La présidence slovaque finalise les dossiers à marche forcée

Renata Goldirova aux côtés de Peter Kazimir. [European Council]

La présidence slovaque a déclenché une avalanche de décisions ces derniers jours. Démontrant que malgré les crises, l’UE peut avancer.

En moins d’une semaine, le Conseil, mené par sa présidence slovaque, a confirmé l’accord sur la libéralisation des visas avec la Géorgie, adopté unanimement la réglementation sur les possibilités de pêche, approuvé un accord avec le Parlement européen sur un projet législatif sur le mercure, obtenu un accord avec le Parlement sur l’utilisation coordonnée d’une bande de fréquence clé, ce qui ouvre la voie à l’Internet 5G, et conclu plusieurs autres décisions.

Le 20 décembre, EURACTIV a demandé à Elena Visnar, porte-parole du Coreper 1, et Renata Goldirova, porte-parole du Coreper 2, de lui livrer un aperçu de ce qui se passe en coulisse d’une présidence réussie.

Limiter les attentes

En juin dernier, avant le début de la présidence, les attentes n’étaient pas très élevées. La Slovaquie était même soupçonnée de vouloir profiter de sa présidence pour promouvoir ses intérêts propres, voire pour confronter les États d’Europe occidentale sur des sujets comme la crise migratoire.

Le sommet de Bratislava, qui s’est déroulé le 16 septembre et avait pour objectif de préciser l’avenir d’une UE à 27, a été un point fort des six mois de présidence.

« Le sommet de Bratislava a réellement orienté notre présidence », a expliqué Renata Goldirova. Le sommet a mené à l’établissement de la feuille de route et de la déclaration de Bratislava, qui listent une série de tâches concrètes qui ont été suivies sérieusement, a-t-elle ajouté. « Notre ambassadeur, Peter Javorčík, s’en est assuré. » L’ambassadeur s’est également montré disponible vis-à-vis de la presse bruxelloise, malgré un programme chargé.

Un autre dossier important a été la modernisation des instruments de défense commerciale, bloquée au Conseil depuis trois ans, qui a finalement abouti. « En deux semaines, nous avons organisé cinq réunions avec les ambassadeurs et obtenu sept compromis. Un résultat parlant », estime-t-elle.

Le rôle de la présidence

Comment distinguer les efforts de la présidence de ceux des autres acteurs, comme la Commission ? Selon Elena Visnar, il s’agit d’un exercice « tout à fait collectif ». La présidence a cependant le pouvoir « de faire avancer tout le train dans la direction choisie », a-t-elle ajouté.

« Ça a été une présidence très dynamique, très orientée vers le résultat, nous avons toujours été aussi loin que possible. À certains moments, les négociations avec le Parlement se sont presque effondrées, mais nous n’avons jamais perdu espoir », a assuré la porte-parole.

Les diplomates slovaques ont réalisé des travaux préparatoires importants, souligne également Reneta Goldirova. Depuis le tout début de l’année, les spécialistes ont préparé minutieusement tous les dossiers qui pourraient atterrir entre les mains de Bratislava. Ensuite, un mois avant le début de la présidence, tout le gouvernement slovaque s’est rendu à Bruxelles, ce qui a permis d’assurer un engagement politique au plus haut niveau, explique-t-elle.

De fait, le gouvernement fraichement élu a respecté sa promesse de mettre un frein aux querelles internes durant la présidence.

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Pour Elena Visnar, l’accord récemment conclu avec le Parlement sur le mercure est un bon exemple de cet engagement. Les nouvelles règles permettront de mieux protéger l’environnement et la santé humaine contre cette substance hautement toxique.

Le marathon de discussions lancé avec les eurodéputés a manqué de dérailler, et tous les espoirs de voir un résultat concret durant la présidence semblaient perdus, se rappelle-t-elle. « Mais il y avait une telle alchimie et une telle dynamique émanant de la présidence qu’avec l’aide de la Commission, le Parlement a été convaincu de poursuivre les négociations. Et un accord a été conclu », a-t-elle indiqué.

« La présidence était centrée sur le résultat, nous nous sommes concentrés sur des sujets concrets, n’avons pas eu peur des échecs. À la fin de l’année, la récolte montre que c’était la bonne stratégie. »

Effectifs renforcés

La représentation permanente slovaque à Bruxelles a été renforcée pour l’occasion, passant de 70 à 217 personnes. L’équipe a ainsi compté sur un grand nombre de jeunes, ainsi que sur des fonctionnaires expérimentés travaillant depuis les institutions européennes.

