Au Parlement européen, Docteur Emmanuel, 1er opposant de Mister Macron

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Manon Aubry est la coprésidente du groupe de la Gauche au Parlement européen et eurodéputée La France insoumise.  [PATRICK SEEGER/EPA]

Emmanuel Macron était la semaine dernière à Strasbourg pour présenter aux eurodéputés les priorités de la présidence française du Conseil de l’Union européenne. Une occasion historique d’influencer l’agenda européen qu’il a pourtant choisi en toute connaissance de cause de transformer en un simple outil de communication au service de sa réélection.

Manon Aubry est la coprésidente du groupe de la Gauche au Parlement européen et eurodéputée La France insoumise. 

Les porte-paroles du groupe Renaissance ont prétendu s’émouvoir de la « nationalisation » du débat sur la Présidence française mais personne n’est dupe. Car c’est bien Emmanuel Macron en personne qui a refusé de décaler cette Présidence comme l’Allemagne l’avait pourtant fait en 2006. La vivacité du débat a aussi démontré à nos partenaires européens l’incongruité des institutions politiques françaises, un des seuls pays européens devant lequel le chef de l’État concentrant une grande partie des pouvoirs ne rend jamais de comptes devant personne durant son mandat.

Pour cacher le vide abyssal de son discours (de campagne), le Président candidat a sorti de son chapeau une proposition symbolique : l’inscription de l’IVG et de l’environnement dans la charte européenne des droits fondamentaux de l’UE. Une promesse à peu de frais puisque sa mise en œuvre, qui nécessiterait l’unanimité des États membres, est a minima très improbable. Qui peut sérieusement croire que Malte, où l’avortement est interdit, ou la Pologne, qui défend mordicus son charbon, soutiennent cette proposition ? Et qui peut réellement considérer que Macron est en capacité de donner des leçons sur ces deux enjeux vu son bilan en la matière…?

D’un côté, Docteur Emmanuel se présente en défenseur des droits des femmes (prétendument grande cause de son quinquennat) à la tribune du parlement européen. De l’autre, Mister Macron, s’oppose à l’allongement du délai d’IVG en France et a détourné le regard quand des centaines de milliers de femmes polonaises se battaient contre l’interdiction quasi totale de l’avortement dans leur pays. Cette soudaine affection de façade d’Emmanuel Macron pour la défense du droit des femmes à disposer de leur corps n’a en réalité qu’un objectif : faire oublier le soutien honteux de son groupe à l’élection à la présidence du parlement européen de Roberta Metsola, ouvertement opposée au droit à l’avortement. Un terrible signal quarante ans tout juste après l’élection de Simone Veil à la même fonction.

Sur l’environnement, la manœuvre est la même. Docteur Emmanuel prononce de beaux discours sur le climat et donne des leçons d’écologie à la Terre entière. Alors que Mister Macron n’a pas hésité à s’allier avec l’autocrate Orban pour défendre l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte. Son bilan sur la scène nationale en dit par ailleurs long sur l’importance qu’il accorde réellement à la protection de la Planète. Condamnation pour inaction climatique par la justice française, abandon des propositions de la Convention Citoyenne sur le Climat et non-respect de l’Accord de Paris : le « champion de la Planète » a fait long feu.

En sacrifiant le poids de la France au sein de l’UE sur l’autel de son ambition personnelle, Emmanuel Macron a rappelé son opportunisme. Et en prétendant défendre les droits des femmes et la protection de l’environnement, il a confirmé son cynisme. La Présidence française aurait pourtant pu et dû faire bouger les lignes par des actes concrets, en promouvant par exemple un congé parental européen ambitieux, en avançant sur la revalorisation des métiers féminisés, en finançant un véritable Green New Deal grâce à la taxe sur les transactions financières ou en instaurant un moratoire sur les nouveaux accords de libre-échange. Mais contrairement à des incantations qui seront oubliées dans quelques semaines, cela aurait demandé du courage et de la volonté politique. Pour faire de la défense des droits des femmes et du climat non pas des incantations mais des actes.

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