Le lobbying pro-israélien et pro-glyphosate fait des remous au Parlement européen

Les amendements du PPE à la loupe. [Shutterstock]

Les eurodéputés ont récemment rejeté d’étranges amendements visant à renforcer le contrôle des ONG « qui agissent « contre les intérêts de l’UE ». Une enquête sur les origines de ces propositions mène à un groupe de pression pro-israélien et à un défenseur du glyphosate.

Des amendements pour renforcer les mesures de contrôle des ONG ont été présentés juste avant un vote parlementaire par le Parti populaire européen (PPE). Certaines des mesures ont été reprises telles quelles d’un rapport d’un eurodéputé allemand du groupe, Markus Pieper.

Dans son projet de rapport, qui date du mois de mars, Markus Pieper appelait à la suppression des aides européennes aux ONG « dont les objectifs sont contraires aux valeurs fondamentales de l’Union, à la démocratie, aux droits de l’Homme ou encore aux objectifs stratégiques des institutions de l’Union européenne en matière de commerce ou de sécurité ».

Le rapport a été bloqué par les Verts et les eurodéputés de gauche, qui souhaitaient attendre que la Cour des comptes publie des « données fiables » sur le sujet avant de prendre une décision.

Cela n’a pas empêché le PPE de tenter de porter les mêmes amendements au rapport sur la transparence, la responsabilité et l’intégrité au sein des institutions européennes, qui ont fait l’objet d’un vote le 14 septembre.

Une des propositions d’amendement de dernière minute appelait à l’instauration de restrictions sur le financement des organisations sauf « si elles se défendent à l’aide de faits vérifiables ». Le PPE s’opposait aussi à « tout soutien d’organisations diffusant à dessein de fausses informations ou dont les objectifs sont contraires aux valeurs fondamentales ou objectifs » de l’UE.

Un autre amendement demandait la mise en place d’un « code de conduite » pour les ONG requérant des financements européens. Celui-ci expliquerait comment se conformer aux « obligations juridiques et de transparence ».

Tous les amendements présentés par le PPE ont cependant été rejetés par les eurodéputés. Le parti a réagi en accusant les parlementaires de vouloir « garder le financement des ONG secret ».

« Nous ne devrions pas financer des organisations qui luttent contre l’Europe et ses valeurs, ou les personnes qui disséminent des fausses informations. Le groupe PPE veut la transparence. C’est exactement le sens de nos amendements », a commenté Markus Pieper.

Euractiv a contacté l’eurodéputé pour savoir à quelles actions des ONG ou fausses informations il faisait référence. Son bureau a répondu qu’il s’agissait « d’une question rhétorique », ajoutant que « les exemples de déni du changement climatique et de fausses déclarations sur les accords commerciaux sont bien connus ». Les services de l’eurodéputé ont refusé de donner des exemples plus précis.

D’où proviennent ces attaques contre les ONG ?

Civil Society Europe, la plateforme représentant les organisations de la société civile au niveau européen, a eu un peu plus de chance. Quand ses représentants ont demandé à l’assistante de Markus Pieper de révéler les sources du rapport, celle-ci a admis que l’eurodéputé avait reçu « des contributions d’experts externes », indique Carlotta Besozzi, coordinatrice de l’association. L’assistante n’a cependant pas voulu préciser de quels experts il s’agissait.

Les Verts dénoncent une attaque «à la hongroise» contre les ONG financées par l’UE

Les écologistes du Parlement européen demandent au Parti populaire européen (PPE) d’arrêter d’essayer de museler les ONG que l’UE soutient.

Angle israélien

Le groupe d’experts invités par le parti lors d’un événement intitulé « Évaluation d’impact : le financement européen des ONG », parrainé par l’eurodéputée PPE Patricja Sulin, en juin, pourrait donner de plus amples informations sur les intérêts stratégiques et commerciaux que Markus Pieper tente de protéger.

