Imaginons l’Europe de demain

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Alors que l’Europe est menacée, par les populistes de tous bords qui souhaiteraient déconstruire l’Union ou par les partisans d’une Europe béate et illusoire, la Conférence est un évènement important pour pallier le fameux « déficit démocratique » de l’Union européenne et nous devons la faire connaître ! [OLIVIER HOSLET/EPA]

Mars 2021 : la Conférence sur l’Avenir de l’Europe est lancée. Sa vocation ? Permettre aux citoyens européens de jouer un « rôle de premier plan dans la détermination des priorités de l’Union européenne » selon Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne.

Nathalie Colin-Oesterlé est députée européenne (PPE) et membre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. 

Il y a un an, Valéry Giscard d’Estaing nous quittait. Celui qui déclarait, dès 1957, avoir « une foi raisonnée dans l’Europe » lors du débat sur la ratification du Traité de Rome en France, n’a jamais cessé de « rêver et faire rêver d’Europe ». Jusqu’au bout, il a souhaité écrire et façonner l’Europe, et demandait en avril 2020 que « la santé publique soit décidée à l’échelon communautaire ».

Valéry Giscard d’Estaing fut aussi, au début des années 2000, le président de la « Convention sur l’avenir de l’Europe ». Chargée de réformer le fonctionnement de l’UE, de la rendre plus efficace et transparente, cet exercice permit à ses 105 membres (représentants nationaux, députés européens et membres de la Commission européenne) de proposer un projet de Constitution européenne. Rejeté par référendum en France et au Pays-Bas, cet exercice posa toutefois les bases les bases du Traité de Lisbonne signé en 2007.

Près de vingt ans plus tard, Emmanuel Macron émet l’idée d’une « Conférence sur l’avenir de l’Europe ». Censée aboutir au printemps 2022, la Conférence, qui coïncide avec la présidence française de l’Union européenne et l’élection présidentielle en France, ne devra pas être utilisée comme un simple gadget de communication au service d’Emmanuel Macron. J’y serai particulièrement attentive !

Concernant son organisation, la « Conférence » rappelle étrangement la « Convention » de VGE avec néanmoins une différence notable, celle d’impliquer les citoyens européens, même non élus, en son sein. Malheureusement, cet exercice démocratique et inédit reste aujourd’hui inconnu du grand public et ignoré des médias nationaux.

La Conférence sur l’Avenir de l’Europe offre pourtant des perspectives inédites. En 70 ans de construction européenne, c’est la toute première fois que la parole est donnée aux citoyens afin qu’ils puissent décider eux-mêmes de l’avenir de l’Union : de leur avenir.

Par le biais de panels thématiques, ou via une plateforme en ligne dédiée, chaque citoyen européen peut fixer ses priorités pour l’Europe de demain sur des sujets divers : économie, démocratie, environnement, santé ou encore la place de l’UE dans le monde. Au printemps 2022, à l’issue de la Conférence, un rapport final sera publié. Ce condensé de propositions concrètes aura vocation à être intégré dans la législation européenne.

Alors que l’Europe est menacée, par les populistes de tous bords qui souhaiteraient déconstruire l’Union ou par les partisans d’une Europe béate et illusoire, la Conférence est un évènement important pour pallier le fameux « déficit démocratique » de l’Union européenne et nous devons la faire connaître ! C’est aussi l’occasion de montrer à nos concitoyens ce que l’Europe fait pour eux et l’impact positif de l’UE sur leur quotidien.

La pandémie est un bel exemple. Jamais nous n’aurions pu vacciner aussi rapidement et à une si grande échelle nos citoyens sans l’achat groupé de vaccins au niveau européen. Jamais nous n’aurions pu recommencer à voyager, si librement, malgré la pandémie, sans les certificats européens Covid-19.

La Conférence est l’occasion d’opérer un tournant, de façonner avec vigueur et détermination l’Europe du futur, une Europe innovante et initiatrice de changements. Il ne faut ni écouter les citoyens d’une oreille distraite, ni instrumentaliser l’exercice à des fins électorales.

Le rapport final sera une première étape. Charge ensuite aux institutions de lever les obstacles juridiques susceptibles d’entraver la concrétisation de ces propositions.

En tant que décideurs européens, nous devrons faire preuve de courage, de volonté, et être capables de lever tous les obstacles juridiques pour répondre aux attentes légitimes des citoyens. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux: sanitaires, environnementaux, économiques, migratoires, sécuritaires…  Sur tous ces sujets, nous avons besoin d’une réponse européenne avec davantage de coopération, d’harmonisation et de solidarité entre les 27 États membres.

Prenons un exemple très concret : la santé, sujet qu’évoquait le président Giscard d’Estaing dans sa tribune d’avril 2020. Aujourd’hui, l’Union ne dispose en la matière que d’une simple compétence d’appui et de coordination, ce qui signifie que les États membres restent quasi exclusivement compétents. Néanmoins, comme les citoyens européens l’ont exprimé au cours des différents évènements organisés dans le cadre de la Conférence, la crise nous a appris que davantage d’Europe dans le domaine de la santé est vital. Pour être mieux armés contre les futures pandémies, la réponse doit être européenne et les compétences de l’UE doivent être renforcées.

C’est à 27 que nous parviendrons à retrouver une souveraineté sanitaire, pour que les médicaments et le matériel médical stratégiques soient produits en Europe. C’est aussi ensemble que nous parviendrons à assurer un accès pérenne, équitable et sûr aux soins dans l’UE, que ce soit en généralisant la pratique des achats groupés (qui ont fait leur preuve avec le vaccin) ou en facilitant la mobilité des soignants. Tous les citoyens européens doivent pouvoir bénéficier des traitements de pointe innovants et l’Union doit être pionnière dans la recherche, pour affronter des fléaux tels que le cancer ou les maladies rares.

La solidarité européenne n’est pas un vain mot, les citoyens de la Conférence l’ont compris : c’est collectivement que nous parviendrons à relever ces défis et à construire un avenir durable pour nos enfants.

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