La complexe coopération entre l’UE et le Royaume-Uni en matière de défense

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Le Royaume-Uni a toujours eu un rapport conflictuel avec les ambitions de défense de l’UE. Pourtant, le pays souhaite continuer à participer aux programmes de l’UE après le Brexit.

Entre Bruxelles et Londres, la coopération à la défense n’a jamais été facile. En 2010, David Cameron a promis que le pays quitterait l’Agence européenne de défense (AED), pour ensuite faire marche arrière deux ans après.

Lorsque Michael Fallon, l’ancien ministre de la Défense britannique, a déclaré en septembre 2016 que « la défense est pour l’OTAN, pas pour l’UE », il aurait été logique de supposer que le Royaume-Uni post-Brexit jouerait peu, voire pas du tout, de rôle dans les instruments de défense commune de l’UE.

Le ministère britannique de la Défense participe au projet d’examen annuel coordonné en matière de défense (EACD), lancé l’année dernière, qui vise à coordonner les budgets de défense du bloc européen. Le pays souhaite aussi participer à l’EACD, ainsi qu’au Fonds européen de défense s’élevant à 4,5 milliards d’euros, à l’Agence européenne de défense et aux groupements tactiques européens, qui regroupent des soldats et des experts militaires dans des missions conjointes.

Après le Brexit, le Royaume-Uni espère même jouer un rôle « partiel » dans la Coopération structurée permanente (CSP), lancée en décembre dernier par 25 gouvernements européens.

Une étape historique pour la défense européenne

Les États membres de l’UE ont adopté leur feuille de route pour une coopération plus étroite dans le domaine de la défense, avec 25 États membres participants. Un article d’Euroefe.

« L’ironie de la chose, c’est que l’UE se penche enfin sérieusement sur la défense au moment où le Royaume-Uni s’en va », estime Sophia Betsch, experte en défense au Centre for European Reform, un think tank qui milite pour l’amélioration de la qualité du débat sur l’Union européenne.

Le document sur le partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni sur la défense, présentant la position du gouvernement May dans les relations UE-Royaume-Uni, publié l’automne dernier, a été reçu « avec joie à Bruxelles parce qu’il est très favorable » à la collaboration entre les deux parties, a indiqué la spécialiste.

La volonté britannique de collaborer avec l’UE sur un nouveau programme de défense est doublement ironique, car le parti conservateur au pouvoir rejette fermement tout ce qui se rapproche d’ « une armée européenne ». En réalité, comme les programmes de défense de l’UE sont encore à un stade de développement, la défense est l’un des rares domaines politiques où une approche « à la carte » peut encore fonctionner.

Le Royaume-Uni a besoin d’un « arrangement administratif avec l’AED et d’un arrangement similaire avec la Commission lui permettant de participer à certains projets », déclare Sophia Betsch.

La participation à la CSP et aux opérations militaires européennes est possible sans que le Royaume-Uni soit contrôlé par les institutions de l’UE. Cependant, le fait d’être membre de l’AED ou des groupements tactiques européens n’implique pas  de compromis sur les « lignes rouges » du gouvernement May en ce qui concerne le Brexit.

May prépare un traité sur la défense avec l’UE

Londres souhaite la mise en place d’un traité de défense et de sécurité avant sa sortie de l’UE, en mars 2019, a indiqué Theresa May lors de la conférence de Munich sur la sécurité.

La création de nouvelles institutions, combinée à la nécessité de passer des accords avec les agences existantes, telles que l’AED, qui réglemente le domaine de la défense, rendrait cependant la coopération entre les deux blocs très complexe.

« Dans le domaine de la défense, beaucoup d’agences sont impliquées et la difficulté pour le Royaume-Uni est que l’Union n’a pas encore conclu d’accords avec des pays tiers », a déclaré Sophia Betsch. « Idéalement, l’UE devrait profiter du processus du Brexit pour réformer ses accords avec les pays tiers. Pour le moment, la participation des autres pays aux missions est très difficile. »

L’AED a conclu des accords avec l’Ukraine, la Norvège et d’autres pays pour leur permettre de participer à certains projets. Cependant, les 25 États membres participant à la Coopération structurée permanente (CSP) décident actuellement de la structure de gouvernance de la CSP.

Pour le moment, les diplomates et les politiciens britanniques restent confiants que, au moins dans le domaine de la défense, le Brexit ne devrait pas changer les relations avec l’Europe. Le Royaume-Uni est le deuxième plus grand bailleur de fonds militaires de l’OTAN et les autres États membres de l’UE perdraient donc beaucoup à l’exclure.

« Les Français sont très attachés à l’idée d’un traité de défense et de sécurité, nous pouvons faire beaucoup de choses ensemble », a déclaré Tom Tugendhat, un député conservateur qui préside le comité des Affaires étrangères du Parlement britannique.

La coopération UE-OTAN ne sera plus que militaire

Le lutte contre la propagande et les cyberattaques est évoquée dans  nouveau partenariat stratégique. Une première.

Le service de défense et de renseignement souhaite également la continuité dans le domaine de la défense. Robert Hannigan, l’ancien chef du service de renseignement britannique, a averti que les entreprises de défense britanniques déclineraient si elles perdaient la possibilité de collaborer avec le secteur de la défense de l’UE.

Cependant, accorder un statut spécial à Londres pourrait être problématique pour l’UE, qui entretient déjà des relations houleuses avec la Turquie, également membre de l’OTAN.

En attendant, les incertitudes liées à l’article 50 se font sentir. La semaine dernière, le ministère de la Défense est revenu sur sa proposition de diriger le Groupement tactique de l’UE en 2019, à cause du Brexit.

Dans un communiqué, le ministère assure toutefois que « l’engagement inconditionnel [du Royaume-Uni] à la sécurité européenne » reste inchangé. « Comme nous l’avons dit, nous voulons mettre en place un partenariat profond et spécial dans ce domaine et ne voyons aucune raison que celui-ci ne soit pas opérationnel dès 2019 », ajoute le ministère.

Cette attitude de realpolitik devrait l’emporter au final. La France espère que la CSP et autre instrument mèneront à une plus grande implication des autres pays, à la fois au niveau financier et opérationnel, notamment dans le Sahel. Il serait donc dans son intérêt de continuer à profiter des fonds et de l’expérience du Royaume-Uni.

« Idéalement, Londres devrait être en mesure de se joindre aux initiatives qui l’intéresse. Le seul problème sera l’argent », conclut Sophia Betsch. « Contrairement au commerce, ce n’est pas un secteur à somme nulle. Tout le monde peut en sortir gagnant. »

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