La statistique officielle est un bien public qui appartient à tous

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Hervé Conan, directeur des Opérations et Isabelle Valot directrice du département gouvernance économique et financière

Cet article fait partie de l'édition spéciale Les statistiques : outils indispensables à la bonne gouvernance.

Il ne viendrait à l’idée de personne de monter dans une voiture qui n’est pas équipée d’un tableau de bord indiquant certaines fonctions vitales comme la vitesse, l’état de la réserve de carburant ou la température du moteur. De même que pour prendre le volant, il est aussi essentiel d’avoir des indications pour la bonne gouvernance d’un pays et les rendre disponibles pour ses citoyens. Certaines de ces informations sont fournies par la statistique officielle.

Hervé Conan est directeur des Opérations et  Isabelle Valot directrice du département gouvernance économique et financière d’Expertise France, l’agence française d’expertise technique internationale. 

Comment parler d’une économie sans connaître son taux de croissance ; comment appuyer la création d’emploi sans savoir qui en cherche et dans quel secteur ; comment élaborer une politique de retraite juste sans projection de population fiable, comment réduire les inégalités si leur nature et leur ampleur ne sont pas mesurées et donc pas connues ?

La qualité des statistiques, condition du dialogue démocratique

La disponibilité d’une information statistique objective et de qualité est une condition nécessaire pour connaitre l’état d’une société et instaurer un vrai débat entre tous les acteurs : les décideurs et gouvernants, les forces économiques et sociales, les médias, la population dans son ensemble.

Dans les pays où la société civile est active et les données sont facilement accessibles, les avis des citoyens sont recherchés sur le terrain ou via les outils numériques. Cela alimente le débat public sur des sujets majeurs : transition énergétique, fiscalité et dépense publique, organisation de l’Etat et des services publics…

Trop de données et pas assez de statistiques

Cette alimentation du débat avec des données objectives et pertinentes est essentielle pour que les décisions et leurs impacts soient comparés, pour que leurs effets soient suivis, analysés et pris en compte dans les politiques publiques.

Mais dans certains cas, la profusion d’informations peut générer une certaine confusion chez les utilisateurs, surtout lorsqu’elles sont diffusées sans précisions sur leur source, leur méthode de collecte… Dans certaines cas, les données peuvent même être contrôlées, difficiles d’accès voire utilisées à des fins partisanes. L’ouverture de l’accès aux données (« l’Open Data ») est une vertu de la transparence de l’Etat et de ses institutions et permet aux citoyens et à l’ensemble des acteurs du pays de mieux s’emparer de cette information.

L’abondance d’information, tout comme sa rareté, cache donc un écueil important: quelle confiance accorder à toutes ces données ?

On dit souvent qu’il y a trop de « données » et pas assez de « statistiques ». On entend par là que les statistiques officielles sont construites sur la base de principes et de méthodes entérinées au niveau international et dont l’application est suivie de près. C’est ce qui donne une valeur objective à la statistique officielle.

Construire des données fiables

Certaines questions sont faciles à appréhender : il est assez aisé par exemple de conceptualiser un taux d’inflation et de mettre en place les outils statistiques nécessaires à son calcul. D’autres demandent un effort initial de définition et ensuite un appareillage statistique plus complexe. C’est le cas de la mesure des Objectifs du développement durable ou de l’inégalité, plus complexes à appréhender. Veut-on parler des inégalités de salaires entre secteurs d’activités, entre type de professions ? Des inégalités dans les conditions de vie en général ? Des inégalités entre pays ou entre régions ? A chacune de ces questions correspond un outil statistique et donc des professionnels bien formés et des moyens financiers, parfois conséquents.

La coopération internationale en matière de statistique est alors nécessaire, et c’est en ce sens qu’Expertise France intervient aux côtés d’acteurs européens, comme Eurostat et les différents instituts statistiques des Etats membres de l’Union européenne. Les projets de coopération statistique implémentés par Expertise France avec les Instituts nationaux ou régionaux de statistiques visent à améliorer la qualité des données, nécessaires pour éclairer les choix politiques et contribuer à une bonne gouvernance, à harmoniser les méthodologies statistiques avec les normes et standards européens et internationaux et à améliorer la cohérence des données dans les pays partenaires afin de favoriser des échanges entre pairs autour de données comparables.

Rendre les données accessibles : le rôle des médias

Il ne faudrait pas considérer cet appui uniquement comme un appui technique car il s’inscrit dans un cadre de coopération plus large visant le soutien à un débat démocratique constructif. Car la statistique est un bien gratuit et utile à l’ensemble de la société, du secteur privé au secteur public en passant par l’ensemble des citoyens.

Pour cela, les statistiques doivent être présentées sous une forme compréhensible. Car même si l’information statistique est fiable, accessible et pertinente, son usage n’est pas garanti : les utilisateurs sont multiples, leurs modes de consommation de l’information sont différents et évoluent rapidement. Les médias sociaux ont tout particulièrement modifié les comportements face à l’information, un défi que la statistique publique doit être prête à relever. Là où les consommateurs demandent de l’immédiateté, la statistique doit gérer la complexité d’opérations de collecte et de traitement qui sont longues à produire des résultats.

Il faut développer des partenariats et des échanges entre les statisticiens et leurs usagers afin de mieux expliquer ce qu’il y a derrière les chiffres et ainsi permettre leur meilleure utilisation. Pour cela, les médias sont des partenaires essentiels des statisticiens car ils jouent un rôle de relais de l’information. Là aussi, la coopération internationale peut faciliter le dialogue, en rapprochant… statisticiens et journalistes. Ainsi, le projet européen MEDSTAT IV* de coopération entre pays du pourtour méditerranéen a permis le développement d’un programme de formation mixte appelé Communication4Statistics (C4S), ainsi que le lancement d’autres initiatives axées sur le renforcement des capacités et des processus en matière de visualisation des données ou relatives à la production d’un guide sur la création d’infographies.

Soutenir la coopération en matière de statistique officielle, c’est donc soutenir le développement et le progrès vers des politiques publiques plus pertinentes.

* Fiche MEDSTAT

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