Sylvie Goulard, une europhile chevronnée candidate pour le poste de commissaire française

Sylvie Goulard

La France a proposé l’ex-eurodéputée centriste au poste de commissaire pour la France. Calée sur les questions européennes, elle avait largement aidé Emmanuel Macron à développer ses contacts européens durant la campagne présidentielle de 2017.

Deux jours après la date limite proposée par le Conseil européen, l’Elysée a finalement proposé le nom de Sylvie Goulard pour occuper le poste de commissaire qui sera dévolu à la France dans l’équipe d’Ursula von der Leyen.

Agée de 54 ans, cette spécialiste des questions économiques, qui avait fait ses armes au cabinet de Romano Prodi pourrait prétendre au portefeuille d’une éventuelle nouvelle direction générale de la Commission européenne : celle de la défense. Elle avait été nommé ministre de la défense en 2017, lors de la formation du premier gouvernement d’Edouard Philippe, avant de démissionner rapidement. Enarque et diplômée d’HEC, elle avait auparavant surtout développé des compétences sur les questions économiques et sociales notamment en tant qu’eurodéputée.

Depuis début 2018, elle était en poste à la Banque de France, au titre de sous-gouverneure en charge des questions internationales notamment, un poste auquel elle s’est consacré « très sérieusement, c’est une bosseuse » selon un de ses collaborateurs.

C’est aussi la réputation qu’elle avait en tant que membre de la toute puissante commission parlementaire des affaires économiques au Parlement européen, où elle avait creusé les sujets de l’union bancaire et du pacte de stabilité.

Elle s’est aussi dédiée à la commission de la pauvreté et des inégalités, au sein de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté, une cause qu’elle estimait fondamentale.

Elle avait aussi largement milité pour la cause des femmes, se présentant pour présider le Parlement européen à mi-mandat, en 2016, notamment pour mettre en valeur l’absence de femmes à ce poste.  Comme elle le soulignait en 2014 sur Euractiv, « on ne peut pas avoir une Commission de vieux messieurs blancs ! » . Une position devenue la norme en 2019, mais qui ne l’était pas il y a 5 ans.

Sylvie Goulard : on ne peut pas avoir une Commission de "vieux messieurs blancs !"

Sylvie Goulard est député européenne, membre du groupe centriste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe.

En 2018, lors de la journée de la femme, elle expliquait l’urgence de lutter contre les abus de pouvoir en général.

« Il y a des abus sexuels parce que le pouvoir est détenu par un certain type d’hommes. Le système d’accession au pouvoir favorise ceux qui jouent le jeu de la domination : cela peut décourager les femmes – comme les hommes qui refusent ces pratiques. C’est ce qu’il faut faire cesser : les abus de pouvoir en général, la domination qui ne laisse pas de place aux autres. »

Si sur les questions techniques l’audition au Parlement européen ne devrait pas poser problème à cette spécialiste de l’Union européenne, l’affaire judiciaire qui l’avait empêché de rester à son poste de ministre de la défense devrait en revanche ressurgir.

Avec une autre eurodéputée centriste, Marielle de Sarnez, et François Bayrou, elle avait en effet été mise en cause par l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, concernant des soupçons d’emploi fictif au Parlement européen. C’est cette enquête qui l’avait poussée à la démission du ministère de la défense, ce qui avait ensuite entraîné le départ de Marielle de Sarnez et François Bayrou du gouvernement.

Selon nos informations, le contenu des auditions des différents assistants parlementaires entendus par le service de police contiendrait des éléments plus gênants pour les autres membres du Modem que pour la candidate à la Commission européenne. Le fait que le dossier ait peu avancé en deux ans plaide aussi en sa faveur. En 2017, elle avait expliqué sa démission au JDD pour des motifs éthiques :  « Vous imaginez un acte judiciaire me concernant en pleine opération militaire ou terroriste? J’ai estimé que ce n’était pas possible ».

Sitôt nommée, la candidate a été à la fois saluée par certains comme Jean Arthuis ou Pascal Canfin, ou encore Alexander Stubb, le finlandais qui fut candidat malheureux à la tête du parti populaire européen.

Mais pour la délégation des eurodéputés socialistes, Sylvie Goulard a participé au paquet règlementaire du pacte de stabilité ou « six pack », qui est « co-responsable de la situation économique dans laquelle nous nous trouvons, car il impose toujours plus d’austérité. Cet ensemble de textes a étouffé la croissance, détruit des emplois et empêché une véritable reprise de l’activité économique. « 
L’extrême-droite a aussi rapidement dénoncé, dans la bouche de Florian Philippot, le côté européiste de Sylvie Goulard, tandis que Yannick Jadot condamnait sur RMC le fait « qu’on accepte au niveau européen ce qu’on accepte pas en France », faisant référence aux poursuites judiciaires de la candidate.

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