Rentrée politique tendue entre Madrid et Barcelone

La silhouette de l'ancien président catalan Carles Puigdemont. [Stéphanie Lecocq/EPA]

Le changement du gouvernement en Espagne avait permis de dissiper les tensions. La plainte déposée par Carles Puigdemont en Belgique contre le juge espagnol en charge de son cas a remis de l’huile sur le feu.

Le conflit politique catalan continue de faire rage près d’un an après l’échec de la déclaration d’indépendance de la région espagnole.

En juin, le président catalan destitué, Carles Puigdemont et ses anciens conseillers ont déposé plainte contre Pablo Llarena, le juge de la Cour suprême chargé de traiter leur affaire.

Le groupe est inculpé pour son rôle dans le référendum et dans la proclamation unilatérale d’indépendance de la Catalogne. Les leaders séparatistes remettent toutefois en cause la neutralité de la justice espagnole et soutiennent qu’ils n’auront pas droit à un procès équitable dans leur pays. Un tribunal belge déterminera la semaine prochaine s’il accepte ou rejette la plainte.

Après des jours d’hésitation, le gouvernement espagnol a décidé de participer à la défense, alors qu’il soutenait au début que la poursuite n’était pas lancée contre le système judiciaire espagnol, mais qu’il s’agissait d’une affaire privée du juge Llarena.

Le 28 août, le Premier ministre, Pedro Sánchez a toutefois affirmé que la défense du juge constituait « une affaire d’État » et le gouvernement a donc engagé un cabinet d’avocats en Belgique pour se charger de l’affaire.

Pour Carles Puigdemont, le gouvernement a pris sa décision suite à des « pressions politiques », ce qui montre selon lui que le processus judiciaire est une affaire de persécution politique.

L’ancien président de la Catalogne insiste sur le fait que cela créerait un « très grave précédent » si Madrid décidait « de payer pour la défense en justice d’un citoyen espagnol, qu’il soit juge ou non. »

«Nous voulons nous diriger vers une indépendance négociée »

Exclusif. Pour Antoni Comín, un des quatre conseillers du gouvernement catalan renversé ayant fui à Bruxelles aux côtés de Carles Puigdemont, la déclaration unilatérale d’indépendance le 27 octobre doit maintenant être mise en oeuvre.

Les responsables politiques catalans sont accusés de rébellion, de sécession, de sédition et de détournement de fonds, dans le cadre de leur participation à l’organisation du référendum et de la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne.

Carles Puigdemont et ses conseillers, qui ont fui l’Espagne en octobre dernier pour éviter leur déposition et d’éventuelles poursuites, affirment que l’indépendance de la justice n’est pas garantie en Espagne et que les minorités qui luttent politiquement pour leur indépendance « subissent une violation systématique de leurs droits fondamentaux. »

Défis à venir

La poursuite contre Pablo Llarena a été lancée dans un contexte de tensions croissantes entre unionistes et partisans de l’indépendance à l’approche de la rentrée politique. Carles Puigdemont a rencontré lundi à Waterloo le chef actuel du gouvernement régional, Quim Torra, pour discuter de leur stratégie.

Carles Puigdemont estime que l’horizon pourrait être plein de « nuages noirs » ou de « grandes opportunités », selon l’attitude du nouveau gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sánchez, un social-démocrate.

Le procès de la semaine prochaine sera la première confrontation entre les deux hommes, mais ce ne sera certainement pas la dernière. Dans les jours à venir, Pedro Sánchez sera confronté à un second vote sur le plan budgétaire révisé pour équilibrer les comptes de l’Espagne, après avoir échoué à obtenir l’approbation du Parlement en juillet.

Il a besoin des votes des partis nationalistes, car il ne contrôle que 84 sièges sur 350 au parlement.

Si le Parlement n’approuve pas la mise en place d’un plafond de dépenses et, par conséquent, l’adoption du budget annuel pour 2019, le gouvernement pourrait s’effondrer.

Le 11 septembre, les Catalans célèbrent la Journée nationale de la Catalogne, connue sous le nom de « Diada ». Quim Torra a appelé les gens à descendre dans la rue cette année en masse pour revendiquer l’indépendance de la région.

Quelques semaines plus tard, ce sera le premier anniversaire du référendum (1er octobre) puis celui de la déclaration unilatérale d’indépendance (27 octobre) en Catalogne. Des manifestations politiques dans la région sont attendues à cette époque de l’année.

Quim Torra a insisté sur le fait que, quel que soit le résultat du dialogue avec le gouvernement espagnol, son mandat était de respecter la volonté du peuple catalan « exprimée lors du référendum » de l’année dernière.

La Commission européenne s'engage à respecter le référendum catalan

Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, n’a sans doute pas du tout apprécié que Jean-Claude Juncker assure que la Commission respecterait l’issue du référendum d’indépendance catalane, qui aura lieu le 1er octobre.

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