Un vote historique porte Tajani à la présidence du Parlement

Antonio Tajani

Après d’intenses négociations politiques, le candidat du Parti populaire européen, Antonio Tajani, a été élu à la présidence du Parlement européen le soir du 17 janvier.

Au total, 351 eurodéputés ont soutenu Antonio Tajani, candidat du Parti populaire européen (PPE), qui sera donc président du Parlement européen pour les deux années et demie à venir. Son principal rival, Gianni Pittella, du groupe des Socialistes & Démocrates (S&D), n’a récolté que 282 voix. Seuls 633 suffrages ont étés exprimés, ce qui signifie que 80 eurodéputés se sont abstenus.

« Je serai votre président à tous, je respecterai tous les groupes », a assuré le vainqueur lors de sa première prise de parole, après avoir remercié les membres du Parlement d’avoir voté. Le successeur de Martin Schulz a également promis de ne « pas être un Premier ministre de l’UE et de présenter les vues du Parlement au Conseil ».

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Il a répété ne pas avoir de programme politique et assuré que ses actes suivraient la volonté du Parlement et les priorités de la Commission. L’ancien commissaire a par ailleurs déclaré vouloir mettre en place un cabinet restreint, mais exemplaire en ce qui concerne la parité des sexes.

C’est la deuxième fois dans l’Histoire du Parlement que le choix d’un président dure une journée entière. Le processus a en effet été compliqué et rendu imprévisible jusqu’au dernier moment par les voltefaces des groupes politiques.

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La grande surprise de la journée a été la déclaration de Guy Verhofstadt, de l’Alliance des libéraux et démocrates (ALDE), qui a annoncé qu’il se retirait de la course pour soutenir le candidat du PPE après un accord entre les deux formations.

Cet accord a provoqué l’ire du groupe S&D, qui avait tenté la même approche avec l’ALDE avant les élections. Les socialistes ont donc tentés de mettre en place leur propre coalition « progressiste » avec les Verts et la gauche unitaire européenne/gauche verte nordique (GUE/NGL).

Les Verts n’avaient pas beaucoup d’exigences, mais les eurodéputés de gauche ne se sont pas montrés enchantés par l’idée d’élire le candidat du S&D. Même avec eux, le nombre de voix pour Gianni Pittella n’aurait cependant pas suffi à faire pencher la balance.

Initialement, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), dominé par les eurodéputés conservateurs britanniques, s’est opposé à l’alliance ALDE/PPE.

Tweet du CRE : Nous refusons de soutenir l’accord entre le PPE et l’ALDE, dont nombre d’aspects représentent des échecs du passé.

Les membres du CRE et du S&D s’accordent en effet sur un point : ils ne veulent pas voir Guy Verhofstadt représenter le Parlement lors des négociations du Brexit. Les eurodéputés britanniques craignent en effet que l’élu belge ne se montre trop rigide envers Westminster, alors que les socialistes ont déclaré avoir perdu toute confiance en lui.

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Le CRE a demandé à la direction du PPE d’annuler son accord avec l’ALDE, considéré comme trop « pro-européen ». Afin d’apaiser ces inquiétudes, Antonio Tajani a gardé ses distances vis-à-vis de l’accord avec les libéraux. Dans un communiqué, il a souligné que les partis politiques n’étaient souvent pas d’accord, mais qu’il fallait trouver des solutions.

« Ces solutions ne se trouvent pas toutes dans une Europe de plus en plus intégrée, mais ne se trouvent pas non plus dans l’éclatement du projet européen », a insisté le candidat, qui ajoute que ce n’est pas au Président du Parlement de poursuivre des objectifs politiques. « Cela vous échoit à vous, membres du Parlement européen […] vous décidez ensemble de la direction que nous prenons, et de la manière dont nous donnons vie à ces changements ».

Apparemment satisfait, le groupe CRE a donc changé d’avis et soutenu le candidat du PPE. On ne sait cependant pas quelles concessions l’Italien a dû faire pour arriver à ce revirement.

Tweet du CRE : Après une série d’engagements politiques tranchés de la part d’Antonio Tajani, le groupe CRE soutiendra ce candidat au dernier tour.

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Demain, un nouveau monde

Le lendemain de l’élection devrait toutefois révéler un Parlement divisé et polarisé.  Le S&D a promis de ne pas se joindre à la coalition ADLE/PPE et pourrait tenter de former une alliance avec les groupes de gauche.

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Selon certaines sources, les eurodéputés socialistes seraient toutefois bien contents d’avoir récupéré leur liberté d’expression en refusant de se joindre à une coalition. Le groupe a été en coalition pendant plusieurs années avec le PPE, et la décision de faire cavalier seul a été discutée en profondeur lors de quatre réunions. Martin Schulz, le président sortant du Parlement, a même assisté en silence à une partie de ces discussions.

« Le dernier jour de Martin Schulz en tant que président a été plutôt difficile », a estimé un socialiste. Il a non seulement vu l’explosion de la coalition PPE-S&D, mais sa démission marque aussi la fin d’une direction très pro-UE de l’institution.

Le vote du 28 janvier doit à présent déterminer qui seront les 14 vice-présidents du Parlement. Un enjeu de taille pour le S&D, qui comptait cinq vice-présidents quand il faisait partie de la coalition, et devrait perdre plusieurs sièges.

Les eurodéputés socialistes français jugent qu’Antonio Tajani, « incarnation de la droite libérale la plus conservatrice », est « le président le plus mal élu depuis 1979 ». Ils craignent en outre que ce proche de Silvio Berlusconi et acteur du scandale du Dieselgate ne laissent les lobbys prendre trop de pouvoir.

Marc Tarabella, eurodéputé belge S&D, regrette l’instauration d’une Europe « plus conservatrice que jamais », avec des membres du PPE à la tête des trois plus importantes institutions européennes. Il promet que les socialistes constitueront une « opposition constructive » face à une élection qui  « crée un fossé encore plus grand entre l’intérêt général et les intérêts d’une poignée ».

Pas beaucoup d’optimisme de son côté en ce qui concerne le nouveau président. « Antonio Tajani s'est fait remarquer par une vision passéiste du rôle de la femme en supportant entre autre ‘one of us’, initiative anti-choix, anti-avortement prônant ce qu'ils appellent la ‘protection de l'embryon’. Il s'est également illustré politiquement à plusieurs reprises en votant contre l'égalité des genres dans certains textes soumis aux votes », rappelle-t-il.

Il dénonce enfin les alliances désespérées de Guy Verhofstadt, fragilisé au sein de son parti et prêt à tout pour garder la tête hors de l’eau.

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