Une majorité de dirigeants veut que le gouvernement revoie sa loi sur les retraites

EPA-EFE/IAN LANGSDON

Interrogés par OpinionWay pour La Tribune/LCI et CCI-France, 57 % des chefs d’entreprise ne souhaitent pas que le gouvernement maintienne en l’état son projet de loi sur les retraites. Un article de notre partenaire, la Tribune.

La bataille de l’opinion est loin d’être gagnée pour le gouvernement d’Edouard Philippe. Selon le dernier baromètre réalisé par OpinionWay pour La Tribune, LCI et CCI France, une majorité de dirigeants (57 %) interrogés indique que le gouvernement doit modifier son projet de loi ou le retirer. À l’opposé, seulement 26 % estiment que l’exécutif doit le maintenir tel quel. Enfin, 16 % n’ont pas souhaité se prononcer. Il faut souligner que les entretiens « ont débuté le lundi 9 décembre, soit deux jours avant la présentation par Edouard Philippe du projet de réforme des retraites, et se sont terminées le lundi 16 décembre 2019 » tiennent à préciser l’organisme de sondages.

De son côté, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a expliqué que l’organisation patronale était dans une position inconfortable actuellement. « Le paradoxe c’est qu’on n’était pas du tout demandeur de cette réforme. La retraite à point, c’est une vieille idée de la CFDT », et « c’était dans le programme du président de la République », a-t-il déclaré au micro de RMC/BFMTV. Interrogé sur son soutien au projet gouvernemental, M. Roux de Bézieux a nuancé : « Ce n’est pas qu’on y adhère, c’est que maintenant qu’il est sur la table, il faut qu’il soit équilibré ». Après la présentation de projet par Edouard Philippe le 11 décembre, le président du Medef avait estimé que les propositions du Premier ministre représentaient un « bon équilibre » entre une « réforme redistributive » et la nécessité de « travailler plus longtemps ».

4 chefs d’entreprise sur 10 veulent que l’exécutif revoie sa copie

Dans le détail, 42 % des chefs d’entreprise ont déclaré que le gouvernement devait modifier son projet. Sur ce total, 21 % souhaitent une modification à la marge du projet de réforme et 21 % plaident pour une modification en profondeur. Derrière cette moyenne, des disparités entre les secteurs subsistent. Si 52 % des industriels veulent que l’exécutif veuille une modification du projet, ils ne sont que 37 % dans la construction. Dans les services, ils sont 43 % exprimer cet avis contre 41 % dans le commerce.

Une majorité favorable à la retraite par points

Le calcul de la retraite par points constitue un point d’achoppement majeur dans le débat explosif sur la réforme. Le principe « d’un euro cotisé donnant les mêmes droits » a été fortement contesté par des économistes et des syndicats. Chez les dirigeants, les avis sont partagés. 53 % ont répondu qu’ils étaient favorables au passage de la retraite à points pour tous. 8 % sont tout à fait favorables et 45 % sont plutôt favorables. À l’inverse, 24 % ont signalé qu’ils étaient plutôt opposés, 10 % tout à fait opposé, et 13 % ont répondu qu’ils ne savaient pas.

Sur la question de l’allongement de la durée de cotisation, une majorité de répondants (49 %) ont déclaré qu’ils étaient opposés à cette proposition. En revanche, 39 % des personnes interrogées étaient plutôt favorables, 3 % étaient très favorables et 8 % ont répondu qu’ils ne savaient pas.

Les patrons inquiets d’une poursuite des mouvements sociaux en 2020

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement et les syndicats ont entamé un bras de fer sans qu’une issue claire apparaisse vraiment. À l’approche des fêtes de fin d’année, plusieurs fédérations professionnelles et organisations patronales ont fait part de leur anxiété sur la poursuite du mouvement de grève. Sur l’ensemble des aléas testés par l’organisme de sondages, la poursuite des mouvements sociaux apparaît en première position. 35 % des répondants ont déclaré que ce facteur était « une des menaces les plus inquiétantes pour leur entreprise en 2020 ». Ce sentiment est bien plus partagé dans les commerces (35 %) et les services (37 %) que dans la construction (31 %) et l’industrie (26 %).

Au classement des facteurs les plus inquiétants, arrivent ensuite l’arrivée de nouveaux acteurs (23 %), le risque d’une récession pour l’économie mondiale (14 %) ou le développement des plateformes numériques. En revanche, il semble que les dirigeants soient plus optimistes pour la conjoncture mondiale en 2020. En effet, seulement 10 % ont répondu qu’ils étaient inquiets par les tensions commerciales internationales. Cette proportion est encore plus réduite (5 %) pour l’entrée en vigueur du Brexit. Les résultats des dernières élections générales au Royaume-Uni, avec la victoire des conservateurs, ont contribué à réduire certaines incertitudes. Il reste néanmoins de nombreuses questions sur l’évolution des négociations commerciales qui se profilent entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Par ailleurs, les dernières annonces des États-Unis et de la Chine sur la signature d’un accord préliminaire laissent entrevoir une trêve dans le conflit commercial qui oppose les deux plus grandes puissances mondiales.

Réforme des retraites. Les quatre portes de sortie de l’exécutif

Le Premier ministre annonce, ce mercredi 11 décembre, ses arbitrages concernant la réforme controversée. En attendant, les syndicats maintiennent la pression. Quelles pistes pour entrevoir l’issue du conflit ? Un article de notre partenaire Ouest-France.

L’optimiste perd du terrain

Malgré ces signes d’apaisement sur la scène internationale, l’optimisme est en perte de vitesse chez les dirigeants interrogés. L’indicateur qui prend en compte les questions de confiance à l’égard de l’évolution de l’économie et d’appréciation de la situation actuelle est passé de 108 à 93 entre novembre et décembre. Cette chute concerne aussi bien les entreprises de 0 à 9 salariés que les plus grands établissements. Le sentiment de confiance chez les cadres dirigeants est en repli de 10 points entre les deux derniers mois de l’année. 44 % des personnes interrogées se sentent confiants en décembre contre 54 % en novembre. Le sentiment d’optimisme est également en recul (-2 ; 33 %) sur la même période. En revanche, la proportion de répondants qui expriment un sentiment d’inquiétude est en hausse, passant de 23 % à 29 % entre novembre et décembre.

Si la Banque de France et l’Insee n’ont pas révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour le dernier trimestre 2019, les économistes des deux institutions font état d’un possible ralentissement de l’activité au moins au cours du premier trimestre. Pour 2020, les conjoncturistes de la banque centrale anticipent un essoufflement du PIB avec une progression à 1,1 % contre 1,3 % pour 2019.

 

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