Ankara fait barrage aux plans de défense de l’OTAN pour l’Europe de l’Est

epa08043425 Turkish President Recep Tayyip Erdogan during NATO Summit in London, Britain, 04 December 2019. NATO countries' heads of states and governments gather in London for a two-day meeting. After an hour Central hall Westminster was re-open. EPA-EFE/WILL OLIVER [EPA-EFE/WILL OLIVER]

La Turquie entend encore bloquer les décisions finales relatives au plan de défense de l’OTAN pour la Pologne et les pays baltes. L’Europe de l’Est appelle donc l’alliance à réaffirmer ses engagements.

La semaine dernière, lors du sommet de l’OTAN à Londres, la Turquie avait menacé de bloquer l’accord de défense de l’OTAN pour la Pologne et les pays baltes à moins que l’alliance n’accepte de reconnaître les combattants kurdes en Syrie — contre qui Ankara avait lancé une offensive en octobre — comme étant des terroristes.

Pour le gouvernement turc, les Unités de protection du peuple (YPG), qui sont l’épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), forment un groupe terroriste lié aux insurgés kurdes présents sur son propre territoire. Les alliés de l’OTAN se sont donc attirés les foudres d’Ankara après avoir accordé leur soutien à la milice kurde, considérant qu’il s’agissait d’un partenaire dans la lutte contre l’État islamique en Syrie.

A l’issue du sommet londonien, le ralliement du président turc Recep Tayyip Erdoğan au plan de défense avait finalement été annoncé— une information confirmée par le ministre polonais de la Défense, Mariusz Błaszczak. Selon ce dernier, un entretien à huis clos entre le Président polonais Andrzej Duda et son homologue turc avait contribué à débloquer la situation.

Les raisons qui ont poussé M. Erdoğan à abandonner sa requête demeurent mystérieuses. Le Secrétaire général de l’alliance, Jens Stoltenberg, a confirmé à la presse que pendant la séance de travail, aucune discussion sur les combattants kurdes n’avait eu lieu. Il est donc peu probable que le revirement du président turc soit lié à la réunion. D’autres sources indiquent cependant qu’un entretien fortuit a eu lieu entre M. Erdoğan et M. Trump.

À l’issue du sommet, le président turc a déclaré que l’OTAN ne devait pas abandonner la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme. Des propos tenus après avoir accepté le plan de l’alliance pour la défense de la Pologne et des pays baltes à la demande de la France, de l’Allemagne, de la Pologne et de Jens Stoltenberg.

« Ils nous ont appelés et nous ont demandé de soutenir ce plan. Après en avoir discuté avec mes collègues, nous avons marqué notre accord, mais ne nous abandonnez pas dans la lutte contre le terrorisme », a précisé M. Erdoğan.

Lors d’une visite en Italie quelques jours après le sommet de Londres, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu a tenu des propos démontrant que le gouvernement turc avait fait volte-face. Il a déclaré que la position d’Ankara sur la question n’avait pas changé et que son pays allait bloquer la publication finale de la feuille de route de l’OTAN sur la défense de ses frontières orientales tant que l’organisation ne reconnaîtrait pas l’YPG comme un groupe terroriste.

M. Çavuşoğlu a indiqué que la Turquie avait accepté de « passer à la prochaine étape du dispositif », mais n’avait approuvé aucune décision concernant l’approbation du plan de défense en lui-même. Il a souligné qu’« aucun compromis n’avait été établi ».

« Ankara s’opposera au plan de l’alliance tant qu’elle ne recevra pas un plan de défense pour la Turquie, qui devra être conforme au point de vue turc sur l’YPG », a affirmé le ministre turc.

Il a ajouté qu’« aucun plan de défense pour le flanc Est ne sera[it] accepté tant que la Turquie ne recevra[ait] pas un plan semblable » et la position d’Ankara pendant le sommet londonien constituait simplement un « geste de bonne volonté à l’égard des alliés».

« Ce serait injuste que certains pays soient en faveur d’un plan de défense pour le flanc Est, mais que les mêmes refusent un plan de défense nous concernant ».

Réponse polonaise

Pendant le sommet de l’OTAN de la semaine dernière, l’opposition de la Turquie a échauffé les esprits des États de l’Europe de l’Est, qui doutaient déjà de la détermination de leurs alliées à assurer leur défense à la suite des déclarations d’Emmanuel Macron sur l’état de « mort cérébrale » de l’alliance.

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La vision géopolitique du président français, exposée dans un entretien avec The Economist, a de nouveau suscité des réactions épidermiques. Le président multiplie les maladresses diplomatiques au risque de braquer ses partenaires.

Un représentant polonais a indiqué lundi (9 décembre) que l’OTAN ne pouvait pas faire marche arrière et devait poursuivre la mise en place du plan de défense pour la Pologne et les pays baltes, malgré les menaces d’Ankara.

« L’Alliance ne peut pas revenir sur ses pas », a maintenu Krzysztof Szczerski, un homme politique proche du président polonais. « Les décisions prises par l’OTAN concernent la Pologne et les pays baltes. Des plans sur la situation en Turquie ont aussi été élaborés. Et, nous attendons désormais leur mise en œuvre. C’est une question militaire ».

Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a réaffirmé que le gouvernement souhaitait la publication simultanée des deux plans, et qu’Ankara campait sur ses positions au sujet de l’YPG.

« Nous avons autorisé que le plan pour la Pologne et les pays baltes, qui est désormais en révision, soit adopté par le Conseil de l’OTAN et qu’il soit réévalué par le comité militaire », a déclaré M. Akar.

« Toutefois, après des discussions avec le secrétaire général de l’OTAN, nous nous sommes mis d’accord pour que les deux plans soient publiés au même moment », a-t-il précisé, ajoutant que la Turquie restait ouverte à toute coopération à ce sujet.

Les ministres de la Défense des pays baltes et le président polonais se sont montrés optimistes lors du sommet à Londres, contrairement à d’autres représentants des pays d’Europe de l’Est qui ont fait preuve plus de prudence une fois interrogés sur des perspectives d’apaisement. « C’est comme si la région était de nouveau le pion des grandes puissances », a révélé l’un d’entre eux.

Le conseiller de M. Erdoğan, Gülnur Aybet, a souligné, en marge du sommet, que du point de vue turc, le contentieux sur le plan de défense constituait un « sujet interne à l’OTAN » que les leaders devaient aborder à huis clos.

Recrudescence des tensions 

Les dirigeants d’Europe occidentale perdent patience face à la Turquie qui, selon eux, glisse de plus en plus vers l’autoritarisme.

Les tensions entre les alliés de l’OTAN et Ankaka se sont aggravées après l’échec du coup d’État de 2016 en Turquie, notamment parce que Washington avait refusé d’extrader le religieux turc Fethullah Gülen, que Recep Tayyip Erdoğan considérait comme l’instigateur du coup.

Au cours des derniers mois, de nombreux alliés et responsables de l’OTAN ont exprimé leurs préoccupations au sujet de l’évolution de la Turquie au sein de l’alliance, en particulier après l’achat par Ankara du système russe de défense antimissile S-400 – qui serait incompatible avec les systèmes de communication de l’OTAN, et donc incontrôlable.

Selon un haut responsable de l’agence russe de coopération militaire, la Russie et la Turquie travaillent sur un contrat concernant un nouveau lot de S-400, Moscou espérant conclure l’accord au début 2020.

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