Ukraine : Anthony Blinken participera à la téléconférence des ministres des Affaires étrangères de l’UE

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken à Bruxelles, le 24 mars 2021. [OLIVIER HOSLET/epa]

Face aux craintes croissantes d’une action militaire russe contre l’Ukraine, les ministres des Affaires étrangères de l’UE cherchent, ce lundi (24 janvier), à aligner leur réponse sur celle de Washington, le secrétaire d’État américain Antony Blinken devant se joindre à leur réunion virtuelle.

La Russie a massé plus de 100 000 soldats aux frontières de l’Ukraine et transféré des équipements militaires, tels que des avions de chasse, en Biélorussie. L’Occident craint une nouvelle incursion chez son voisin pro-occidental.

Le Kremlin insiste sur le fait que ses forces ne sont pas là pour envahir le pays. Mais le président américain Joe Biden a déclaré qu’il pensait que les Russes allaient avancer leurs pions, même s’il s’agissait d’une «  incursion mineure  » qui laisserait l’Occident divisé quant à sa réponse.

Au cours des derniers mois, l’UE et les États-Unis ont menacé Moscou de «  conséquences massives  » s’il décidait de franchir les frontières de l’Ukraine, mais jusqu’à présent, obtenir un consensus sur des mesures punitives au sein de l’UE-27 a été une tâche complexe.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne devraient ainsi pas approuver une liste compilée de sanctions ce lundi, notamment parce que les responsables occidentaux ont jusqu’à présent voulu s’abstenir de préciser quel type d’action russe déclencherait quel type de réponse.

Un haut fonctionnaire de l’UE a déclaré aux journalistes que, si elles étaient décidées et nécessaires, de telles mesures punitives pourraient être imposées «  en quelques jours  ». «  La réaction sera très rapide, la réaction sera extrêmement claire  », a-t-il ajouté.

Alors que le pétrole et le gaz sont considérés comme des leviers de dissuasion possibles, un diplomate européen a déclaré que l’opposition menée par l’Allemagne semblait avoir retiré de la table une proposition visant à couper Moscou du système mondial de paiement SWIFT.

Le pétrole et le gaz constituent une importante source de revenus pour la Russie, mais de nombreux pays européens ne pourraient pas remplacer les approvisionnements russes par d’autres sources.

L’Allemagne devrait en outre faire l’objet de critiques de la part de certains États membres en raison du refus de Berlin de fournir des armes à Kiev (et de bloquer l’Estonie, membre de l’OTAN, pour qu’elle le fasse) ainsi que de ses hésitations concernant le système de paiement international SWIFT, ce qui, selon Kiev, «  encourage Poutine  ».

L’Allemagne envisage d’exporter des armes vers l’Ukraine, au risque de créer des divisions internes

Après le refus initial du gouvernement allemand de fournir à l’Ukraine des armes défensives, les responsables politiques allemands font pression pour que cette position soit reconsidérée.

Les fonctionnaires et les diplomates de l’UE s’accordent à dire que de telles sanctions devront être étroitement coordonnées avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada pour être le plus efficaces possible.

M. Blinken doit informer les ministres des affaires Étrangères de l’UE des entretiens qu’il a eu avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Genève vendredi (21 janvier). Les deux parties n’y ont pas réussi à obtenir une avancée majeure pour calmer l’escalade de la crise, mais se sont engagées à poursuivre les discussions.

Washington s’est engagé à fournir une réponse écrite à Moscou cette semaine pour répondre à ses exigences en matière de sécurité, notamment sur le refus que l’Ukraine adhère à l’OTAN et sur la réduction par Washington de son influence en Europe de l’Est, que les responsables occidentaux ont qualifié de «  voués à l’échec  ».

À Bruxelles, il ne s’agit pas seulement de la médiation d’un conflit en Europe de l’Est, mais aussi de l’affirmation de l’UE, une ambition qui, jusqu’à présent, n’a pas donné de bons résultats malgré la mise en place de la première stratégie militaire de l’Union.

La multiplication des pourparlers entre l’Occident et la Russie a amené certains membres de l’UE à s’inquiéter du fait que l’Union ait été laissée de côté dans la crise actuelle. Néanmoins, plusieurs États membres de l’UE désapprouvent la proposition du président français Emmanuel Macron selon laquelle l’Union devrait mener ses propres négociations avec la Russie en matière de sécurité.

Selon le projet de conclusions présenté en avant-première aux journalistes, les Affaires étrangères de l’UE indiqueront que l’UE contribuera «  de manière active et substantielle aux discussions dans les cadres existants  ».

Parallèlement, les conseillers politiques de la Russie, de l’Ukraine, de la France et de l’Allemagne tiendront des discussions en format Normandie sur l’est de l’Ukraine à Paris, probablement ce mercredi (26 janvier).

Les pourparlers de paix quadripartites visent à mettre fin au conflit de longue durée entre les forces gouvernementales ukrainiennes et les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, mais n’ont jusqu’à présent donné que de maigres résultats.

Ukraine : Les États-Unis et leurs alliés s’engagent à agir rapidement si les troupes russes franchissent la frontière

Les pays occidentaux ont cherché à projeter une unité sur l’Ukraine dans une rafale d’efforts diplomatiques jeudi 20 janvier, après que le président américain Joe Biden a laissé entendre que les alliés étaient divisés sur la façon de réagir à toute «  incursion mineure  » de la Russie.