L’un des intervenants était un représentant de l’NGO Monitor, une organisation basée à Jérusalem dont la mission officielle, telle qu’indiquée dans le registre de transparence de l’UE, est de « promouvoir la responsabilité et de soutenir la discussion sur les rapports et activités des ONG qui assurent faire avancer les droits de l’Homme et défendre des programmes humanitaires ».

La seule activité enregistrée par NGO Monitor dans le registre est l’étude sur les financements européens de la commission parlementaire sur le contrôle budgétaire (CONT), c’est-à-dire le rapport de Markus Pieper.

Dans une opinion pour le Jerusalem Post, le président de l’association, Gerald Steinberg, critique le versement de « millions d’euros à des ONG politiques radicales qui […] promeuvent l’image de la victimisation palestinienne et de l’oppression israélienne ».

Ces accusations, qui ont été qualifiées d’« erronées et induisant en erreur » par l’ambassadeur européen en Israël, visaient Martin Schulz, alors président du Parlement, à qui il demandait d’« agir pour mettre un terme au rôle de l’UE dans la guerre politique contre Israël ».

Le financement européen de fabricants d'armes israéliens alerte des eurodéputés

Un groupe d’eurodéputés appelle à la vigilance sur l’accès aux financements européens d’entreprises israéliennes. Certains spécialistes de la défense comme Elbit Systems y ont accès, faute d’un encadrement suffisant de la part de l’UE. 

NGO Monitor semble s’être fait un allié en la personne de Markus Pieper, et vice-versa. Plus tôt cette année, l’association a publié un document de position félicitant l’initiative de l’eurodéputé et assurant que « nombre d’ONG bénéficiaires d’aides européennes promeuvent des objectifs politiques marginaux qui sont contraires aux politiques gouvernementales officielles des pays européens, comme les campagnes BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) anti-Israël ».

Une tournure très similaire à celle que l’on retrouve dans le rapport de Markus Pieper.

Défense du glyphosate

Le Canadien David Zaruk, assistant-professeur de communications à l’université de Saint Louis, à Bruxelles, faisait également partie des intervenants de l’événement du PPE au Parlement. Son profil Linkedin indique qu’il « a fait partie du Groupe consultatif en éthique de la recherche mis en place par la Commission européenne pour Horizon 2020 et participe en tant que spécialiste, rapporteur, conseiller éthique ou évaluateur à différents projets de recherches financés par l’UE », dont la directive sur les pesticides.

Le consultant en communication et gestion du risque assure en outre ne travailler « qu’avec des amis ».

Il contribue régulièrement au blog de Monsanto, pour lequel il défend le glyphosate. Sur son blog personnel, sous le pseudonyme de « risk monger », il accuse le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), de l’ONU, d’être infiltré par des activistes politiques.

Dans un autre billet, il accuse le « Parrain européen » de financer des ONG qui « attaquent les politiques commerciales, industrielles, énergétiques et agricoles européennes ». Il continue en louant « l’excellent rapport de Pieper » qui « reconnait le problème que j’ai dénoncé, la manière dont les ONG créent des réseaux complexes via lesquels l’argent circule secrètement, sans qu’aucun contrôle des autorités de financement ne soit possible ».

Il a refusé de répondre aux questions d’Euractiv sur sa contribution au rapport de l’eurodéputé et sur ses commanditaires.

Transparence

Civil Society Europe s’inquiète d’un mouvement qui vise spécifiquement les ONG, malgré le fait que tous les bénéficiaires de financements européens sont soumis aux règles de l’UE sur la question.

« En ciblant les ONG, ces propositions d’amendement ont détourné l’attention des influences néfastes des grandes entreprises et du devoir des institutions de respecter les règles de transparence et de prévenir les risques de conflits entre intérêts publics et privés », a affirmé un représentant de l’association.

« Il est troublant que presque tous les membres du PPE aient voté pour ces amendements », conclut-il.

Mobilisation contre un groupe d'extrême droite souhaitant bloquer les ONG en Méditerranée

Le réseau européen d’extrême droite Génération Identitaire affirme vouloir bloquer les bateaux des ONG qui secourent les migrants en Méditerranée, mais des associations se mobilisent pour l’empêcher d’arriver à ses fins.