Face à la situation des migrants, l’UE a plus besoin de leadership que de murs

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Guy Verhofstadt, président de l'ADLE au Parlement européen. [Crédit : [flickr/Parlement européen]

La France et le Royaume-Uni condamnent le mur érigé par la Hongrie pour empêcher les migrants d’entrer sur son territoire, mais ces deux pays se rencontrent ensuite pour construire un autre mur à Calais. Guy Verhofstadt plaide ici pour une approche européenne et solidaire de la migration. 

Personnalité du centre européen, Guy Verhofstadt milite pour une Europe fédérale. Premier ministre de Belgique pendant une dizaine d’années, c’est lui qui lança en 2001 à Laëken, sous la présidence belge de l’UE, le processus qui devait mener à la rédaction du Traité constitutionnel. Il est président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe au Parlement européen depuis 2009

L’Europe doit aujourd’hui faire face à l’une des pires tragédies du XXIe siècle. La crise humanitaire en Méditerranée — avec plus de 188 000 personnes rescapées sur le chemin de l’UE depuis le début de l’année — n’a pas ému les dirigeants politiques européens. Les derniers événements à Calais et dans les îles grecques de Samos et Kos, complètement débordées devant les arrivées quotidiennes de centaines de migrants et le manque d’infrastructures destinées à les recevoir, en sont d’autres signes probants. Ces tragédies nous rappellent que l’UE a impérativement besoin de revoir de fond en comble son système de migration et d’asile.

La Commission européenne a fait un grand pas en avant la semaine dernière en approuvant un paquet de 2,4 milliards d’euros d’ici à 2020 afin d’aider les pays membres à gérer les importants flux migratoires. Cependant, certains États ralentissent la bonne marche du projet : quelques jours avant l’annonce de ces mesures à la Commission, David Cameron et François Hollande se sont opposés aux propositions du Président Jean-Claude Juncker de mettre en marche un processus plus juste de réinstallation des demandeurs d’asile arrivés en Italie et en Grèce.

Heureusement, le Royaume-Uni et la France ont aujourd’hui conscience de la nécessité d’instaurer une perspective européenne afin de faire face à la situation à Calais. Une telle solution requiert une répartition équitable pour que chaque pays accueille sa part de demandeurs d’asile et un engagement ferme à enrayer les causes de cette situation de crise.

Les politiciens français et britanniques, parmi tant d’autres, ont condamné les plans du président hongrois, Viktor Orban, qui s’est lancé dans la construction d’un mur de quatre mètres de haut le long de la frontière serbe afin d’empêcher l’entrée des migrants. Cependant, soucieux de ménager les états d’âme des nationalistes à échelon national — toujours enclins à exploiter la misère d’autrui à leurs propres fins — les mêmes gouvernements français et britanniques projettent de construire un autre mur à Calais. Il est invraisemblable qu’à un niveau aussi élevé de la sphère politique, les dirigeants européens ne sachent pas qu’ériger des murailles n’a jamais servi à rien.
Au lieu de construire des parois qui n’auront d’autre utilité que de nous diviser les uns les autres, France et Royaume-Uni devraient travailler de concert pour aider à gérer les demandes d’asile et fournir une assistance humanitaire à ceux qui en ont besoin. Ils ont tous deux les ressources nécessaires pour aider les demandeurs d’asile à Calais.

Les morts à Calais et la crise humanitaire actuelle dans une bonne partie des nations de l’UE prouvent que le système d’asile et de migration actuel n’est pas adapté. Il faut dire qu’en se basant sur le règlement de Dublin II, il ne fait qu’imposer une forte pression sur les pays de l’UE ayant des frontières externes, ce qui fait reposer toute la charge de la demande d’asile au premier pays européen dans lequel entre le demandeur.

Nous devons remplacer le règlement Dublin II par un protocole européen d’asile centralisé visant à réorienter les réfugiés de manière plus équilibrée entre les États membres et, bien entendu, renforcer le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO). Cette approche européenne permettrait de promouvoir une plus grande solidarité entre états et assurerait le respect des engagements internationaux quant à l’exil des personnes fuyant les persécutions et les guerres.

D’autre part, il est tout aussi indispensable de définir et mettre en place, dans les meilleurs délais, une nouvelle politique européenne d’immigration économique pour permettre plus de voies légales et sécurisées vers l’Europe. De cette manière, on parviendra non seulement à réduire les flux migratoires clandestins, mais on posera aussi les bases pour faire face aux défis démographiques et aux impératifs d’emploi. Avancer dans cette direction permettrait d’étendre la portée du système de carte bleue pour couvrir les travailleurs qualifiés ou non qualifiés.

Il est temps de prendre des mesures plus courageuses pour aborder le problème de l’immigration clandestine, en renforçant le rôle de Frontex et en mettant en œuvre les mécanismes appropriés de retour et de réadmission. Il est aussi nécessaire d’encourager les réformes dans les pays d’origine des migrants pour lutter contre les causes de flux migratoires. Nous ne pouvons continuer à fermer les yeux devant la répression politique qui ruine les vies de tant de jeunes gens en Afrique et au Moyen-Orient. Les aides au développement de l’UE doivent être accompagnées de conditions plus strictes pour encourager une gouvernance juste et les réformes politiques adéquates.

Il n’y a pas de solution simple à la crise migratoire. Un tel défi humanitaire réclame une certaine dose de leadership politique et une approche à échelon européen : ne pas céder devant les nationalismes, ni montrer du doigt et construire des murs.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site du Huffington Post.

Subscribe to our newsletters

Subscribe