Un expert de l’ONU s’inquiète des conditions de détention des migrants en Hongrie

Policier hongrois à la frontière avec la Serbie. [EPA/SANDOR UJVARI]

Un expert des Nations unies a exprimé ses inquiétudes vis-à-vis des conditions de détention des migrants dans les zones de transit hongroises, appelant les autorités à déplacer les familles et les enfants dans des centres dotés de meilleures installations sanitaires.

L’expert des droits humains à l’ONU, Felipe González Morales, a passé huit jours en Hongrie pour surveiller la situation des migrants. Selon lui, ces derniers sont instrumentalisés à des fins politiques.

« Dans ce pays, les migrants sont présentés comme des ennemis dangereux dans les discours publics et officiels », a déclaré Felipe González Morales, appelant les autorités hongroises à mettre fin à l’état d’urgence.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a été réélu en 2018 avec un véritable programme anti-immigration. Il est l’un des plus farouches opposants à l’immigration dans l’UE, qui a atteint des records en 2015, quand la Hongrie a décidé d’ériger une barrière à ses frontières.

En Hongrie, les migrants sont associés au terrorisme et à des menaces pour la sécurité. Selon l’expert, l’approche tournée vers la sécurité ne reconnaît pas les droits des migrants et a mené le gouvernement à adopter des mesures disproportionnées par rapport à la situation.

La Hongrie a été l’un des principaux points de passage des migrants et son « état d’urgence » en place depuis 2015, est en vigueur jusqu’au 7 septembre 2019. Le gouvernement pourrait étendre cette période à six mois supplémentaires, comme il l’a déjà fait par le passé.

La Hongrie prolonge l’état d’urgence malgré l’absence de migrants

Le gouvernement hongrois a prolongé de six mois l’état d’urgence pour cause d’immigration massive, alors qu’au mois d’août seules 13 personnes ont essayé de traverser les frontières du pays de manière illégale. Un article d’Euroefe.

Il existe deux zones de transit à la frontière avec la Serbie et seulement deux endroits où les demandeurs d’asile peuvent déposer leur dossier. Ces camps de détention sont aussi des logements où les candidats peuvent rester durant toute la période de leur procédure d’asile.

Lors de la visite de Felipe González Morales, 280 personnes se trouvaient dans les zones de transit de Röszke et Tompa, à la frontière de la Serbie. Plus de 60 % d’entre elles étaient des enfants et la plupart étaient détenus depuis plus d’un an.

Selon l’expert, l’impossibilité de quitter ces zones sauf en direction de la Serbie, couplée aux barrières de fils barbelés tranchants autour du périmètre, font de ces lieux des camps de détention.

Zoltan Kovacs, porte-parole de Viktor Orbán, a balayé le rapport de Felipe González Morales d’un revers de la main. L’immigration représente un risque pour la sécurité, soutient-il, et l’immigration illégale doit être stoppée.

« La clôture restera là où elle se trouve, elle garantit la sécurité du peuple hongrois », a-t-il déclaré.

« Felipe González Morales reproche à la Hongrie d’appeler cela une crise migratoire, alors que c’est bien de cela qu’il s’agit. De 30 à 35 millions de personnes se trouvent aux frontières d’Europe orientale et méridionale prêtes à tout moment à embarquer pour un voyage vers l’Europe. »

L’expert onusien critique quant à lui les conditions de détention de ces zones de transit, notamment les soins psychologiques et médicaux inappropriés.

« Selon les informations collectées lors de ma visite, un docteur est présent dans les zones de transit quelques heures par jour seulement. Il n’y aucun pédiatre ou gynécologue alors qu’un grand pourcentage des demandeurs d’asile sont des enfants et des femmes. Les femmes et les enfants atteints de maladies chroniques et de cancers restent sans traitement pendant des mois », s’insurge Felipe González Morales.

La Hongrie veut la peau des ONG d’aide aux migrants

En guerre contre les ONG portant assistance aux migrants, la Hongrie a réclamé – en vain – la fin des subventions européennes qui leur sont accordées lors d’une réunion à Bruxelles.

Il appelle la Hongrie à mettre un terme à la pratique de détention administrative d’enfants et propose une alternative : le Centre d’accueil ouvert pour demandeurs d’asile de Vámosszabadi, qui a une capacité d’entre 200 et 300 personnes et est actuellement occupé par 11 personnes seulement.

Lors d’une session du Conseil économique et social de l’ONU à New York, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a qualifié d’inacceptable une proposition demandant aux pays de fournir aux migrants illégaux des soins de santé équivalents à ceux des citoyens.

Selon lui, les immigrés illégaux ne doivent pas avoir droit au même niveau de soin de santé que ceux donnés aux « contribuables honnêtes ».

Felipe González Morales s’inquiète par ailleurs du respect du droit en cas de refus puisque les demandeurs d’asile n’ont que trois jours pour soumettre un recours à une décision négative.

« On ne donne pas aux demandeurs d’asile la chance de comparaitre devant un juge, ni physiquement ni en vidéo. Dans les zones de transit, un container sert de tribunal mais aucun des demandeurs d’asile à qui j’ai parlé n’y est entré ou a parlé à un juge, même ceux qui se trouvent là depuis plus d’un an », a constaté l’expert.

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