Intégration des réfugiés : « Nous y arriverons » – mais pas seul

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Entre 2015 et 2019, quelque 1,7 million de personnes ont déposé une première demande d'asile en Allemagne, du jamais vu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. [Janossy Gergely/shutterstock]

Il y a exactement cinq ans, jour pour jour, la Chancelière Angela Merkel prononça une phrase qui scellera à jamais ses 16 années au pouvoir : « Nous y arriverons » (« Wir schaffen das »). Devenue le symbole d’un message d’optimisme et d’ouverture à l’égard des réfugiés, quelle conclusion peut-on en tirer aujourd’hui ?

Claire Stam est rédactrice en chef d’Euractiv France et Euractiv Allemagne. 

Ce sont des images bouleversantes qui arrivent sur nos écrans durant l’été 2015. Elles nous montrent des files et des files de réfugiés, des Syriens pour la plupart, fuyant le carnage dans leurs pays, pour chercher refuge en Europe.

Au vu du nombre exponentiel de ces réfugiés arrivant en Allemagne, la Chancelière Angela Merkel (CDU) mettait en garde lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée, le 31 août 2015, contre les messages de « froideur » voire de « haine » issus de l’extrême droite. Et d’ajouter qu’elle était « confiante » que l’administration et la société civile allemandes seraient en mesure de les intégrer et prononça cette phrase désormais fameuse « Nous y arriverons « .

Cinq ans après, l’intégration de près de deux millions de personnes fuyant la guerre n’a pas conduit l’Allemagne au bord du chaos que d’aucun a volontiers prédit. Mais elle souligne cruellement le manque de solidarité européenne.

Entre 2015 et 2019, quelque 1,7 million de personnes ont déposé une première demande d’asile en Allemagne, du jamais vu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Cela représente environ 40 % de toutes les demandes d’asile présentées dans l’Union européenne au cours de ces cinq années. Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’Allemagne est actuellement le deuxième pays au monde qui a accepté le plus de réfugiés – après la Turquie.

Et Mme Merkel avait raison, l’Allemagne a su relever les défis liés à l’accueil des réfugiés. Pour cela, le pays s’est appuyé sur les deux piliers du processus d’intégration que sont l’apprentissage de la langue – y compris pour les mères au foyer afin de les sortir de leurs isolements – et l’intégration dans le marché de l’emploi via les programmes de formations professionnelles.

Selon les derniers chiffres de l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB), presque la moitié des réfugiés aptes au travail qui sont venus en Allemagne après 2013 ont un emploi. Par ailleurs, l’agence note également que leur intégration sur le marché du travail a progressé plus rapidement que celle des réfugiés au cours des années précédentes.

Cinq ans plus tard, s’exprimant une nouvelle fois lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée, la Chancelière assume entièrement sa décision d’alors. « Je prendrais les mêmes décisions essentielles (…) Quand tant de personnes se massent aux frontières (…), il faut les traiter avec humanité », a-t-elle souligné.

Le tableau est bien différent dès lors que l’on aborde l’angle européen.

Car l’Allemagne, mais aussi la Grèce et l’Italie butent contre une redistribution juste et équitable des réfugiés au sein de l’Union européenne. La solidarité européenne tant vantée fait ici cruellement défaut.

De fait, l’Union européenne s’est montrée incapable de réformer son propre système d’accueil. Depuis 2015, les divisions entre les États membres sont devenues si insolubles que l’on peut remettre en question leur capacité et leur volonté à gérer un espace commun.

Le seul point d’entente possible entre les 28 a été le renforcement des contrôles aux frontières et le soutien financier aux pays de transit que sont la Turquie, la Libye et le Maroc, contribuant ainsi à ériger un véritable mur anti-immigration à ses frontières. Et à donner de solides jokers géopolitiques au président turque Recep Tayyip Erdoğan.

L’Allemagne montre qu’il est possible d’intégrer les réfugiés. L’Europe en est aussi capable, mais cela suppose la fin du chacun pour soi national.

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