Meilleure synchronisation des troupes en Europe et en Afrique : la volonté de Washington ravit la France

Les déplacements des troupes militaires entre l’Afrique et l’Europe en temps de crise devraient être facilités et ainsi permettre une meilleure synchronisation parmi les alliés européens de l’OTAN et l’Afrique, ont déclaré les autorités américaines mardi (23 février). EPA-EFE/ZSOLT SZIGETVARY HUNGARY OUT [EPA-EFE/ZSOLT SZIGETVARY]

Les déplacements des troupes militaires entre l’Afrique et l’Europe en temps de crise devraient être facilités et ainsi permettre une meilleure synchronisation parmi les alliés européens de l’OTAN et l’Afrique, ont déclaré les autorités américaines mardi (23 février) ; une annonce qui ravit la France, ayant reproché à maintes reprises de faire cavalier seul dans la région du Sahel.

En novembre dernier, le Pentagone a fusionné les forces américaines chargées des déploiements militaires en Afrique et en Europe en un seul endroit, sous le contrôle d’un général quatre étoiles.

Le QG de l’USAREUR-AF nouvellement formé se situera à Wiesbaden, Allemagne, ancien siège de la US Army Europe ; les troupes de la US Army Africa formaient quant à elles la Task Force pour l’Europe méridionale, installée à Vinceza en Italie.

Cette fusion témoigne du caractère enchevêtré de la sécurité entre les deux continents, a déclaré le général de cette nouvelle entité, Christopher Cavoli, lors d’un point presse.

« Ainsi, l’armée américaine pourra renforcer ses engagements sur le plan de la sécurité en Europe et en Afrique et focaliser davantage son attention sur les défis y afférents », a-t-il renchéri.

« Cette fusion reflète la façon dont nous nous positionnons afin de pouvoir penser régionalement, et dans ce cas de part et d’autre d’un hémisphère. »

« La situation géographique et les liens économiques étroits entre les deux continents indiquent que les problèmes de sécurité régionale, s’ils ne sont pas contrôlés, se propagent rapidement d’une région à une autre », a fait savoir M. Cavoli.

« Cet étoffement [des relations] permet une meilleure synchronisation dans les opérations militaires en Afrique avec nos alliés européens de l’OTAN […] Il constitue donc un avantage considérable de part et d’autres de la Méditerranée. »

Christopher Cavoli a souligné que le ministère américain de la Défense coopérerait étroitement avec ses partenaires à travers le monde, notamment au Mali, où les forces armées états-uniennes soutiennent l’opération « Barhkane » menée par la France.

L’Hexagone avait d’ailleurs déploré à maintes reprises le fait qu’il était l’un des seuls à œuvrer pour que la région du Sahel ne devienne pas une menace majeure à la sécurité internationale.

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Le président sortant de la Commission européenne a souligné que l’armée française défend  seule l’honneur et la sécurité de l’Europe, dans un message assez direct à l’Allemagne.

« Les États-Unis ont hâte que leurs alliés européens mènent la barque dans ce sens », a-t-il soutenu, avançant que les missions militaires américaines en Afrique consistaient d’une part à soutenir la lutte contre le terrorisme et d’autre part à renforcer les capacités des pays partenaires dans le domaine de la sécurité.

Son commandant adjoint, Andrew Rohling, a appuyé le besoin de formations pour prévenir des attaques employant des engins explosifs improvisés à travers l’Afrique, et ce en plus de formations médicales et d’entraînements sur le terrain.

« La violence dans cette région est montée en flèche », a-t-il indiqué. « Les attaques terroristes dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont doublé entre 2018 et 2019 […] Les organisations extrémistes, telles qu’Al-Shabaab et Boko Haram, représentent une menace constante ».

« Il s’agit d’ennemis violents et puissants qui orchestrent de nombreuses attaques contre la population africaine, les membres des forces américaines et internationales, et les civils », a-t-il poursuivi, faisant référence au meurtre de l’ambassadeur italien Luca Attanasio en République Démocratique du Congo (RDC).

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Plus tôt cette année, des soldats français de l’Opération Barhkane dans la région du Sahel ont perdu la vie lors d’attaques extrémistes.

La rapidité de réaction en situation de crise soulève plusieurs points sensibles au sein de la US Army Africa, et ce depuis l’attaque de l’enceinte diplomatique américaine à Benghazi, Libye, en 2012.

Entretemps, Washington a par exemple créé une composante maritime à la Force de réaction de l’OTAN. Celle-ci est sise en Espagne et constitue un groupe de forces à haut niveau de préparation, qui peut être rapidement déployé.

En outre, M. Cavoli a mis en exergue les volontés de la Russie d’utiliser des opportunités diplomatiques, économiques, et dans certains cas militaires, pour étendre sa présence et son influence dans la région.

Les stratégies de l’armée américaine en Afrique sont-elles influencées par cette présence russe, notamment en Libye et au Soudan ? À cette question, M. Cavoli répond : « les opérations et investissements américains en Afrique relèvent des intérêts américains et des intérêts que nous partageons avec nos alliés. Il s’agit de l’Afrique et des États-Unis, et personne d’autre. »

« Nous offrons un modèle différent. Nous offrons une stabilité. Nous luttons contre le terrorisme. Nous promettons le respect de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit. »

Les plans de retrait des troupes américaines

Par le passé, le Pentagone a procédé à un examen des forces américaines dans le monde entier avant que le différend de longue date entre l’ancien président américain Donald Trump et l’Allemagne n’éclate au grand jour.

En effet, les relations germano-américaines ont connu une période à vide sous la présidence de Donald Trump, ce dernier condamnant sans arrêt l’Allemagne de ne pas dépenser assez en matière de défense : selon les accords de l’OTAN, 2 % du budget allemand devraient être prévus à cet effet. Cette accusation était fondée et elle avait déjà été soulevée par Barack Obama auparavant.

Toutefois, Donald Trump avait été plus loin, en menaçant de retirer les troupes américaines du territoire d’outre-Rhin.

Désormais, Berlin espère de Joe Biden qu’il réévaluera cette décision.

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2021, synonyme de nouveau départ pour les relations transatlantiques. Les alliances américano-européennes depuis la Deuxième Guerre mondiale ont grandement façonné le caractère du monde occidental actuel. L’Allemagne et la France y ont d’ailleurs joué un rôle crucial.

Cependant, tous les plans liés au retrait des troupes d’Allemagne prévus par l’administration Trump ont été mis en suspens jusqu’à ce que le nouveau chef du Pentagone, Lloyd Austin, examine la question de plus près, comme l’a annoncé en février le général Tod Wolters, chef du commandement américain en Europe.

M. Austin devrait prendre des décisions sur ces points dès le mois de juin ; des décisions susceptibles d’influencer la présence américaine sur le continent.

En décembre, M. Trump avait ordonné le retrait de quelque 800 soldats américains de la Somalie, en partie pour tenir la promesse faite lors de sa campagne : ramener les soldats américains des conflits lointains.

« Notre situation en Somalie ne change pas notre engagement à maintenir la pression sur les extrémistes violents dans la région », a conclu M. Rohling, ajoutant que les États-Unis continuaient à y former la brigade d’élite Danab.

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