Tusk met en garde la Pologne après des mesures privatives de libertés

Donald Tusk à Wroclaw. [Agencja Gazeta]

Le président du Conseil européen appelle le pouvoir en Pologne à respecter « la population, les principes et les valeurs constitutionnelles ». La crise politique a atteint un seuil critique ce week-end.

Les opposants de différents bords et défenseurs des droits se sont insurgé, ce week-end en Pologne, contre l’offensive dite du « bon changement » organisée par le parti conservateur populiste. La réforme concerne notamment l’éducation nationale, la mise au pas définitive du Tribunal constitutionnel, la prise de contrôle des médias publics ou encore la restriction du droit à manifester.

S’y ajoute une multitude de fronts secondaires ouverts contre les écologistes ou les mineurs, ou encore le crash de l’avion du président Lech Kaczyński en 2010 en Russie et l’exhumation des victimes, qui ont bouleversé une partie de l’opinion publique.

« Après les incidents d’hier [16 décembre] au parlement et dans les rues de Varsovie […] j’attends de ceux qui exercent réellement le pouvoir dans notre pays, de respecter la population, les principes et les valeurs constitutionnelles, les procédures établies et les bonnes manières », a déclaré Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais et président du Conseil européen.

Le responsable était à Wroclaw pour la clôture officielle de l’année durant laquelle la ville était capitale européenne de la culture. Il a remercié ceux qui, depuis des mois, se sont montrés prêts à préserver les « standards européens de la démocratie » en Pologne.

« Quand on prive les gens d’accès à l’information ou qu’on impose un mode de vie unique, la démocratie devient aussi insupportable qu’une dictature », a-t-il averti.

>> Lire : État de droit : la Pologne refuse de céder

Le parlement assiégé

Le 16 décembre, après une manifestation qui a rassemblé des milliers de personnes, plusieurs centaines de manifestants d’opposition ont bloqué les sorties du parlement à Varsovie. Pendant quelques heures, ils ont empêché des députés de la majorité, la Première ministre, Beata Szydło, et le chef du parti conservateur au pouvoir, Jarosław Kaczyński, de quitter le bâtiment. Certains députés ont d’ailleurs choisi d’y passer la nuit, plutôt que de se frayer un chemin dans la foule.

« Constitution », « médias libres » et encore « vous ne sortirez pas jusqu’à Noël », les participants entendaient protester d’abord contre un nouveau règlement limitant l’accès des médias aux députés, et ensuite contre l’adoption du budget de l’État pour 2017 dans des conditions inhabituelles que l’opposition a jugées illégales.

Selon la majorité, le vote du budget et d’une loi réduisant les retraites des anciens membres de la police politique communiste s’est déroulé conformément aux règles. L’opposition émet elle des doutes quant à sa légalité, soulignant notamment que certains députés n’ont pu entrer dans la salle où se déroulait le vote et que des personnes tierces non autorisées y ont participé, dans le chaos régnant pendant plusieurs heures au parlement.

Bras de fer sur le Tribunal constitutionnel

Le 18 décembre, les manifestants antigouvernementaux se sont réunis devant le siège du Tribunal constitutionnel pour remercier son président, Andrzej Rzepliński, qui quitte ses fonctions le 19 décembre, à l’expiration de son mandat. Andrzej Rzepliński symbolise la résistance à une série de lois destinées à mettre au pas cette instance veillant à la conformité de la législation à la loi suprême.

Sa succession fait toujours l’objet d’un bras de fer entre le Tribunal constitutionnel, où la majorité des juges est opposée aux réformes du PiS, et le parlement. Dominé par les conservateurs, ce dernier considère que le Tribunal est un outil aux mains de l’opposition et suscite des inquiétudes au sein des institutions européennes.

>> Lire : L’UE donne trois mois à la Pologne pour remanier son tribunal constitutionnel

Duda tente de calmer le jeu

Alors que les manifestations se poursuivaient le 18 décembre, le président, Andrzej Duda, a commencé à rencontrer les chefs des partis représentés au parlement, dans le but de jouer au médiateur pour calmer la crise.

À l’issue de leur rencontre avec le président Duda, les chefs des partis Nowoczesna (libéral), PSL (Parti paysan) et Kukiz’15 (anti-système) ont tous affirmé à la presse avoir réitéré devant le chef de l’État leurs appels à revenir sur les restrictions prévues pour les médias, et à convoquer une nouvelle séance parlementaire mardi afin de tenir un débat dans les règles et de reprendre les votes de vendredi, celui du budget notamment.

« Le président a demandé des analyses juridiques relatives à la partie de la session parlementaire » consacrée aux votes dont les modalités ont été mises en question par l’opposition, a déclaré le porte-parole de la présidence, Marek Magierowski.

Malgré la multiplication de lois qualifiées d’antidémocratiques par l’opposition, la popularité du parti PiS n’a jamais été entamée. Au pouvoir depuis un an, le parti est toujours largement en tête des sondages avec environ 35% d’opinions favorables, soit plus que les deux principaux partis d’opposition pris ensemble.

Ce succès est dû en bonne partie à une l’allocation de 120 euros par enfant à partir du deuxième enfant, une mesure coûteuse mais bien accueillie et dont Beata Szydło n’a pas manqué de faire l’éloge samedi, alors qu’elle critiquait violemment l’opposition dont l’attitude « dévaste la confiance publique et la solidarité, détruit la démocratie et ses fondements, nous ruine en tant que nation et communauté ».

>> Lire aussi : La Pologne recule sur la suppression de l’avortement après les manifestations

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.