A Strasbourg, le départ de Schulz soulage les socialistes et démocrates

La décision de Martin Schulz de retourner à la politique nationale a soulagé les Socialistes et démocrates, qui sont à présent libres de former des alliances avec des partis politiques de gauche.

Après avoir perdu l’élection pour la présidence du Parlement, le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) tente de nouer de nouvelles alliances, afin d’équilibrer un Parlement européen dominé par des partis de droite.

Le candidat du Parti populaire européen (PPE), Antonio Tajani, a été élu président du Parlement grâce au soutien des libéraux de l’ALDE, traditionnellement pro-UE, et des élus eurosceptiques du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), dominé par les conservateurs britanniques et le parti nationaliste polonais Droit et Justice (PiS).

>> Lire : Un vote historique porte Tajani à la présidence du Parlement

« Autodétermination »

Gianni Pittella, le candidat S&D arrivé deuxième de la course à la présidence, avait annoncé avant le vote que la « grande coalition » entre son groupe et le PPE était terminée, et ne serait pas ressuscitée après le vote.

Les termes de la coalition ont été signés par Martin Schulz pour le S&D et Manfred Weber pour le PPE, un chrétien-démocrate allemand, et reflétait la coalition gouvernementale au pouvoir à Berlin.

Plusieurs sources au sein du S&D ont expliqué à EURACTIV que Martin Schulz avait été l’une des forces maintenant la grande coalition en vie, empêchant les socialistes de prendre un virage idéologique vers la gauche.

« Le départ de Martin Schulz a soulagé la grande majorité des eurodéputés S&D, qui ont maintenant l’occasion de faire valoir l’autodétermination », a déclaré à EURACTIV un élu chrétien-démocrate allemand, qui souligne que le groupe est à présent libre de s’allier aux partis de la gauche, comme la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) et les Verts/Alliance libre européenne.

>> Lire : Dans le Parlement de Pittella, tous les groupes seront égaux

Coalition progressiste

En septembre, EURACTIV avait indiqué qu’une coalition de gauche était discutée et que l’alliance entre le PPE et le S&D était sur le point de s’effondrer, suite à des désaccords croissants sur de nombreux sujets, comme les politiques d’austérité ou la gestion de la crise migratoire.

Les socialistes ont aussi mis fin à la coalition dans l’espoir de freiner la montée de l’extrême droite. Nombre d’entre eux estiment en effet que la résurgence du populisme en Europe peut être attribuée à un manque relatif d’opposition face à la grande coalition.

>> Lire : La grande coalition en passe d’exploser au Parlement européen

À présent que le PPE a pris la tête du Parlement, avec l’appui de l’ALDE et des CRE, l’alliance de gauche est prête à être formée. « Nous sommes entrés dans une nouvelle phase avec l’alliance conservatrice formée entre le PPE et le CRE », assurent des sources parlementaires, qui ajoutent que le but du S&D est à présent de mettre sur pied une coalition d’opposition avec les pouvoirs progressistes, comme les groupes GUE/NGL et les Verts.

« Notre intention n’est pas d’enrayer le processus législatif.  Nous voulons jouer un rôle constructif dans ce processus, mais nous devons d’abord consulter les forces progressistes », précise un représentant du S&D, qui ajoute que le but est de créer « une coordination structurée » entre les groupes politiques de gauche.

Selon les informations obtenues par EURACTIV, un échange de lettres a eu lieu entre le S&D et le GUE/NGL. La création d’une « plateforme anti-austérité » a notamment été discutée en profondeur.

Un bloc incontournable

Les socialistes affirment que la nouvelle alliance conservatrice n’a pas la majorité absolue nécessaire à l’adoption de mesures législatives et devra donc demander le soutien du groupe.

La Commission sera également confrontée à un Parlement « moins homogène » à l’avenir, ce qui pourrait rendre la prise de décision plus difficile. « Ils ne peuvent pas légiférer sur le Brexit sans nous. Et nous ne pouvons pas imaginer un scénario dans lequel ils trouvent un appui auprès des anti-européens », confie un élu S&D, qui oppose les positions du PPE et de l’ALDE à celles des CRE, notamment.

« Nous sommes également des faiseurs de roi pour la Commission, qui devra passer par nous pour que les textes soient approuvés », renchérit un autre socialiste.

Verhofstadt disgracié

Toujours au sein du groupe S&D, d’autres sources regrettent par ailleurs une rupture de la confiance envers les libéraux de l’ALDE, groupe dirigé par l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Les élus socialistes estiment en effet que le Belge est responsable de l’issue du vote et du « tournant vers la droite » emprunté par le Parlement.

« Il nous a traité de manière très dure », indiquent-ils. Jusqu’au vote, l’attitude de Guy Verhofstadt était encore considérée comme neutre.  Ils reprochent également au libéral de ne pas avoir respecté une promesse faite aux eurodéputés GUE/NGL de ne pas retirer sa candidature.

>> Lire : La gauche européenne envisage une coalition progressiste

Une alliance dépendante du CETA

En ce qui concerne l’alliance potentielle entre le S&D et les Verts/ALE, la coopération dépendra probablement de l’obtention d’un compromis sur le CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada.

Les eurodéputés verts ont présentés une motion parlementaire pour que l’accord soit examiné par les juges de la Cour de justice européenne. Ils estiment en effet que le texte pourrait ne pas être compatible avec les traités européens.

Interrogé à ce sujet, un élu socialiste affirme que le S&D est « ouvert à la discussion », mais qu’il faudra d’abord que la question soit débattue au sein du groupe. Le même eurodéputé réfute en bloc les allégations selon lesquelles Gianni Pittella aurait été encouragé à démissionner de son rôle de dirigeant du groupe après l’élection.

>> Lire : La commission à l’emploi du Parlement appelle à voter contre le CETA

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.