Allemagne. Vent debout contre l’accord sur la réforme de la PAC

L’accord conclu par les ministres européens de l’Agriculture sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) a essuyé plusieurs critiques de la part de l’opposition et des sociaux-démocrates (SPD) au sein du parlement allemand. EPA-EFE/FRANCOIS WALSCHAERTS / POOL [EPA-EFE/Francois Walschaerts]

L’accord conclu par les ministres européens de l’Agriculture sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) a essuyé plusieurs critiques de la part de l’opposition et des sociaux-démocrates (SPD) au sein du parlement allemand. Un article d’Euractiv Allemagne.

Mercredi (21 octobre), la ministre allemande de l’Agriculture Julia Klöckner (CDU) a présenté les conclusions tirées avec ses homologues européens à la suite d’âpres négociations sur la prochaine PAC, lors desquelles elle représentait la présidence allemande du Conseil de l’UE. La réunion avait pour objectif de dessiner les contours de la politique agricole européenne au cours des sept prochaines années. La réforme contestée de la PAC en constitue le facteur le plus important – comment répartir ses 387 milliards d’euros au sein de la filière agricole européenne ?

Parallèlement au Pacte vert pour l’Europe, qui entend rendre l’UE plus soucieuse de l’environnement, le secteur agricole devait également créer des incitations financières afin de mettre l’agriculture au vert, du moins selon les objectifs de présidence allemande au Conseil de l’UE. D’après Mme Klöckner, le compromis trouvé reflète un équilibre entre la protection environnementale et animale, ainsi qu’une garantie pour la sécurité alimentaire à travers le bloc.

La transition verte de la PAC divise les politiques français

Les ministres de l’Agriculture de l’UE sont arrivés ce mercredi (21 octobre) à un accord sur la réforme de la politique agricole commune (PAC). En ce qui concerne la transition verte de la PAC, les réactions des parlementaires français sont contrastées.

Des subventions pour une agriculture soucieuse de l’environnement

Point central de ce nouvel accord : les « echo-schemes », ce dispositif qui permettrait de récompenser les exploitants agricoles pour leurs services rendus à l’environnement. Le Conseil de l’UE a ainsi décidé que les États devraient leur octroyer 20 % de paiements directs de l’UE.

Pour la gauche allemande au Bundestag, cette part n’est pas assez élevée, comme l’explique leur porte-parole chargé du dossier Kirsten Tackmann : « 20 % ne sont pas suffisants pour assurer la transition écologique de l’agriculture et en garantir sa durabilité ». Au mieux, l’accord conclu n’est qu’« une avancée hésitante pour la filière, alors que nous aurions besoin de redoubler d’efforts en la matière », a-t-elle déploré, rappelant que le Parlement européen s’était déjà prononcé en faveur d’«éco-dispositifs » à hauteur de 30 %.

Les Verts ont également exprimé leur mécontentement face à ce compromis qui, pour Friedrich Ostendorff, porte-parole vert chargé des questions agricoles, engendre une nouvelle marche arrière pour les sept années à venir. Il regrette particulièrement que l’octroi des subventions agricoles soit fonction de la taille de l’exploitation et non des services fournis. « Les eco-schemes volontaires proposés représentent un pas en arrière pour les nations européennes […] Avec ses propositions, Julia Klöckner détourne la population du droit chemin, manque une chance de faire de la PAC un instrument efficace grâce à une démarche ambitieuse et abandonne les agriculteurs et agricultrices à leur sort », a-t-il indiqué.

Critiques des sociaux-démocrates

L’opposition n’est pas la seule à avoir formulé des critiques face au compromis, les sociaux-démocrates (SPD) partenaires de la Groko au pouvoir ont qualifié les conclusions tirées de « trop légères ». Rainer Spiering, porte-parole du SPD en la matière, a maintenu que la nouvelle réorientation des fonds européens octroyés à l’agriculture était « un élément fondamental pour opérer une transition sans plus attendre dans le domaine agricole, et ce, sur le plan de la protection du climat, de l’environnement ainsi que des animaux ». Les grandes entreprises agricoles profiteront de ces décisions, au détriment de l’agriculture paysanne, a-t-il avancé.

Nouvelle PAC : "Surtout ne pas ressembler à l'ancienne"

L’agriculture, responsable de 29% des émissions de gaz à effet de serre en Europe : c’est ce qu’a reconnu la Commission européenne dans sa stratégie alimentaire « De la ferme à la fourchette ». Ce dispositif entre dans une phase cruciale avec la nouvelle PAC qui doit faire l’objet d’un vote au Parlement européen en fin de semaine.

Aux yeux des libéraux (FDP), l’accord pris par le Conseil de l’UE n’est qu’un premier pas « afin de se distancer des paiements directs de la politique agricole commune et de s’axer davantage sur une rémunération des services rendus pour protéger l’environnement et les animaux », a annoncé Frank Sitta, vice-président des libéraux au Bundestag.

De son côté, le bloc conservateur (CDU/CSU) s’est dit « satisfait » des résultats des négociations. En effet, le porte-parole Albert Stegemann a félicité le fait que « les familles agricoles bénéficient d’aides financières fiables pour les sept prochaines années. Cela leur permettra de continuer à garantir la sécurité alimentaire pour 450 millions d’Européens ».

Désormais, le trilogue (le Conseil de l’UE, la Commission et le Parlement) doit s’entretenir sur le sujet. Affaire à suivre.

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