuble, qui a promis de baisser les impôts au début du mois après avoir annoncé un excédent budgétaire fédéral de 6,2 milliards d’euros en 2016.

« Nous savons tous que cette décision profitera aux riches », a déclaré Martin Schulz, promettant plutôt de s’attaquer à l’évasion fiscale et désignant un social-démocrate pour remplacer Wolfgang Schäuble au ministère des Finances.

Martin Schulz a également reproché au parti bavarois de centre droit, le CSU, de soutenir le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qui a refusé les quotas européens pour répartir les réfugiés entre les pays européens. Les partis de Viktor Orbán et Angela Merkel sont tous deux des membres du Parti populaire européen (PPE) de centre droit.

L’Allemagne devrait envisager de couper les fonds européens pour les pays qui disent « Volontiers » lorsqu’il s’agit de recevoir des fonds agricoles ou structurels, mais « Non merci » quand il faut faire preuve de solidarité avec des personnes qui fuient la guerre, a déclaré Martin Schulz.

Ce dernier a été élu eurodéputé en 1994 après avoir servi en tant que maire de Würselen, une petite ville près d’Aix-La-Chapelle, pendant plusieurs années. Il est devenu président du Parlement en 2012, dans une coalition avec le PPE.

Durant cette période, Martin Schulz s’est battu pour que les eurodéputés aient plus de pouvoir dans le processus décisionnel européen. Plus récemment, il a notamment voulu donner au Parlement son mot à dire dans le processus de divorce entre le Royaume-Uni et l’UE.

La rumeur de la candidature de Martin Schulz courrait depuis plusieurs années, même si les observateurs estimaient qu’il serait un candidat faible par rapport aux responsables politiques nationaux, mieux connus de l’opinion publique allemande.

Il a tenté de dissiper ces inquiétudes le 29 janvier en disant à l’assemblée que ses années en tant que maire d’une petite ville lui avaient appris le fonctionnement de la politique locale. Il a également déclaré qu’il tirerait profit de son expérience à Bruxelles où il a rendu l’Europe « plus efficace, plus proche des citoyens et plus sociale ».

« Je sais ce qu’il se passe en Europe. Je connais les forces et aussi les faiblesses de l’Union européenne », a-t-il assuré. « La politique européenne est la politique nationale allemande et la politique nationale allemande a un impact puissant sur l’Europe. Quiconque veut monter l’une contre l’autre commet une grave erreur pour notre avenir, nos enfants et les générations à venir. »

Le candidat a promis de poursuivre sa lutte contre les populistes de droite, assurant à ses sympathisants qu’il combattait les arguments de ces partis racistes, eurosceptiques « au quotidien » lorsqu’il était président du Parlement.

Les dirigeants du parti de droite « Alternative pour l’Allemagne » se sont rencontrés le week-end dernier à Coblence avec des personnalités comme Marine Le Pen du Front national, Geert Wilders, du Parti pour la liberté et avec la Ligue du Nord italienne.

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Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté des sièges dans dix des seize parlements régionaux allemands, mais n’est pas représenté au Bundestag. Selon un sondage du Spiegel publié au début du mois, cela pourrait bien changer en septembre : 13,3 % des personnes interrogées ont l’intention de voter pour ce parti, le transformant ainsi en la troisième force politique d’Allemagne, après le CDU et le SPD.

« Nous avons déjà eu un parti au nationalisme agressif de la sorte dans notre pays », s’est inquiété Martin Schulz, qualifié l’AfD de « honte » pour le pays.

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