Biélorussie : un moment de vérité pour les valeurs européennes

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EPA-EFE/TIAGO PETINGA

La fermeté est la seule réponse face à la dictature d’Alexandre Loukachenko. Outre les sanctions strictes, ceux qui s’opposent à l’oppression ont besoin de notre aide : soutien psychologique et bourses d’études pour les jeunes militants désormais exilés ; soutien aux médias et hébergement des journalistes, écrit Frans Timmermans.

Frans Timmermans est vice-président de la Commission européenne. 

En temps normal, il suffit de deux heures de vol depuis Bruxelles pour arriver dans un pays européen dirigé par des voyous. Où les élections ont été manipulées de façon si flagrante et éhontée qu’aucune propagande d’État n’a pu faire croire à la population que le dictateur avait gagné. Où des centaines et centaines de manifestants pacifiques sont emprisonnés, pour être torturés, drogués et menacés d’exécution. Où les dirigeants ont détourné par la force le vol d’un avion de ligne intra-UE.

Ils ont délibérément mis en péril la sécurité de citoyens européens, dans le seul but d’intercepter deux jeunes résidents légaux d’un État membre de l’UE parce qu’ils avaient eu l’audace de s’élever contre un régime illégitime et ses crimes.

La réaction de l’UE à ce scandale a été unie, rapide et claire. D’autres sanctions suivront bientôt, et elles le doivent. On ne peut répondre à ce niveau de voyoucratie que par la fermeté, surtout si cela met en danger les citoyens de l’UE et touche directement et négativement les intérêts et la sécurité des États membres.

Jusqu’à présent, la Lituanie a été le pays le plus touché, non seulement parce qu’elle est voisine du Belarus, mais aussi parce qu’au fil des années, elle est devenue un refuge pour les Biélorusses en quête de liberté.

Les Lituaniens sont particulièrement sensibles à l’oppression exercée par Alexandre Loukachenko et ses semblables, car elle leur rappelle ce qu’ils ont eux-mêmes subi sous l’occupation soviétique.

La manière criminelle dont Roman Protasevich et Sofia Sapega ont été enlevés et la façon honteuse dont M. Protasevich a été contraint à un simulacre de confession à la télévision rappellent les jours les plus sombres de l’Union soviétique, lorsque le chef du KGB, Iouri Andropov, a mis au point un système de répression pour éliminer les dissidents.

Un système d’hommes peu sûrs et craintifs qui savent que leur pouvoir est fragile et qu’il n’est pas viable sans un contrôle total. Procès fictifs, faux aveux, consommation forcée de drogues, ostracisme complet de la société, menaces sur la famille et les proches, incarcération dans des institutions psychiatriques ou des camps de travail forcé.

Tout cela faisait partie de la stratégie de Iouri Andropov, suivie fidèlement par Alexandre Loukachenko. L’objectif est clair : faire peur à l’ensemble de la société en montrant la destruction politique, morale et psychologique de ceux qui ont le courage de s’élever contre le régime.

Il ne suffit jamais de les enfermer ni de les tuer. Il faut les briser complètement aux yeux de tous, afin qu’ils ne soient ni des héros ni des martyrs.

Avec des centaines de personnes incarcérées, des centaines de milliers d’autres qui craignent d’être les prochaines, et des millions qui se demandent combien de malheurs les attendent encore avant que le régime ne s’effondre, les Biélorusses vivent actuellement un cauchemar.

Le fait que cela se passe à nos portes est révoltant, d’autant plus que le régime biélorusse a l’intention de semer la peur dans le cœur des personnes qui ont fui vers l’UE.

Ces personnes sont désormais nos voisins, nos collègues de travail et les étudiants de nos universités. Beaucoup d’entre elles ont à peine plus de vingt ans. Imaginez ce que cela signifie de vivre en exil, dans la peur de représailles.

L’UE et ses États membres ont raison d’imposer des sanctions strictes. Mais nous devrions faire plus.

Nous devrions organiser un partage de la charge avec la Lituanie et les autres pays voisins en mettant rapidement en place et en finançant des structures de soutien psychologique pour tous les exilés qui en ont besoin.

Les universités de toute l’UE devraient offrir des bourses d’études aux étudiants du Belarus, et les entreprises devraient proposer des emplois ou des stages. Partout où cela est nécessaire, l’UE devrait adapter les programmes européens existants, tels qu’Erasmus, afin d’offrir une marge de manœuvre pour soutenir les étudiants biélorusses.

Les scientifiques et les instituts de recherche et d’enseignement supérieur de l’UE devraient intensifier leur coopération partout où cela est possible. Les médias indépendants (traditionnels et nouveaux) devraient être soutenus et les médias de l’UE pourraient envisager de prendre leurs collègues biélorusses sous leurs ailes.

C’est un moment de vérité pour nous tous. Soutenir ceux qui s’opposent à l’oppression est la bonne chose à faire, car nous pensons que chacun devrait avoir le droit de vivre librement.

C’est aussi la bonne chose à faire parce que nous savons que si nous ne défendons pas ce en quoi nous croyons, nous risquons d’importer l’instabilité et l’injustice qui font partie intégrante du programme du dictateur.

Si nous le faisons pour eux, nous le faisons aussi, en fin de compte, pour nous-mêmes et pour tout ce que nous considérons comme une évidence dans notre Union.

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