Europe, famille, migration et regroupement familial

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Fondation JOSEFA [Fondation Josefa]

Selon la Fondation JOSEFA, il faudrait réviser la directive européenne de 2003 sur le regroupement familial afin d’accueillir plus largement l’exilé, le réfugié, la personne migrante, en respect de toutes ses dimensions y compris lorsque celle-ci passe par le regroupement avec les membres de sa famille.

La Fondation d’utilité publique Josefa ambitionne de mettre en relation des réfugiés rendus vulnérables par le déracinement de leur pays d’origine, dans le but de changer le regard des uns envers les autres.

En Europe, la famille prend corps dans ses racines culturelles et religieuses, selon des textes ou des codes internationaux, nationaux ou régionaux, relatifs aux droits de l’homme : la famille est une valeur fondamentale pour la société et pour la civilisation européennes.

Globalement, à l’exception de quelques « rebelles isolationnistes », la plupart des citoyens européens s’accordent pour attribuer à la famille une place d’honneur, essentielle pour le bien-être et le développement humain.

Certes, cette valeur constitutive de la condition humaine varie selon les lieux, les cultures et les traditions. De fait, la notion, voire la définition, de la cellule familiale peut être nuancée, différenciée selon les contextes spatio-temporels.

Si, en Occident, seule la famille biologique (parents – enfants mineurs) est juridiquement considérée comme référente, en Orient ou sur le continent africain, la conception familiale peut être très différente et plus étendue. Le lien biologique direct n’est pas le seul phénomène qui engage les membres d’une famille. En effet, les enfants des uns peuvent parfois « devenir » ceux des autres, si les premiers viennent à disparaitre ou à faire défaut. La « fraternité familiale » s’étend facilement à d’autres, cousins ou proches, sans lien biologique direct ; et ce, qui plus est, dans un contexte polygame. Clairement sous d’autres cieux qu’européens, la parenté s’envisage au-delà du seul lien du sang ou de la participation à une généalogie en ligne directe. La famille se compose et se recompose parfois selon les nécessités de la vie, sans référence juridique au sens occidental du terme.

Privilégier le regroupement familial

Dans le contexte d’une migration grandissante entre pays, des uns vers les autres, la prise en compte des différentes conceptions et approches en matière de cellule familiale est essentielle pour fonder et construire un vivre ensemble pacifié. En effet, comme il est naturellement difficile de vivre durablement séparé ou éloigné de sa famille, dans le cas d’un exil forcé, la personne réfugiée, comme la personne migrante, a nécessairement et radicalement besoin, à une étape de son parcours solitaire, d’être réunie avec les siens, ses proches : les siens de sang, les siens de cœur.

Ainsi, dans un contexte occidental, un regroupement familial, consécutif à une migration libre ou forcée, s’entend du conjoint (époux/épouse) et des enfants mineurs et ce, dans un cadre juridiquement défini et contraignant. L’Europe et les États la composant ont tous légiféré sur la question, imposant de lourds critères socio-économiques à la définition de la famille avant d’accorder un éventuel regroupement familial.

En 2003, l’Union européenne s’est dotée d’une directive [1] visant à établir les conditions dans lesquelles est exercé le droit au regroupement familial pour les ressortissants de pays tiers résidant légalement sur le territoire des États membres. Il est vrai que des dispositions particulières et sensiblement plus favorables sont applicables au regroupement familial des personnes reconnues réfugiées, notamment en ce qui concerne la notion de membre de la famille qui peut, selon la volonté des législateurs nationaux, alors être élargie. Il n’en est rien cependant pour les autres catégories de personnes migrantes.

Par ailleurs, les procédures administratives deviennent souvent un parcours du combattant. Il est fréquent que les autres membres, ascendants ou descendants, ne remplissent pas les critères adéquats, et que le regroupement familial ne puisse aboutir positivement, conduisant alors à une position de rupture eu égard à une famille déstructurée, abimée voire détruite – conditions d’autant plus déstabilisantes au vu d’un objectif d’insertion sociale harmonieuse.

L’accueil comme facteur d’aide à l’intégration 

Dès lors, quels sont les éléments qui empêchent les législateurs nationaux et européens et la ou les société(s) européenne(s), d’accueillir plus largement l’exilé, le réfugié, la personne migrante, en respect de toutes ses dimensions (personnelle et familiale) et de sa quête de plénitude, y compris lorsque celle-ci passe par le regroupement avec les membres de sa famille ? Refuser à autrui le droit de se réunir avec les siens proches, c’est lui nier la capacité de se ressourcer, de vivre selon un juste et légitime équilibre humain. Puisque le chemin de l’insertion est exigeant (toutes les études sur le sujet de l’intégration le prouvent), la présence et le soutien des proches ne peuvent être qu’un facteur positif d’insertion.

Dans le champ d’une politique européenne voulue bienveillante en termes de multiculturalité et d’interculturalité, il est donc urgent de considérer chacun des hôtes orientaux, africains, américains, dans sa particularité, c’est-à-dire, selon des schémas familiaux propres et distincts, car membre à part entière d’une famille (plus large qu’une personne humaine isolée) dont la proximité est radicalement nécessaire à l’épanouissement de sa dignité.

Ainsi, accorder plus généreusement et plus justement le regroupement familial à des personnes étrangères, à des personnes réfugiées, qui ont déjà tout quitté, tout perdu de leurs ressources originelles, devient, en Europe comme ailleurs, une nécessité vitale pour un meilleur vivre ensemble, profitable à chacun, à tous, et, ainsi, à la famille humaine dans son ensemble.

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