Margrethe Vestager, star de la Commission Juncker

Margrethe Vestager a séduit les Européens. [© European Union, 2018 / Source: EC - Audiovisual Service]

Selon un sondage en ligne, la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, est le membre le plus populaire de la Commission et pour la succession de Jean-Claude Juncker.

Une enquête en ligne réalisée par le cabinet d’affaires publiques Burson, Cohn & Wolfe (BCW), en collaboration avec Euractiv, proposait aux participants de donner leur avis sur les performances de chaque commissaire, en leur donnant une note de 0 à 10.

Avec un taux d’approbation de 50,2 %, Margrethe Vestager est la seule des 28 membre de la Commission de Jean-Claude Juncker à avoir obtenu un score supérieur à 50 %. La Danoise arrive juste devant Federica Mogherini, responsable des affaires étrangères de l’UE (49,6 %), Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission (46,9 %) et Cecilia Malmström, commissaire européenne au commerce (44,7 %).

Jean-Claude Juncker lui-même s’est classé cinquième, avec un score de 44,4 %. Au bas de l’échelle se trouve Tibor Navrascics, le commissaire hongrois à l’éducation, qui n’a reçu qu’une note d’approbation de 19 %, juste derrière le croate Neven Mimica, le commissaire européen chargé de l’aide au développement, avec 20,6 %.

Lorsqu’il a commencé son mandat en 2014, Jean-Claude Juncker a présenté sa nouvelle équipe comme la « Commission de la dernière chance » et a appelé le Parlement européen à l’aider à rapprocher l’UE de ses citoyens.

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Meilleur bilan que Barroso

Près de cinq ans plus tard, l’enquête de BCW brosse un tableau mitigé de la performance du Luxembourgeois. La Commission Juncker dans son ensemble a obtenu une note moyenne de 46 %, une performance « plutôt décevante », selon le cabinet, bien qu’elle soit globalement conforme aux enquêtes réalisées lors des précédents mandats de la Commission.

Néanmoins, la plupart des personnes interrogées (41 %) estiment que la Commission actuelle est « meilleure » que la précédente, dirigée par l’ancien Premier ministre portugais José Manuel Barroso. Seulement 34 % des personnes interrogées ont déclaré que la Commission Juncker s’en sortait « moins bien » que celle de Barroso et 26 % ont déclaré qu’elle avait obtenu « les mêmes résultats ».

Près de 1 800 personnes ont participé à l’enquête, qui s’est déroulée en ligne du 9 octobre au 3 décembre 2018. La plupart des personnes interrogées résident à Bruxelles (38,5 %), le reste venant du Royaume-Uni (10,2 %), de France, d’Allemagne (5,6 % chacun) et d’autres pays européens.

Vestager, la star

Selon BCW, il n’est « pas surprenant » que Margrethe Vestager soit arrivé en tête du classement. « Beaucoup la considèrent comme la star de la Commission Juncker », souligne le cabinet dans les commentaires accompagnant l’enquête, affirmant que la Danoise apparait à la fois comme « intelligente, forte, articulée et empathique ».

« Elle a notamment interprété que l’évitement fiscal faisait partie de son portefeuille, étant donné que le phénomène portait atteinte à la liberté et à l’équité des marchés », font remarquer les analystes. Au cours de son mandat, Margrethe Vestager a en effet mené une campagne de répression très médiatisée contre l’évasion fiscale des entreprises, ciblant des géants tels que Fiat, Starbucks, Amazon et McDonald.

Des géants de la technologie se sont également retrouvés dans la ligne de mire du chef du service antitrust de l’UE. La commissaire redoutée a infligé à Google une amende record de 4,3 milliards d’euros pour avoir lié son moteur de recherche phare à son système d’exploitation mobile Android. Et elle a ordonné au gouvernement irlandais de réclamer à Apple un montant record de 13 milliards d’euros en taxes impayées.

Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, est clairement la favorite pour succéder à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, selon l’enquête. [Burson Cohn & Wolfe (BCW)]

Réussites plus discrètes

Certaines réussites majeures de la Commission Juncker sont passées plutôt inaperçues. Ainsi, l’Estonien Andrus Ansip, vice-président de la Commission chargé du marché unique numérique, a obtenu un taux d’approbation de 26,1 % seulement, alors qu’il a mené une vaste refonte du paysage numérique européen avec sa stratégie pour le marché numérique, dévoilée en 2015.

Cet ancien Premier ministre, qui se présentera sur les listes électorales, a également été le fer de lance du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui est devenu une caractéristique de l’Union européenne, reconnue dans la Silicon Valley, ainsi que d’une réforme du droit d’auteur en ligne axée sur le consommateur.

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De même, le commissaire européen chargé de l’énergie et du climat, Miguel Arias Cañete, n’a reçu qu’une note de 27,6 %, malgré l’adoption d’un paquet massif de lois sur l’énergie propre, qui comprenait de nouveaux objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables et de rendement énergétique.

Négociation du Brexit

En fin de compte, Jean-Claude Juncker ne trouve du réconfort que dans la gestion du Brexit et la nomination du Français Michel Barnier comme négociateur en chef pour l’UE.

« Ce n’était pas un rôle que l’UE voulait créer, mais ils ont trouvé la perle rare en la personne de Michel Barnier », selon BWC. L’ancien ministre français des Affaires étrangères et commissaire européen est plébiscité pour sa gestion des difficiles négociations entourant le Brexit et pour avoir maintenu l’Europe unie à un moment où elle en avait le plus besoin.

« Il a tenu son cap avec gravité et grandeur », lit-on dans l’enquête, qui ajoute que « son expérience lui a permis d’avoir des années-lumière d’avance sur ses homologues britanniques » pendant les négociations. Toutefois, cela n’a pas suffi à lui permettre de se hisser au premier rang du classement.

Quand on demande aux répondants qui devrait succéder à Jean-Claude Juncker, c’est en effet Margrethe Vestager, avec 20 % des voix, qui arrive en première position, suivie de l’ancien Premier ministre finlandais, Alexander Stubb (7 %), de Frans Timmermans (6 %), puis seulement de Michel Barnier (5 %).

Manfred Weber, le principal candidat du Parti populaire européen (PPE), est crédité d’un taux d’approbation de 4 %.

Parmi les autres candidats (peu probables) mentionnés par les personnes interrogées figurent la chancelière allemande Angela Merkel (5 %) et le porte-flambeau anti-UE Nigel Farage (3 %), ce qui suggère que les résultats du sondage ne sont pas à prendre au pied de la lettre.

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Le climat avant tout

En ce qui concerne les priorités de la prochaine Commission, la plupart des répondants (38 %) ont cité l’environnement et le changement climatique comme la priorité politique la plus importante pour le prochain exécutif européen.

Viennent ensuite la démocratisation de l’UE (28 %), suivie de l’immigration et de l’économie (24 % chacun). La politique de défense et de sécurité n’est considérée comme une priorité que par 18 % des personnes interrogées, même si elle a pris de l’ampleur au cours des dernières années et devrait continuer à figurer à l’ordre du jour de l’UE.

Une autre indication claire ressort de l’enquête : une majorité des personnes interrogées (54 %) a demandé un équilibre égal entre les sexes au sein de la prochaine Commission et une plus grande diversité ethnique (49 %). Sur les 28 commissaires actuels, seuls neuf sont des femmes (32 %) et il n’y a que des blancs.

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