En Grèce, un échiquier politique en pleine reconfiguration

Udo Bullmann encourage la gauche grecque à se distancier de Nouvelle Démocratie. [Sarantis Michalopoulos]

Alors que le pays sort de l’austérité, Udo Bullmann, le président du S&D, appelle les forces « progressistes » grecques à s’allier et à se distancier de Nouvelle Démocratie. Un parti qui porte, selon lui, une lourde responsabilité dans la crise grecque.

« Je ne suis pas un acteur de la politique interne grecque, mais en tant que social-démocrate européen, je ne vois pas comment un rapprochement du gouvernement avec Nouvelle Démocratie […] constituerait une amélioration », juge le président du groupe des Socialistes et Démocrates du Parlement européen. Pour lui, le parti de droite, affilié au PPE, « porte une grande responsabilité dans le chaos dans lequel s’est retrouvé le pays ».

Outre Nouvelle Démocratie, Pasok, le parti socialiste grec, a également été au pouvoir dans les années précédant la crise financière. Parti le plus plébiscité en 2009, avec 44 % des voix, Pasok est passé à 4,7 % des votes en 2015. Potami a aussi joué un rôle important sur la scène politique, récoltant 6,1 % des voix en 2015, juste après sa création.

Euractiv a voulu savoir comment Udo Bullmann imagine une coalition progressiste entre la gauche de Syriza, Pasok et les centristes de Potami. Pour lui, le seul avenir est un gouvernement progressiste, défendant des idées progressistes.

« Je conseillerais […] une mise en commun de leur expérience pour voir ce qui n’a pas marché et ce qui a marché, ainsi qu’une force commune pour développer une idée progressiste de la manière dont ce pays merveilleux peut aller de l’avant au bénéfice de ses citoyens merveilleux », insiste-t-il.

Pasok et Potami sont affiliés au S&D, alors que Syriza fait partie du groupe plus à gauche GUE/NGL. Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, entretient cependant des liens étroits avec les dirigeants socialistes européens, qui l’ont publiquement soutenu pendant la crise et qui l’invitent régulièrement comme observateur à leurs sommets.

Après huit ans de politiques d’austérité, la Grèce devrait enfin sortir du programme de sauvetage cet été, ce qui a ravivé les discussions sur l’avenir du paysage politique athénien. Pasok et Potami ont ainsi créé un « Mouvement pour le changement », dont l’objectif est de solidifier l’axe de centre gauche.

Les membres du parti socialiste sont cependant divisés face à une coopération potentielle avec Syriza. Si certains y sont favorables, d’autres se trouvent plus proches de Nouvelle Démocratie, actuellement première force de l’opposition.

Yannis Ragousis, ancien ministre et candidat à la présidence du Mouvement pour le changement, estime qu’un rapprochement avec le parti au pouvoir est une question de vie ou de mort pour le mouvement.

« Dans le Mouvement pour le changement, nous retrouverons une structure progressiste qui nous fera renaitre, ou serons enterrés à jamais », estime-t-il. « Toute nouvelle alliance gouvernementale avec Nouvelle Démocratie trahirait l’initiative progressiste et serait une preuve de dépendance à l’oligarchie, à laquelle est associée Nouvelle Démocratie. »

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La date des prochaines élections crée aussi des divisions. Nouvelle Démocratie appelle à des élections anticipées, un avis partagé par le dirigeant de Pasok, Fofi Gennimata. Le président de Potami, Stavros Theodorakis, est quant à lui opposé à cette idée et préfèrerait que le gouvernement actuel termine son mandat, qui doit durer jusqu’en octobre 2019.

Syriza a assuré son intention de rester au pouvoir jusque là et s’est dit ouvert à une coopération avec d’autres partis, sans préciser lesquels. Des membres du parti ont indiqué à Euractiv qu’il envisagerait toute alliance avec des forces démocratiques défendant un projet similaire à celui de Syriza pour l’avenir du pays, y compris sur des sujets comme une révision de la Constitution.

« Il est trop tôt pour en dire plus », ajoutent ces sources, qui expliquent toutefois que pour se rapprocher de Syriza, Pasok devrait se positionner clairement sur sa coopération avec Nouvelle Démocratie, qui doit appartenir au passé, tout comme son soutien des politiques d’austérité néolibérales que les deux partis ont défendu « contre le peuple grec ».

« Et, bien sûr, Pasok doit se rendre compte qu’une alliance comprenant à la fois Syriza et Nouvelle Démocratie est tout bonnement impossible », concluent-elles.

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Réformes justes pour une nouvelle économie

Udo Bullmann a également fait part de son optimisme à l’égard de la sortie de la Grèce du plan de sauvetage, tout en soulignant que ce sujet lui tenait à cœur.

« J’ai suivi l’affaire grecque depuis le tout début et j’ai toujours été très critique de l’abus de pouvoir des élites grecques qui trahissaient les citoyens […] mais j’étais tout aussi critique envers la Troïka qui est à côté de la plaque », a-t-il indiqué.

L’eurodéputé allemand (du SPD) soutient que la Troïka est « une entité non légitime et non démocratique » qui a forcé l’application de mesures non justifiées sur les citoyens grecs.

« Pourquoi ne pas insister sur une réforme fiscale ? Pourquoi ne pas insister pour que les riches paient des impôts appropriés ? Pourquoi faut-il toujours réduire les retraites, les salaires, puis réaliser ensuite que l’économie est en crise car le peuple n’a plus de pouvoir d’achat ? C’est irréaliste », explique Udo Bullmann.

Il a également vivement critiqué l’ancien ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU), qu’il accuse d’irresponsabilité et d’analphabétisme vis-à-vis de la situation en Grèce.

« Je ne comprendrais jamais pourquoi un ministre allemand des Finances, qui connaît vraiment l’Europe, a demandé à la Grèce de sortir de l’Europe, risquant ainsi l’effondrement total de l’économie et de la société », indique-t-il.

Contrairement à la position du CDU dans la situation la plus critique de la crise grecque, les sociaux-démocrates allemands ont toujours dit que la Grèce devait rester dans l’euro.

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Udo Bullmann a ajouté qu’il y avait encore beaucoup de choses à faire en Grèce et que des réformes justes devaient être prises, qui ne réduiraient pas encore plus les revenus des familles les plus pauvres.

« Je parle de réformes structurelles justes dans le sens d’une société juste et équitable […], des réformes qui donnent une dynamique progressiste pour une nouvelle économie », a-t-il conclu.

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