L’Europe aussi doit innover pour survivre

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Philippe Nicholson

À l’heure où le monde doit affronter une double révolution digitale et géostratégique qui réécrit les grands équilibres mondiaux, l’Europe devrait cristalliser nos espoirs et nos ambitions. Pour Philippe Nicholson, c’est tout le contraire qui se passe.

Auteur de romans d’anticipation politique et sociale, comme Extramuros aux Editions Kero, Philippe Nicholson a été journaliste économique, équipier a bord de voilier, directeur d’agence de communication.

Qu’il s’agisse de gérer la problématique migratoire, de décider d’une politique internationale, de statuer sur la dette grecque ou de gagner la guerre du numérique, l’Europe avance en ordre dispersé. Un constat partagé par tous : propositions, recommandations, avis se multiplient. Mais rien ne change. L’Europe semble bloquée.

Pour certains, le réflexe est de se replier à l’échelon national. Ce n’est pas une solution. Pour apporter des réponses aux défis économiques, géopolitiques et écologiques qui se présentent à nous, il faut agir à l’échelle de l’Europe.

Il est donc temps de penser le continent autrement. Pour cela, il faut résoudre un premier problème de fond : quelle Europe ? Et un second problème de méthode : quels moyens mettre en œuvre pour y parvenir ? Car pour changer l’Europe, il va falloir un modèle qui permette l’innovation et le développement d’une nouvelle politique.

Il faut politiser l’Europe, entend-on. Certes, beaucoup s’y accordent. Cela suppose d’intéresser les citoyens à des problématiques lointaines. Comme : pourquoi ne pas européaniser la politique ? Nous pourrions ainsi mettre les problématiques européennes au cœur de la politique nationale. À l’avenir, des ministres allemands, italiens ou espagnols pourraient siéger au conseil des ministres, à l’Élysée. Notre avenir passe par une alliance plus forte avec nos voisins. Qu’y aurait-il d’insensé à partager certaines mailles du pouvoir exécutif et législatif national avec eux ? Le cœur du problème de l’Europe réside en grande partie dans le manque d’harmonisation des différentes politiques nationales. Résolvons ce problème : partageons le pouvoir là où il se trouve plutôt que d’imposer une nouvelle strate. On entend déjà les cris d’orfraie. Bien. Peut-être faut-il chercher ailleurs. Mais, au moins, admettons que nous avons besoin de chercher dans de nouvelles directions. Nous devons réfléchir à l’aide de nouveaux paradigmes. Et pour cela, nous devons franchir un cap et admettre que toutes ces idées qui pourraient se révéler bonnes vont être rejetées dans un premier temps. Nous en venons au problème de la méthode.

Car, loin de percevoir l’innovation comme un bienfait, les organisations établies la cataloguent comme une menace. Qu’une idée nouvelle voie le jour et elles feront tout pour la faire disparaître. Le confort de l’acquis est plus fort que la proposition de valeur née du changement. C’est inscrit dans le génome humain.

Les grandes entreprises l’ont bien compris. Face à la menace de nouveaux concurrents capables de bouleverser des modèles économiques centenaires en quelques mois, elles ont pris le problème de l’innovation à bras le corps. Pour beaucoup, la solution passe par les start-ups. Les grandes entreprises y investissent, en créent, montent des partenariats, qu’importe : l’essentiel pour elles est de disposer de ces petites structures où l’innovation peut éclore à l’abri de leurs réflexes infanticides. L’innovation de rupture peut vite prouver son potentiel de croissance. Et, en cas d’échec, le modèle évolue tout aussi vite.

Alors, nous aussi face à ce constat d’impuissance en Europe, agissons : créons notre start-up politique européenne où un nouveau projet pourra éclore et prendre pied. Cette start-up pourrait prendre la forme d’un ministère du rapprochement européen, bâti en commun avec nos plus proches partenaires. Il y a certainement d’autres solutions. Aux candidats à la présidentielle de nous les présenter.

Car une chose est sûre : la mise en place de cette start-up doit faire partie du programme présidentiel des candidats de 2017. Nos hommes politiques ont une responsabilité historique, celle de nous proposer le nouveau modèle européen qui va permettre de profiter pleinement du monde à venir. C’est maintenant que cela se joue. C’est à l’aune de leur capacité d’imagination et d’entrainement pour recréer l‘Europe que les jugera l’histoire. Non à celle de proposer des considérations tactiques, déjà oubliées avant même d’être écrites.

Ils le savent. Comme ils le savent ce que leur a appris l’histoire : des grandes crises naissent les grands bouleversements. Mais, cette fois-ci ils devront prendre les devants. Ils ne peuvent pas attendre pas la grande crise, ce tsunami qui déferlera en Europe tôt ou tard avec son lot de malheurs pour agir.

À l’heure où se profilent les prochaines élections présidentielles, qu’ils mettent l’Europe au cœur de leur projet ; qu’ils proposent la création d’un ministère du rapprochement européen, cette start-up qui nous permettra de déboucher sur l’alliance supranationale dont nous avons besoin. Qu’ils soient responsables. Et visionnaires.

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