La modération d’Hassan Rohani, une chimère

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Raymond Tanter

Les chefs d’États européens se plaisent à dire qu’Hassan Rohani, le président iranien, attendu à Paris fin janvier, est un dirigeant « modéré ». Pourtant, selon le professeur américain Raymond Tanter, il n’en n’est rien, car cet homme poursuit la politique belliqueuse du pays et fait exécuter chaque jour des personnes au nom de « la loi divine ».

Raymond Tanter est ancien membre du Conseil de sécurité nationale des États-Unis et professeur émérite à l’Université de Michigan

Si vous avez un tant soit peu suivi l’actualité internationale au sujet de l’Iran ces deux ou trois dernières années, vous avez sans doute entendu dire que l’actuel président iranien, Hassan Rohani, était un modéré au sein de son régime et représentait un certain progressisme vis-à-vis de son prédécesseur radical, Mahmoud Ahmadinejad, qui a défrayé la chronique jusqu’en 2013.

La modération du Président iranien a été invoquée à plusieurs reprises pour justifier les négociations nucléaires avec la République Islamique d’Iran, légitimer les concessions et les promesses d’allègement de sanctions au sein de ces négociations, et ouvrir la voie au rapprochement et à l’expansion des relations commerciales dans le cadre du Plan global d’action conjoint du 14 juillet. Maintenant, c’est sur l’illusion que Rohani est un modéré que des pays européens, dont les gouvernements italien et français, se préparent à l’accueillir à la fin du mois. Il s’avère utile de rappeler toutefois certains points aux dirigeants de l’Union européenne.

Lors de la visite d’Hassan Rohani sur le continent, l’Europe et l’Iran prévoient de finaliser des accords commerciaux et de lancer des investissements. Si ces accords peuvent fournir à l’Europe une dose de richesse et d’opportunités à court terme, leur impact réel et celui d’autres mesures seront l’enrichissement et l’émancipation des institutions radicales d’Iran. Tout cela parce que la modération de Rohani est une utopie : le pays n’a pas changé durant les deux premières années et demie de sa présidence et aussi longtemps que ses gestionnaires et lui conserveront le pouvoir, ses relations à long terme avec le monde ne changeront pas.

Il y a un mois à peine, la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies a publié sa dernière résolution sur les droits de l’homme en Iran, attirant l’attention sur la persistance du taux record d’exécutions détenu par l’Iran dans le monde, sur le caractère public d’un grand nombre de ces pendaisons, sur l’exécution de délinquants juvéniles et sur l’utilisation d’autres punitions inhumaines telles que la flagellation et l’amputation, pour ne citer que quelques-unes des tortures pratiquées par le régime.

Il est vrai qu’il ne suffit pas simplement de signaler que ces abus sont toujours monnaie courante en Iran. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un homme, même réformiste, puisse seul transformer la nature d’un pays en l’espace de quelques années. Le problème, c’est que Rohani n’a fait aucune avancée vers une telle transformation. Il n’a pas même montré la volonté de résister à l’appareil judiciaire iranien ou de contredire les opinions théocratiques du Guide suprême Ali Khamenei. En fait, Rohani lui-même a explicitement justifié l’obsession de l’Iran pour les exécutions, décrivant certaines de ces punitions comme l’accomplissement de la « loi divine ».

Ainsi, non seulement l’Iran n’a connu aucune amélioration au cours des deux dernières années, mais le taux d’exécutions a atteint son niveau le plus élevé depuis les 20 dernières années. Les premières indications montrent que les chiffres de 2015 ont dépassé les 1 000 pendaisons ; et en tout état de cause, Amnesty International a rapporté que, pendant la première moitié de l’année, la moyenne des meurtres légitimés par les tribunaux était de trois par jour.

Les observateurs des droits de l’homme n’ont pas fait que désapprouver la prétendue modération avancée par certains décideurs politiques. En réalité, ils ont clairement contredit ce boniment, notamment lorsqu’Ahmed Shaheed, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, a affirmé que « la situation générale [s’était] empirée » sous le règne de Rohani.

Quelle réalité semble la plus plausible concernant le gouvernement de Rohani, alors qu’il est au cœur d’une perpétuelle crise des droits de l’homme et qu’il s’est récemment livré à des provocations, comme l’ordre donné à son ministre de la Défense d’augmenter considérablement l’arsenal nucléaire et les missiles balistiques de la nation ?

Si pour vous, la réponse ne semble toujours pas claire, des personnes plus spécialisées sur les affaires iraniennes que le rapporteur spécial de l’ONU ou les dirigeants occidentaux peuvent vous accompagner dans votre réflexion. Il s’agit des membres de la Résistance iranienne et de l’Organisation des moudjahidines du Peuple d’Iran, dont près de 30 000 compagnons ont été envoyés à la potence en quelques mois en 1988, sur ordre d’un tribunal qui comprenait Mostafa Pourmohammadi, aujourd’hui ministre de la Justice du gouvernement Rohani.

Mieux encore, vous pouvez demander au propre cabinet d’Hassan Rohani de décrire la nature idéologique de son gouvernement, et il est possible que vous receviez une réponse comme celle donnée par le ministre du Renseignement et de la Sécurité Mahmoud Alavi dans un entretien accordé à la télévision d’État iranienne : « Les ministres qu’il a nommés venaient des Gardiens de la Révolution… ou d’autres institutions révolutionnaires telles que la magistrature [ou] le Ministère du Renseignement. » Cela, dit-il, a entraîné une administration « adhérente aux idéaux » de la théocratie chiite et du Guide suprême.

Si le cabinet même de Rohani admet que l’histoire de la modération est une fantaisie, combien de temps pouvons-nous laisser ce mythe persister en Occident ? L’appel de nouveaux accords commerciaux est-il si fort pour les chefs d’État européens et américains qu’ils rejettent une réalité reconnue aussi bien par leurs amis que leurs ennemis ? Quand Rohani se rendra en Europe, serons-nous capables de le regarder dans les yeux et de nous convaincre que nous voyons en cet homme autre chose qu’un théocrate extrémiste ?

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