« Nous avons réuni la crème de la crème dans toutes les unités. L’âge moyen était proche de 30 ans », a expliqué la porte-parole, qui se félicite de ce « bon mélange ». Elle estime également que l’équilibre des pouvoirs entre les ministres à Bratislava et les diplomates à Bruxelles était bien réparti.

Les ministres slovaques se sont montrés très « approchables, directs, cool », ils « lisaient les comptes-rendus » et la collaboration s’est très bien déroulée. Fonctionnaire de la Commission depuis plusieurs années, la collaboration avec des ministres de son pays, qui sont loin d’être haut perchés dans leur « tour d’ivoire », selon elle, était pour elle une première. « Les ministres ont été exposés, ont réalisé que c’était complexe, mais pas tellement plus difficile que la politique nationale », a-t-elle assuré.

Renata Goldirova a confirmé que les ministres s’étaient « engagés ». Elle a notamment mentionné le ministre des Finances, Peter Kazimir, qui s’est intéressé de près à tous les dossiers et a encouragé le travail d’équipe tout au long de la présidence.

« Nous avions des briefings précis de 2 ou 3 heures avant chaque Conseil Ecofin, durant lesquels chaque spécialiste avait l’occasion d’interagir avec le ministre. J’ai trouvé ça très motivant pour tout le monde », a-t-elle insisté.

Un travail applaudi

D’un point de vue plus personnel, Elena Visnar a confié avoir été profondément émue quand le travail des diplomates slovaques a été applaudi. « Quand vous vous retrouvez face à des gens qui vous applaudissent, parce qu’ils ont pris part à l’accord ou au compromis, c’est le moment le plus gratifiant de la présidence », assure-t-elle.

Les Slovaques ont notamment été encensés au moment de l’accord intergouvernemental sur la transparence concernant les accords énergétiques avec des pays tiers, lors de l’accord sur le mercure, à l’occasion de l’accord de renforcement des droits des actionnaires d’entreprise, une initiative engagée en réaction à la crise économique, où encore lors du trilogue final sur la 5G.

Ces dernières négociations ont été « électriques », selon la porte-parole. « Ce sont des moments touchants, qui  illustrent l’alchimie personnelle, mais aussi la volonté énorme qu’il faut pour parvenir à un compromis. »

En ce qui concerne les déceptions ou conclusions négatives, Elena Visnar explique qu’il y a aujourd’hui moins de terrain commun entre les États membres qu’il y a dix ans, surtout sur les questions sociales. Même sur ces sujets difficiles, la Slovaquie est toutefois parvenue à faire faire des progrès.

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Une meilleure compréhension de l’UE

Elena Visnar estime que son pays a su profiter de cette occasion à la tête de l’UE pour communiquer et s’ouvrir au reste de l’Europe. Le suivi des médias, réalisé quotidiennement, montre selon elle clairement que les sujets européens ont pénétré la conscience slovaque « d’une manière très positive ».

« Les Slovaques se sont même intéressés à des questions somme les quotas de pêche, alors que le pays n’a pas d’accès à la mer », se félicite-t-elle. « Des gens comme mes parents et ma famille comprennent aussi mieux ce que je fais à Bruxelles. »

Pour Renata Goldirova, l’objectif de la stratégie de communication slovaque était de s’assurer que le public national ne soit pas un observateur passif de la présidence. Un système de subventions a ainsi permis à des écoles, des ONG et d’autres parties de se pencher sur la présidence d’une manière créative. Près de 30 projets dans toutes les régions du pays ont bénéficié de ce système. Les offres de stages de six mois ont été une autre manière d’intéresser les jeunes.

Elena Visnar s’apprête à présent à retourner à son poste au secrétariat général de la Commission. « J’emmène avec moi une bonne dose d’expérience en communication », explique-t-elle. Renata Goldirova, ancienne journaliste, continuera à être porte-parole de la représentation permanente slovaque.

En ce qui concerne la prochaine présidence, Malte, Elena Visnar espère qu’elle continuera sur la voie de la transparence. « Mon conseil est d’être transparent, de s’impliquer auprès des gens. Ça demande du travail, mais au final c’est ce qui fonctionne », assure-t-elle.

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