Hausse des tensions

Au cours du week-end passé, Washington a par ailleurs émis un avis aux voyageurs avertissant les citoyens américains d’éviter tout voyage en Russie en raison de la situation «  le long de la frontière avec l’Ukraine  », les avertissant qu’ils pourraient être victimes de «  harcèlement  ».

Le gouvernement américain a également ordonné aux familles de ses diplomates de quitter l’Ukraine, autorisant dimanche le départ «  volontaire  » du personnel non essentiel de ses ambassades et exhortant ses citoyens vivant en Ukraine à «  envisager de partir maintenant  », avant toute éventuelle action militaire russe.

Ces actions ne ressembleraient pas à une opération d’évacuation de type afghan «  puisqu’il n’y en a pas besoin  » et «  ne remettent nullement en cause notre soutien ou notre engagement envers l’Ukraine  », a déclaré un haut responsable du département d’État à la presse.

«  Nous sommes prêts dans les deux cas  », a déclaré M. Blinken lors de l’émission « State of the Union » sur CNN. «  Fondamentalement, à ce stade, le choix appartient à Vladimir Poutine  », a-t-il ajouté.

La majorité des pays européens, cependant, n’ont pas encore renforcé leurs conseils aux voyageurs pour l’Ukraine, certains suggérant seulement à leurs citoyens d’être vigilants.

«  Bien que la Russie ait renforcé ses troupes aux frontières de l’Ukraine, aucun indicateur ne suggère que le Kremlin ait déjà décidé d’attaquer  », a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, dans une déclaration envoyée par courriel dimanche (23 janvier). «  Cela étant, nous devrions nous concentrer fortement sur la diplomatie — plus les diplomates parlent, mieux c’est  », a-t-il ajouté.

Ukraine : Washington rappelle les familles de ses diplomates et va se concerter avec l'UE

La situation en Ukraine « est imprévisible et peut se détériorer à tout moment », explique le ministère américain des Affaires étrangères dans un communiqué.

L’Ukraine irritée par l’Allemagne

Au cours du week-end, le chef de la diplomatie ukrainienne a accusé l’Allemagne de «  saper l’unité  » et d’«  encourager Vladimir Poutine  » en refusant de fournir des armes à Kiev dans un contexte de craintes accrues d’une éventuelle invasion russe.

La ministre allemande de la Défense, Christine Lambrecht, a déclaré samedi (22 janvier) au quotidien allemand Die Welt que Berlin enverra un hôpital de campagne en Ukraine en février, mais que le pays rejettait la livraison d’armes. «  Les livraisons d’armes ne seraient pas utiles en ce moment — c’est le consensus au sein du gouvernement fédéral  », selon Mme Lambrecht.

L’Ukraine avait demandé à l’Allemagne de fournir 100 000 casques et gilets de protection tout en appellant Berlin à revoir sa position sur les livraisons d’armes.

Le chef de la marine allemande Kay-Achim Schönbach a pour sa part démissionné samedi (22 janvier), à la suite de commentaires formulés lors d’un voyage en Inde. Il avait suscité des critiques en déclarant que le président russe Vladimir Poutine méritait du respect et que Kiev ne récupérerait jamais la Crimée annexée à Moscou.

Un certain nombre de membres de l’OTAN ont entre-temps annoncé la fourniture d’armes pour aider l’Ukraine à se défendre. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont ainsi annoncé qu’elles fourniraient des missiles antichars et antiaériens à l’Ukraine dans le cadre d’un transfert d’armes approuvé par les États-Unis.

Le Royaume-Uni a déjà livré des armes antichars légères à Kiev, et d’autres membres de l’OTAN, comme la République tchèque, envisagent également de fournir des armes à l’Ukraine.

«  Nous ne doutons pas que nos partenaires sont déterminés à soutenir l’Ukraine alors que la Russie poursuit son renforcement militaire le long de la frontière, diffuse une désinformation massive, lance des cyberattaques et sape la situation en Ukraine de l’intérieur  », a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, dimanche.

«  Nos alliés le prouvent non seulement en paroles mais aussi en actes, notamment en apportant à l’Ukraine un soutien militaire accru et en coordonnant leurs efforts diplomatiques  », a-t-il ajouté.

Il a également souligné la décision des États-Unis de fournir à l’Ukraine un nouveau paquet de soutien militaire d’une valeur de 200 millions de dollars, qui «  sert de signe d’unité transatlantique  ».

«  Alors que nos partenaires délibèrent sur des contre-mesures globales, les dirigeants russes ne doivent pas être amenés à croire que l’Occident hésitera à imposer les sanctions les plus sévères  », a-t-il ajouté, faisant également référence à l’attente de Kiev d’inclure Nord Stream 2 dans une telle mesure punitive.

«  L’Occident, et non la Russie, devrait jouer la carte de Nord Stream 2, mais cela nécessite une action ferme et cohérente  », a déclaré M. Kuleba.

L'UE apporte un soutien cyber à l'Ukraine et fonde ses espoirs sur le format Normandie

Dans un contexte de tensions avec la Russie et après une cyberattaque massive, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont promis vendredi (14 janvier) un soutien supplémentaire à l’Ukraine. La France et l’Allemagne, quant à elles, entendent relancer les efforts de médiation entre Kiev et Moscou.

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