Tour d’horizon des budgets défense des pays de l’OTAN

Le Secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Comme ils s’y étaient engagés en 2014, lors du sommet de pays de Galles, les dépenses de défense des 29 pays membres de l’Alliance atlantique augmentent. Souvent nettement, parfois très lentement.

A combien se monte le budget des pays membres de l’OTAN ?

Le budget total des pays de l’Alliance atteint aujourd’hui 1.039 milliards $. La progression depuis le sommet de pays de Galles en septembre 2014 est très nette. Après une année 2015 consacrée à stabiliser la baisse des dépenses, les dépenses des alliés (hors USA) se situe, entre 2017 et 2019, aux alentours d’une progression annuelle de 5%, tous pays confondus. Globalement, en 2019, la situation continue de s’améliorer par rapport à 2018, avec 87 milliards de plus (130 milliards de plus ajoutés depuis 2017).

Graph BudgetDéfense1 Evolution@OTAN191129

Quelle est l’évolution depuis la guerre froide ?

Cette remontée permet aux alliés hors USA (Europe, Turquie et Canada) de revenir à la situation qui préexistait à la fin de la guerre froide en 1989, avec un total cumulé d’un peu plus de 300 milliards $.

Une image qui ne prend pas en compte un élément, l’élargissement continuel de l’Alliance depuis 30 ans. Si on prend en considération l’apport des treize nouveaux membres depuis les années 2000, cela représente 30 milliards $ en 2019, selon nos calculs. En réalité, les dépenses des pays de l’OTAN restent donc inférieures de 10% par rapport à la situation avant la guerre froide.

Graph BudgetDéfense6 EuropeCanada @OTAN191129

Y-a-t-il un partage du fardeau ?

Depuis l’effondrement des budgets européens dû à la crise économique de 2007-2008, l’investissement européen dans la défense progresse, passant de 250 milliards $ à 302 milliards $, soit près de 50 milliards de plus (en $ constants de 2015). Mais le budget reste encore déséquilibré. Certes, la part de la zone Europe-Canada progresse, mais lentement. Elle passe ainsi d’un ratio de 27% en 2014 à 30% en 2019. Le budget américain de défense continuant d’augmenter parallèlement : + 40 milliards $ en 2019 (en $ constants).

Si on ne décompte que les pays de l’Union européenne, ce déséquilibre est plus prononcé. Une fois le Brexit consommé, l’Union européenne ne représentera qu’un petit cinquième des budgets de défense (220 milliards $, 21%) de la zone euro-atlantique.

Cette analyse du partage du fardeau est cependant largement faussée par l’aspect plus global de la défense américaine qui n’est plus tournée exclusivement aujourd’hui vers la zone euro-atlantique.

Graph BudgetDéfense5 Europe-USA @OTAN191129

Qui respecte l’objectif de 2% du PiB ?

Parmi les bons élèves on retrouve huit pays européens : Bulgarie (3,25%), Grèce (2,28%), Royaume-Uni (2,14%), Estonie (2,14%), Roumanie (2,04%), Lettonie (2,01%), Lituanie (2,03%), Pologne (2,00%). Les USA caracolent en tête à 3,42%, même si la part de la défense dans le PIB tend à diminuer du fait de la bonne santé économique américaine.

En bonne logique géopolitique, on retrouve ainsi les pays les plus proches géographiquement de la Russie qui ont, tous, augmenté de façon très nette leur budget, avec une mention spécifique pour la Bulgarie, et dans une moindre mesure pour la Roumanie qui, partant d’assez bas (moins de 1,5%) du budget ont spectaculairement investi dans la défense.

Il y a un an, en juillet 2018, quatre pays européens respectaient l’objectif de 2% : la Grèce (2,27%), l’Estonie (2,14%), le Royaume-Uni (2,10%), la Lettonie (2%). Trois autres n’en étaient pas loin : la Pologne (1,98%), la Lituanie (1,96%) et la Roumanie (1,93%).

Parmi les élèves moyens — ceux dépensent entre 1,5 et 2 % — se trouvent sept pays européens. La Turquie (1,89%), la France (1,84%) et la Norvège (1,80%) non loin de l’objectif des 2%. La Slovaquie (1,74%), la Croatie (1,68%) le Monténégro (1,66%) et le Portugal (1,52%) suivent.

Graph BudgetDéfense3 PartPib @OTAN191129

Qui ne respecte pas vraiment l’objectif de 2% du PiB ?

Dans la catégorie des élèves très moyens — qui dépensent entre 1 et 1,5 % — on retrouve huit pays européens : Allemagne (1,38%), Pays-Bas (1,36%), Danemark (1,32%), Albanie (1,26%), Italie (1,22%), Hongrie (1,21%), République Tchèque (1,19%), Slovénie (1,04%) + le Canada (1,31%). En bas du tableau — ceux qui dépensent moins d’1 % — on retrouve trois pays : Belgique (0,93%), Espagne (0,92%), Luxembourg (0,56%).

Il y a, malgré tout, quelques progressions depuis 2014 : la Hongrie et la Tchéquie, par exemple. Certains pays stagnent et en général, ce ne sont pas les moins riches (Italie, Slovénie). La palme du cancre revient à la Belgique qui, non seulement, n’atteint pas le 1% du rapport au PIB, mais voit cette part régresser en pourcentage du PIB. Le nouveau président du Conseil européen, Charles Michel, n’a pas, sur ce point, un bilan très honorable en tant que Premier ministre

Qui respectera l’objectif de 2% d’ici 2024 ?

D’ici 2024, tous les pays n’atteindront pas l’objectif promis, mais une bonne majorité pourraient atteindre le Graal. Selon les projections de l’OTAN, et les plans des États membres remis au secrétaire général, 17 sur 28 pays se sont engagés à atteindre l’objectif des 2 %, soit huit de plus qu’aujourd’hui.

Ce chiffre signifie tout de même que onze pays ont d’ores-et-déjà indiqué qu’ils ne pourraient pas atteindre cet objectif. Parmi ceux-ci on compte l’Allemagne et les trois pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Mais ils se sont engagés à faire de leur mieux pour augmenter leurs dépenses. Et certains, tels l’Allemagne, n’ont pas perdu espoir d’atteindre le seuil plus tard, d’ici 2030.

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