Dans son rapport annuel de suivi des progrès de la Serbie dans son processus d’adhésion à l’UE, la Commission européenne a souligné le décalage important de Belgrade par rapport à la politique étrangère et de sécurité de l’UE.
La Commission a publié mardi 19 octobre ses rapports réguliers sur le « paquet élargissement », qui couvrent la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro.
Le rapport de 135 pages sur la Serbie répète dans ses différentes sections que le pays est « modérément préparé » à l’adhésion à l’UE. En ce qui concerne les relations bilatérales, il souligne que les relations de la Serbie avec le Monténégro ont été marquées par des tensions continues.
« Les tensions se sont poursuivies en rapport avec des questions et des événements liés à l’Église orthodoxe serbe, ce qui a entraîné une augmentation de la rhétorique nationaliste », indique le rapport.
L’intronisation du nouveau dirigeant de l’Église orthodoxe serbe au Monténégro, Joanikije II, dans un monastère de la ville de Cetinje, a ravivé les divisions au sein du Monténégro concernant les liens avec la Serbie. Le Monténégro a quitté son union avec la Serbie à la suite d’un référendum sur l’indépendance remporté de justesse en 2006, mais son Église est restée sous la tutelle de l’Église serbe.
« La Serbie est modérément préparée dans le domaine de la politique étrangère, de la sécurité et de la défense commune », a indiqué le rapport, ajoutant qu’« un certain nombre d’actions de la Serbie étaient contraires aux positions de l’UE en matière de politique étrangère ».
En 2020, le taux d’alignement de la Serbie sur les déclarations de la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères au nom de l’UE et sur les décisions du Conseil était de 56 %, selon le rapport. En comparaison, l’Albanie et le Monténégro étaient totalement alignés, la Macédoine du Nord à 96 % et la Bosnie-Herzégovine à 70 %.
La Commission a déclaré que la Serbie s’était alignée sur le régime de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme, mais qu’elle ne s’était alignée sur aucune des listes adoptées dans le cadre de ce régime. Elle a expliqué que le pays s’est aligné sur « une partie » des mesures restrictives concernant la Biélorussie, mais qu’il a continué à ne pas s’aligner sur les déclarations de l’UE concernant Hong Kong et sur les sanctions contre la Russie.
En décembre 2020, la Serbie avait voté contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies sur la militarisation de la Crimée.
« La Serbie doit, en priorité, faire des efforts supplémentaires pour s’aligner sur la PESC de l’UE », indique le rapport.
Par ailleurs, le développement des relations et des partenariats stratégiques de la Serbie avec la Russie et la Chine est souligné.
« En février 2021, le président de la commission des Affaires internationales de la Douma d’État [Leonid Slutskiy], figurant sur la liste des sanctions de l’UE, était à Belgrade. […] En juillet 2021, le président serbe [Aleksandar Vučić] a reçu le directeur du service de renseignement extérieur de la Fédération de Russie [Sergey Naryshkin], figurant sur la liste des sanctions de l’UE », peut-on lire dans le rapport de la Commission.
Russian Foreign Intelligence Service director, Sergey Naryshkin met with Serbian President Vucic to boost cooperation in security.
Let’s not forget that in 2019 Russia sent S-400 missile defense systems to Serbia for a military drill. pic.twitter.com/Ru3HnVvYhR
— Ivana Stradner (@ivanastradner) July 5, 2021
Le rapport mentionne également que lors de sa visite à Moscou en juin 2021, le ministre serbe de la Défense Nebojša Stefanović a déclaré que la coopération en matière de défense entre la Serbie et la Russie avait atteint « un niveau historique ».
« Deux MIG-29 révisés en provenance de Biélorussie ont été livrés à la Serbie en avril 2021. En juin 2021, la Serbie a participé à l’exercice militaire tripartite annuel avec la Russie et la Biélorussie (“fraternité slave”) », mentionne la Commission, entre autres exemples de relations douces avec Moscou et Minsk.
La Commission met également en avant les liens avec la Chine, notamment le discours du président Vučić lors d’une cérémonie virtuelle marquant le 100e anniversaire du Parti communiste chinois.
À Genève, dans le cadre de la Conférence sur le Désarmement, la Serbie tend à s’aligner sur toutes les déclarations de l’UE. Cependant, aux Nations unies à New York, la Serbie soutient parfois des positions au sein du premier comité de l’Assemblée générale des Nations unies auxquelles l’UE s’oppose, note la Commission.
L’exécutif européen a également regretté que la Serbie n’ait pas donné suite à une offre de l’UE de l’inclure dans un mécanisme qui pourrait renforcer la résilience et la capacité de réponse de la Serbie aux défis hybrides. « Depuis cette offre, aucune interaction n’a eu lieu avec la Serbie à ce sujet », indique la Commission.



