Un ministre irlandais assailli par les eurodéputés favorables au traité [FR]

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Hier 6 octobre, le ministre des Affaires étrangères Micheál Martin a été mis sur la sellette par la commission des Affaires constitutionnelles (AFCO), qui l’a pressé d’exposer une solution concrète au « problème irlandais ».

Toutefois, M. Martin a résisté à la pression, estimant qu’il serait contreproductif de prendre des mesures trop rapidement. Il a d’ailleurs rappelé que le référendum irlandais s’est déroulé il y a quatre mois seulement.

En revanche, il a indiqué que le gouvernement irlandais préconisait plutôt une approche « pas à pas » en renforçant le consensus avec les partenaires européens.

Lisbonne ou Nice ?

Selon les récents rapports publiés dans les médias irlandais, la tenue d’un second référendum avant les élections européennes de l’année prochaine semble extrêmement improbable. Cela créerait une situation politique potentiellement délicate puisque les élections se dérouleraient alors sur la base du traité de Nice. Seuls 736 eurodéputés seraient donc élus, alors que le traité de Lisbonne fixe à 751 le nombre d’eurodéputés. 

Les eurodéputés favorables au traité de Lisbonne ont fait part de leur consternation, certains appelant à une ratification irlandaise avant juin prochain. Jo Leinen, eurodéputé allemand et président de l’AFCO, a déclaré que sa commission tient à ce que le traité de Lisbonne soit ratifié par l’ensemble des 27 Etats membres avant les prochaines élections du Parlement européen. Il a également signalé que 24 pays membres l’avaient ratifié jusqu’ici et que les deux derniers – la Suède et la République tchèque – devraient sans doute le faire bientôt.

Défié à brûle-pourpoint par l’eurodéputé de l’ADLE Andrew Duff, M. Martin a pourtant refusé de formuler une date pour un second référendum, si second référendum il y a.

Néanmoins, il a bel et bien confirmé que le gouvernement irlandais résoudrait la question des traités de Nice et de Lisbonne lors du sommet européen de la semaine prochaine. Cela clarifierait non seulement les fondements des élections de l’année prochaine, mais aussi le nombre de commissaires européens qui prendraient part à la prochaine Commission. En effet, le traité de Nice prévoit de faire passer leur nombre au dessous de 27 l’année prochaine alors que le traité de Lisbonne envisage de le réduire à 15 d’ici 2014 (EURACTIV 19/06/08).

De nombreux eurodéputés inquiets ont rappelé l’urgente nécessité du traité de Lisbonne en vue d’aider l’UE à aborder le nombre grandissant de problèmes mondiaux comme l’actuelle crise financière. Certains ont comparé l’approche attentiste irlandaise à « En attendant Godot ». Dans cette célèbre pièce de théâtre de Samuel Beckett, deux personnages attendent un individu dénommé Godot qui finit par ne jamais arriver. L’eurodéputé roumain Adrian Severin n’a d’ailleurs pas tardé à signaler qu’on ne peut pas se permettre d’attendre Godot puisque Godot ne vient jamais. 

Mais M. Martin a indiqué qu’une proposition définitive pour aborder le « non » irlandais serait présentée lors du sommet de décembre.

Micheál Martin, le ministre irlandais des Affaires étrangères, a déclaré qu’il comprenait complètement l’anxiété européenne par rapport aux progrès à effectuer sur le traité de Lisbonne. Il a affirmé que l’Irlande était pleinement consciente des attentes de ses partenaires.

Les eurodéputés Inigo Mendez de Vigo (PPE) et Richard Corbett (PSE) ont indiqué que l’UE doit coopérer plus étroitement avec le gouvernement irlandais afin de trouver une solution. « Ce n'est pas un problème irlandais, c'est un problème européen », a souligné M. de Vigo. 

Les eurodéputés Jean-Luc Dehaene (PPE), Enrique Baron Crespo (PSE), Andrew Duff (ADLE) et Johannes Voggenhuber (Verts/ALE) ont interrogé M. Martin à propos du prétendu recours – largement relayé par la presse – à des fonds américains pour financer la campagne du « non ». Andrew Duff a en outre demandé si le gouvernement irlandais s’engagerait à mettre de l’ordre dans les lois relatives au financement des campagnes référendaires afin d’éviter de répéter cette situation dans l’éventualité d’un second référendum. 

Suite au rejet irlandais du traité de Lisbonne en juin 2008, le gouvernement du pays a mis en place une commission parlementaire pour mener un débat national sur les résultats du référendum et leurs conséquences pour l’Irlande et l’UE.

Le travail de cette commission doit se conclure avant la fin novembre afin de permettre à l’Irlande de présenter un compte rendu lors de la réunion de décembre du Conseil européen. 

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